Au-delà de la romance contrariée, c'est le traitement global de l'univers musical qui soulève des questions. Compte tenu de l’amour viscéral que je porte à la musique de ces années-là, il m’était impossible d’être totalement insensible au charme de la production. Mais la série manque à me convaincre complètement sur le fond.Je soupçonne Prime Video d’être le principal responsable de ce que je reproche le plus à l'œuvre.
Son plus gros défaut, si caractéristique de la plateforme de streaming géante qui la produit, c’est que tout est diablement lisse, tout est excessivement propre, rien ne dépasse jamais. L'adaptation lamine cruellement la complexité psychologique et la noirceur poisseuse du roman original de Taylor Jenkins Reid. L’esthétique et les cadrages sont tellement parfaits, tellement publicitaires, qu'ils empêchent de se projeter viscéralement dans le monde brut des années 70. Une époque remplie de liberté, oui, mais aussi et surtout de crasse, de transpiration, d'abus de drogues sordides, de sexisme rampant et d'aliénation.C'est terriblement difficile d'être convaincue par le traitement de l'addiction (le grand thème qui rapproche Daisy et Billy dans une passion destructive), car cette descente aux enfers ne semble exister que dans les paroles des personnages.
Difficile de croire à la "galère" financière des débuts lorsque The Six arrive à L.A. en squattant une villa bohème-chic digne d'un catalogue de décoration, habillés de vêtements tous droits sortis d'un défilé actuel pour le festival Coachella.Difficile de se projeter dans la vie supposément ravageuse que ces jeunes gens sont censés mener alors qu'ils sont maquillés et coiffés à la perfection à chaque seconde (même au réveil d'une overdose). L’énergie qu’ils déploient sur scène semble souvent plus motivée par une excellente nuit de sommeil qu’alimentée par une tonne de cocaïne consommée la veille. Le vernis de la production empêche la série d'être viscérale.De plus, j'aurais aimé sentir la créativité explosive de ces années dingues. Pour ne parler qu'en musique, le rock’n’roll côtoie alors l’arrivée du disco, du punk, du hard rock...
Suivre le personnage de Simone (l'amie de Daisy) à New York, pionnière de la scène disco underground homosexuelle, aurait pu être une opportunité fantastique d’explorer ce foisonnement. Mais tout reste effroyablement en surface. En se refermant sur le huis clos des studios et des bus de The Six, l'œuvre s'ampute de son contexte historique, perdant ainsi une grande partie de sa crédibilité.