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9.1
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Drama JTBC (2026)

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"Tout le monde se bat contre son propre sentiment d’inutilité." Le titre coréen dit tout.


"Un millier de portes" : rarement une expression aura autant résumé l’âme d’une série. Derrière cette image se cachent toutes les vies possibles, tous les chemins manqués et toutes les tentatives d’échapper à l’effacement. Les personnages de De Notre Mieux passent leur temps à chercher une porte qui accepterait enfin de les laisser entrer sous leur véritable identité.


Ce n’est pas seulement une série sur des êtres angoissés, blessés ou marginalisés. La scénariste Park Hae-young s’attarde sur des personnages qui se battent pour conserver dignement leur propre existence précisément lorsqu’on tente de les déposséder.


Et c’est précisément de cette dépossession que naît leur sentiment d’inutilité. Cette dépossession prend plusieurs formes : héritage confisqué, parole créative récupérée, filiation niée, identité sociale imposée jusqu’à exclure ces êtres fatigués du cercle des visibles.


Mais la série va encore plus loin. Elle montre comment le sentiment d’inutilité naît parfois d’une dépossession progressive de soi-même. Il est question de reconnaissance, de légitimité, de voix volées et d’êtres forcés de vivre dans l’ombre d’une autre version d’eux-mêmes.


Certaines personnes existent publiquement à la place d’autres. Un auteur vole une voix, une fille remplace symboliquement une autre, des institutions choisissent qui mérite d’être visible tandis que les plus fragiles sont poussés vers l’ombre.

Le cas d’Eun-a est particulièrement cruel. Sa mère ne lui demande pas seulement de rester discrète : elle lui demande littéralement de s’effacer pour préserver une identité plus acceptable socialement. Mi-ran devient alors une sorte de "fille officielle", plus conforme aux attentes du monde du spectacle. Une situation tragique où chacun finit par étouffer dans le rôle qu’on lui impose.


C’est aussi une série sur les mots et leur pouvoir. 


Écrire revient presque à survivre. Mais lorsque la douleur devient trop profonde, le langage lui-même se fracture. Jin-man cherchait la vérité à travers ses poèmes. Mais celle-ci devient si lourde à porter qu’il ne semble plus avoir autre chose à exprimer que le vide qui l’étouffe. Il cesse peu à peu d’écrire comme si le traumatisme avait brisé sa voix intérieure. Perdre les mots revient alors presque à perdre une partie de soi-même.


Les frères Hwang, Dong-man et Jin-man, maîtrisent les mots comme d’autres volent les portefeuilles. Jin-man est poète et soudeur. Il répare le métal comme il tente de maintenir ensemble les morceaux d’une vie intérieure déjà profondément brisée. Son recueil de poèmes est jeté comme une bouteille à la mer dérivant longtemps dans le vide avant de trouver enfin quelqu’un capable de l’entendre.


Dong-man est scénariste mais enseigne l’écriture dans des locaux sous-terrains. Toujours sur la corde raide, parfois agaçant, parfois perdu, il devient absolument sublime dans sa fragilité. Il occupe le temps comme il occupe l’espace, mais son éloquence est aussi à la hauteur de son écoute. C’est un homme déjà fissuré, épuisé par ses propres angoisses, habitué à l’échec et au doute. Et c’est justement cette vulnérabilité qui lui permet d’écouter réellement les autres. Lui aussi vit une forme d’effacement : ses idées sont récupérées, son talent nié, son instabilité le rend socialement illisible, presque transparent.


La romance entre Eun-a et Dong-man est vraiment sublime. Ce sont deux fleurs poussant sur un terrain volcanique. Tous deux évoluent dans un monde dominé par des individus qui possèdent davantage d’argent, de pouvoir ou simplement une plus grande capacité à imposer leur présence, au point de finir par utiliser les autres comme de simples ressources. Pourtant, malgré leur fatigue, leur fragilité et leur marginalisation sociale, Dong-man et Eun-a refusent encore qu’une autre personne subisse la même violence qu’eux.


Leur relation devient bouleversante parce qu’ils sont peut-être les premiers à se reconnaître mutuellement dans leur véritable identité. Pas dans l’image sociale, pas dans la réussite, pas dans le rôle imposé. Leur lien ne naît ni d’une force rassurante ni d’une romance idéalisée, mais d’une reconnaissance mutuelle de la fragilité.


Avec Eun-a, Dong-man comprend progressivement qu’il n’est pas seulement un "excité du bocal". Son imagination débordante, son besoin constant de parler, cette manière presque excessive qu’il a d’occuper l’espace deviennent aussi une façon désespérée de se sentir vivant, comme une source jaillissant des profondeurs de la terre. Eun-a protège Dong-man du mépris collectif. Dong-man protège Eun-a de l’exploitation de son talent. Leur rapprochement ressemble moins à une passion classique qu’à une tentative désespérée de ne pas sombrer seuls.


Comme une branche qui s’accroche à un radeau, elle se retrouve dans cet homme qui ne la juge jamais, l’écoute, l’encourage, la protège et la fait rire. Elle se laisse toucher, même si cela lui demande du temps. Et lui, ce « chômeur de 40 balais », persuadé de ne pas la mériter, finit par comprendre qu’il peut encore être aimé malgré ses fissures. 


L’humilité de Dong-man est à la fois sa plus grande beauté humaine et peut-être ce qui l’a empêché d’imposer pleinement sa place dans une industrie qui récompense davantage ceux qui occupent l’espace que ceux qui doutent silencieusement de leur propre légitimité. 


Aimer quelqu’un, c’est aussi lui permettre d’être faible sans perdre sa dignité. Il montre sa peur, sa vulnérabilité, et finalement son besoin d’être tenu. Et elle comprend immédiatement. Elle ne le juge pas. Elle l’accueille. 


Le Club des 8 agit comme un microcosme de la société coréenne. Le restaurant de Ko Hye-jin rappelle une caractéristique essentielle de l’écriture de Park Hae-young : la création de lieux-refuges où les personnages viennent exister ensemble.


Mais derrière cette chaleur discrète, la série interroge aussi profondément la valeur de la réussite. Ceux qui ont réussi ne sont pas toujours les plus brillants, tandis que certains êtres en échec possèdent une richesse humaine ou créative que le monde refuse de reconnaître. Dong-man possède pourtant toute sa légitimité au sein du Club des 8, mais il choisit peu à peu de s’en éloigner parce qu’il ne s’y retrouve plus vraiment. Quant à Gyeong-se, sa haine envers Dong-man dépasse la simple rivalité professionnelle. Il reconnaît chez lui une vérité émotionnelle qu’il ne parvient pas lui-même à atteindre, et cette incapacité à trouver sa propre voix finit peu à peu par le consumer.


On retrouve ici le regard si particulier de Park Hae-young. S’il existe une parenté évidente entre My Mister, My Liberation Notes et De Notre Mieux, ces séries ne racontent pourtant pas la même fatigue.


L’une explorait surtout l’épuisement social et existentiel, l’autre un vide intérieur plus diffus, presque métaphysique. Avec De Notre Mieux, la scénariste pousse encore plus loin la question de l’invisibilisation : ses personnages ne cherchent même plus vraiment à réussir leur vie, mais simplement à préserver une forme de dignité intérieure dans un monde qui les rend interchangeables.


La scénariste rappelle l’importance d’un véritable travail d’écriture à travers des dialogues piquants : "Les amateurs font de la qualité et les experts font des recettes" ou encore "Qu’est-ce qui cloche avec les séries et les films récents ? Ils sont chiants" ou enfin "il paraît que même les monteurs craquent parce que tout est chiant". En quelques phrases, elle résume toute sa réflexion sur une industrie qui produit comme des Kleenex, des œuvres calibrées mais privées de fond et d'âme.


Enfin, elle écrit admirablement ces hommes fatigués, peu héroïques, souvent incapables de verbaliser pleinement ce qu’ils ressentent, mais qui continuent malgré tout à protéger les autres ou simplement à rester debout.


Cha Young-hoon, le réalisateur, respecte pleinement la démarche de Park Hae-young. Lui qui vient d’un univers plus "enveloppant" (When the Camellia Blooms, Welcome to Samdal-ri) parvient ici à plonger dans son univers tout en conservant une lumière chaleureuse jusque dans les silences de ses personnages. Ces petits détails du quotidien que l’on retrouvait déjà dans My Mister sont transposés ici avec quelque chose de plus poétique : un lampadaire de rue, des escaliers qui semblent ne jamais finir de monter, un petit appartement devenu refuge. Tout paraît moins abrupt, moins tragique.


Côté casting, tout est juste.


Koo Kyo-hwan possède ce magnétisme très particulier qu’on voit rarement dans les standards romantiques coréens classiques. Il dégage quelque chose de désaxé, de rebelle, presque animal parfois, avec une manière d’occuper l’espace toujours imprévisible. Ce n’est pas une beauté lisse. Il donne à ses personnages une dignité étrange même lorsqu’ils sont au bord de l’effondrement. Ici, il apporte à Hwang Dong-man une étrangeté nerveuse que peu d’acteurs savent tenir sans tomber dans l’excès ou le maniérisme. Il n’essaie jamais d’être séduisant, et c’est précisément cette sincérité brute qui le rend si captivant.


Go Youn-jung révèle ici quelque chose de beaucoup plus nu : moins de pose, moins de contrôle apparent, davantage de fêlures visibles. Son visage devient plus vivant parce qu’il laisse passer l’inquiétude, l’épuisement et l’attachement qui la dépasse. Elle m’a littéralement bluffée. Son regard possède cette opacité étrange qui paraît presque froide au départ avant de laisser surgir une émotion extrêmement brute.


Quant à Park Hae-joon, je le savais déjà excellent, même si je lui trouvais une certaine froideur. Ici, il possède quelque chose de très proche de Lee Sun-kyun dans My Mister : une masculinité épuisée, discrète, presque honteuse de souffrir, mais bouleversante justement parce qu’elle ne se met jamais en scène. La douleur silencieuse de Hwang Jin-man m'a touchée et je suis tombée amoureuse de lui...


Pour autant, la série n’est jamais plombante. Elle m’a fait rire autant qu’elle m’a émue. Je l’ai trouvée sublime.


Comme toujours, Park Hae-young ne ferme jamais complètement la porte. Elle saisit simplement cet instant fragile où des êtres épuisés recommencent enfin à entrevoir la possibilité d’un lien, d’une voix ou simplement d’une vie plus supportable.


On peut récupérer une œuvre, une place ou même une identité sociale, mais il reste toujours dans les mots une trace humaine impossible à reproduire totalement. Derrière ses allures de chronique mélancolique, De Notre Mieux parle avant tout d’êtres invisibilisés qui tentent désespérément de préserver leur propre voix.


AliceJeanne
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il y a 6 jours

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AliceJeanne

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