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9.1
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Drama JTBC (2026)

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Vivre, naturellement, n'est jamais facile !

Comme dans beaucoup d'histoires qu'elle nous a déjà contées, Park Hae-young nous écrit du fin fond de son être, sans filet, en abordant les thèmes qui lui sont chers, ces blessures ordinaires qui s'accumulent suffisamment pour devenir impudiques, insupportables.

Ces blessures, ça peut être un sentiment d'inutilité qui grandit à mesure que le temps passe, lorsque l'on a vécu l'abandon, lorsque l'échec se répète indéfiniment ; ça peut être aussi une perte totale du sens de ce que l'on fait, parce que la cruauté de la vie se charge de rappeler la vacuité de notre orgueil, la vanité de nos ambitions.


Park Hae-young a eu besoin de beaucoup de personnages pour nous montrer tout ça et elle n'a eu qu'à puiser dans un milieu qu'elle connait bien, un "petit" milieu très riche en vanités et orgueils : l'industrie du cinéma coréenne !

Une fois le cadre posé, elle observe ses personnages se débattre, parfois de manière grotesque, parfois de manière juste, et trouver un chemin de survie, de vie, voire de quiétude de l'âme.

Souvent, (toujours ?) on n'est pas tout seul pour trouver le chemin, des gens qui se rencontrent, ça peut faire de belles histoires.


C'est la proposition de la série, que de poser un regard précis, méticuleux et critique, sur une industrie que sa scénariste combat depuis plusieurs années (elle a été nommé présidente du comité des droits d'auteur de la "Korea Television and Radio Writers Association" en 2024), puis de poser un regard doux, amusé, affectueux sur les créateurs qui y usent leur santé, leurs désirs, leurs ambitions.


Bien sûr, comme dans "My Mister" ou "My Liberation Notes", en questionnant les doutes, les peurs et les espoirs de ses personnages, elle questionne les nôtres, simples spectateurs du samedi et du dimanche.

Bien sûr, comme dans ses précédentes histoires, elle fait mouche, et on ressort toujours un tout petit peu "transformé" de l'expérience.


Ce qui est assez magique avec Park Hae-young, c'est qu'elle arrive à creuser profondément les névroses de chaque être, à poser les questions existentielle sans jamais vouloir clairement y répondre !

Elle donne beaucoup de pistes, bien sûr, mais c'est dans les non-dits, dans les silences que se révèlent les émotions les plus fortes, les idées les plus claires, les décisions les plus marquantes.

Dong-man parle tout le temps, mais ses silences sont juste sublimes, à commencer par sa rencontre avec Eun-a devant le passage à niveau (c'est pas trop spoilé, c'est le 1er épisode !)


A ce stade, vous vous dites que j'ai sûrement aimé la série, … non, je l'ai adorée. Alors pourquoi s'arrêter à ce 12ème épisode, qui ne m'a pas complètement comblé. J'en voulais plus, pourquoi accélérer le temps d'un coup alors que le rythme de la série est une lente et profonde respiration, qui suit les petits rituels du quotidien, ces habitudes qui retiennent les gens d'abandonner l'idée même d'exister ?

Est-ce un pied de nez à Netflix qui avait peut être imposé le format "12 épisodes", ou la volonté assumée des créateurs de conclure de cette façon, en laissant certains thèmes non résolues, comme suspendus ?


Je n'ai pas parlé des acteurs, ils sont tous impeccables, avec mention spéciale pour Go Youn-Jung (incroyable, au niveau de Kim Ji-Won dans "My Liberation Notes") et Park Hae-Joon encore une fois magistral dans le rôle du poète (père) maudit.


Pour ceux qui lisent cette critique et qui n'ont pas vu la série, mieux vaut s'arrêter là, car je spoile beaucoup en dessous !

Impossible de ne pas évoquer certains moments magiques, et une clé très intéressante du scénario, la fameuse montre "à émotion".


La montre à émotions : quand Park Hae-young invente un objet pour nommer ce qui n'a pas de nom !


La montre à émotions n'existe pas en vente. C'est un objet fictif, un pur accessoire de fiction, et pourtant les téléspectateurs coréens ont immédiatement posé la question sur les forums : peut-on l'acheter ? Cette confusion dit déjà tout. La montre fonctionne selon un principe simple : elle visualise l'état psychologique de son porteur en couleurs et le traduit en langage. Elle peut aussi afficher , mystérieusement, "inconnu". Ce petit twist est à l'origine d'un très beau moment de connexion et de résilience de la série : C'est seulement quand Dong-man lit cette donnée pour Eun-a, et lui dit que cet "inconnu" était en réalité un cri qui signifie "aide-moi", ce qu'elle n'avait jamais pu prononcer de sa vie, que quelque chose se dénoue.

Plus que ça, j'ai trouvé cet objet tellement "normal", contemporain :

" Et voici la montre à émotions qui aide les gens souffrant de dépression ou de troubles de gestion de la colère à reconnaître leurs propres états intérieurs : disponible en pré-commande" : l'idée est plausible. Park Hae-young a glissé dans sa série un objet de science-fiction douce, et personne n'en a parlé !


Un objet qui révèle l'immaturité émotionnelle des personnages :


Mais pourquoi deux adultes de trente ou quarante ans ont-ils besoin d'une montre pour savoir ce qu'ils ressentent ? C'est là que la série devient brillamment cruelle avec ses propres personnages.

Les deux héros s'agitent pour dissimuler les alertes rouges que leur montre affiche.


Dong-man couvre son sentiment d'inutilité et sa faim intérieure de vingt ans d'attente derrière un flot ininterrompu de sarcasmes et d'ironie profonde. Le monde a dit à Dong-man : "Tu as tort." "Ta méthode ne fonctionne pas." "Ton rêve est dépassé." "Ton existence est ridicule." Il a été rabaissé, moqué, ignoré, comme si son existence ne comptait pas. La montre, elle, lui dit au moins ceci : "Tu ressens cela. Tu réagis encore. Tu es toujours vivant." Ce n'est pas un outil de connaissance de soi, c'est une béquille existentielle pour quelqu'un qui ne sait plus s'il a encore le droit d'exister.


Eun-a cache derrière une attitude glaciale une oppression injuste et un isolement profond. Si Dong-man est quelqu'un qui crie "je suis là", Eun-a est quelqu'un qui se dit "il ne faut pas que ça se voit". Mais leur racine est la même : tous les deux ont peur de disparaître, tous les deux ont peur d'être abandonnés.


L'abandon de la montre comme signe de guérison

La montre à émotions est le moyen par lequel les deux personnages se reconnaissent, le dispositif par lequel leur relation particulière se développe, et le vecteur par lequel ils apprennent à se comprendre en profondeur.

La grande intelligence de la série est que la montre disparaît progressivement de l'histoire à mesure que les deux personnages apprennent à lire leurs émotions sans intermédiaire...


Mes trois moments préférés : forcément subjectif, ces scènes ancrent à jamais les œuvres dans mon esprit, peut être est ce la même chose pour vous ?


- Le radar de vitesse - la joie comme acte de résistance

C'est une scène qui arrive comme une bulle de savon (et de bonheur de spectateur) dans une série un peu plombante (au début du moins). Les deux personnages rentrent ensemble le soir, à pied, et passent devant un radar de contrôle de vitesse pour véhicules. Dong-man entraîne Eun-a dans une course improbable visant juste à déclencher le flash et le contrôle de vitesse par l'appareil, comme des enfants.

Ce qui frappe dans cette scène, c'est que c'est la première fois que les deux personnages font quelque chose ensemble qui n'est pas utile, ni expliqué, ni justifié par leurs névroses respectives. Dong-man ne comble pas un vide. Eun-a ne contrôle pas. Ils font juste quelque chose d'un peu idiot, décalé. La montre ne peut pas mesurer ça. Et peut-être est-ce précisément le point : la légèreté échappe aux instruments ?

- L'accident de voiture - la pudeur comme forme d'amour

Dong-man est pris dans un accident de voiture. La voiture s'est retournée. Il n'est pas grièvement blessé, mais il est là, à l'envers, dans une situation absurde et potentiellement dangereuse. Et sa première réaction est de s'assurer qu'Eun-a va bien. Il rassemble ses esprits pour minimiser, pour dédramatiser, pour protéger l'autre de la panique qu'il ressent lui-même.

- Le pull : la scène la plus polémique en Corée

C'est l'épisode 9. Dong-man vient d'obtenir enfin sa chance, vingt ans d'attente, un premier film à diriger. Et c'est précisément à ce moment qu'il s'effondre de peur. Il confie à Eun-a, dans un "café-librairie" (donc en public), que deux voix se battent en lui : l'une qui exulte, l'autre qui lui dit de fuir avant d'avoir honte.

Eun-a ne l'encourage pas. Elle ne lui dit pas "tu peux le faire". Elle lui dit : "Quand tu voudras t'enfuir, je te ferai fuir. La peur n'est pas quelque chose qu'on surmonte. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut surmonter. Pour quels honneurs endurerait-on ça ? Je ne te laisserai pas dans cet état."

Puis elle l'attire vers elle et l'enveloppe dans son propre pull en le prenant dans ses bras.

La scène a déclenché une polémique en Corée. Dégradant pour la femme, qui se retrouverait cantonnée au rôle de mère, etc…


J'ai trouvé personnellement la scène sublime, c'est un des rares moments d'intimité filmé sur le couple, et il ne faut pas séparer la lecture visuelle du dialogue qui la précède : l'acte dit "je te protègerai", il ne dit pas "je serai ta mère" !

La scène est une variation de ce que Park Hae-young avait déjà écrit dans "My Liberation Notes" : "Je veux te porter sur mon dos. Je veux porter le toi d'un an." Ce n'était pas un aveu maternel. C'était la déclaration de quelqu'un qui veut accueillir sans condition le passé inconnu de l'autre, sa fragilité, son enfance, l'ensemble de ce qu'il porte, sans que rien ne soit échangé contre.

Fred_de_Briavel
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il y a 5 jours

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Fred de Briavel

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