Le postulat de départ est brillant. Dans les années 80, le catch est le royaume des hommes huilés, de la testostérone et des rôles caricaturaux (le gentil patriote contre le méchant étranger). La série nous montre les contours d'un show ou d'un sport aussi moqué qu'adulé, mais à travers le prisme féminin.
Les créatrices (Liz Flahive et Carly Mensch) ont utilisé ce divertissement grand public pour parler d'empowerment (capacitation). L'idée de forcer ces femmes à adopter des stéréotypes racistes et misogynes sur le ring (la reine des allocations, la terroriste arabe, l'Asiatique experte en arts martiaux) pourrait sembler scandaleuse. Mais la fiction montre comment ces actrices se réapproprient ces injonctions humiliantes pour en faire des armes.
En acceptant de jouer les monstres et les clichés de l'Amérique de Reagan, elles prennent le contrôle de leur propre narration. Elles demandent au public de les huer, de réagir. Elles existent enfin.
De plus, l'approche de la physicalité est révolutionnaire. À Hollywood, on demande aux femmes de s'affamer pour être minces et fragiles. Sur le ring de G.L.O.W., elles doivent être lourdes, solides, musclées. On assiste à une émancipation corporelle absolue. Elles apprennent à utiliser la force de leurs cuisses, de leurs épaules, à soulever leurs partenaires. Leur corps n'est plus un objet de décoration soumis au regard masculin (le fameux male gaze), il devient un outil de performance, de brutalité et de pouvoir.
Je ne regrette pourtant pas une seule seconde le voyage. Malgré cette annulation tragique, le visionnage des trente épisodes disponibles reste l'une des expériences les plus réjouissantes, drôles et intelligentes que la plateforme ait jamais produites.Cette fresque nous rappelle avec une tendresse infinie que nos fêlures et nos échecs peuvent être transformés en force brute, pour peu que l'on trouve les bonnes partenaires pour encaisser les coups avec nous. Les Gorgeous Ladies of Wrestling ne combattaient pas seulement sur un ring, elles combattaient pour leur droit d'exister bruyamment dans un monde qui voulait les faire taire.