La saison 1 de Deadloch racontait l’enquête menée en tandem par une policière pas très sûre d’elle et par une inspectrice bien trop à l’aise dans un petit bled du sud de la Tasmanie, Deadloch. La ville, depuis que le vieux maire dégueulasse avait cassé sa pipe, est dirigé par une femme et Deadloch est devenu un havre pour les lesbiennes et le wokisme triomphant ambiance pulls qui grattent, chattes poilues et chorales délirantes. L’opposition, entre Collins, la fliquette lesbienne appliquée et cherchant à trop bien faire et Eddie, l’inspectrice foldingo venue des Territoires du Nord était déjà la source infernale d’un nombre ahurissant de blagues scabreuses, que renouvelait sans cesse la description précise des habitants de la petite communauté. Le médecin légiste, la maire, les femmes de la chorale, les différents types cheulous, la vieille bourgeoise raciste et la cuisinière butch, les adolescentes aborigènes et les quelques flics formaient un groupe de personnage aussi nombreux qu’ils étaient, toutes et tous, minutieusement écrits et interprétés. Cette première saison 1 de Deadloch était non seulement la série la plus drôle que j’ai pu voir depuis longtemps, mais également, et c’est logique, la mieux écrite, la mieux jouée et la mieux foutue que l’Australie ait pu nous pondre depuis des années. La façon dont étaient orchestrées, mis en scène et traitées les questions sociales (le wokisme lesbien pour simplifier) que la série aborde était – et c’était pas gagné - d’une finesse admirable et d’une vulgarité salvatrice. La saison 1 se terminait alors sur une invitation : Envoyer Collins et Eddie à Darwin, afin de découvrir ce qui était arrivé à Bushy, le coéquipier récemment décédé d’Eddie. Le succès a été à la hauteur et la série a réussi à se taper sa petite notoriété jusque chez nous, ce qui est plutôt rare pour une série australienne. La suite était donc très attendue.
Les Territoires du Nord, nouveau décors de cette saison 2, c’est l’opposé géographique de la Tasmanie, et l’atmosphère progressiste de Deadloch est aux antipodes de l’ambiance « C.U. in the N.T. » de Barra Creek, le petit patelin inventé où se pose l’intrigue. Situé au cœur de l’immense brousse que la Stuart Highway traverse de part en part, Barra Creek est l’un de ces petits bleds qui ont poussé le long de cette route sans fin.
Pour ceux qui l’ont vu, c’est une copie de Larrimah, le bled réel où prenait place le documentaire « Last Stop Larrimah », dont la saison 2 de Deadloch semble régulièrement incarner une hilarante excroissance. La série renouvelle donc son dispositif en se reposant sur une nouvelle petite communauté haute en couleur dont l’apparente tranquillité va être secouée par une série de meurtres mystérieux. Cette fois-ci, la série se resserre autour de ses deux protagonistes principales, approfondissant les personnages, parfois au dépend des autres. Là où la première saison était le portrait de toute une communauté, Barra Creek et les personnages secondaires que l’on retrouve ici apparaissent parfois un peu sacrifiés. Le Territoire du Nord n’est pas connu pour son raffinement et sa poésie, sans surprise le portrait dressé ici de ses habitants est donc absolument délirant. Cependant, les autrices du show, probablement plus à l’aise pour explorer la communauté LGBT avec beaucoup de second degré, ont peut-être peiné pour réitérer l’exploit chez ces bogans de la savane australienne dont la description apparait parfois un peu superficielle. Certes, on a droit à une galerie de personnages truculents, au milieu desquels on saluera la présence magnétique et merveilleuse de l’immense Steve Bisley, mais le portrait des habitants de Barra Creek m’ait apparu un peu étriqué. Et là où l’intrigue criminelle de la première saison serpentait habilement de fausse piste en fausse piste, elle apparait ici plus accessoire, moins bien tricotée, surtout prétexte à un déchainement de grossièretés jubilatoires. Car ce qu’on perd en caractérisation, on va le gagner en vulgarité. L’indécence, particulièrement tonique, s’illustre constamment dans les dialogues fleuris comme un village de boomers confinés, dans une succession de gags visuels spectaculaires et dans une approche décomplexée de notre rapport au corps humain. Qu’il s’agisse d’une scène de douche ou de l’analyse du trou de balle d’un morceau de cadavre malicieusement appelé « dick bum », Deadloch 2 propose des scènes qui brûlent la rétine et s'imposent de gré ou de force dans nos mémoires. La série, sans peine, clame la tête du peloton de ce qu'on aura vu de mieux, de plus drôle et de plus scandaleux cette année ! Même un peu plus étriqué et parfois reposant sur des péripéties un brin foireuses, Deadloch saison 2 est une réussite insolente qui te colle une grosse banane en travers de la goule.
Reste un souci, s’il ne fait aucun doute que la série en version française perd forcément une (très grosse) partie de son charme et de son intérêt, la traduction des sous-titres est également un massacre en règle de la poésie graveleuse des dialogues, nivelant par le bas leur incroyable et surréaliste vulgarité. Il ne reste qu’à apprécier la série en VO sous titrée en anglais, ce qui, j’en conviens, restreint considérablement l’accessibilité de ce chef d’œuvre.