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Par deux fois j’ai commencé Deadwood au cours des vingt dernières années, pour m’arrêter au même endroit, à la fin du quatrième épisode, pourtant pivot dans le récit. Une première fois lors de la sortie de la première saison en 2006, car trop jeune à l’époque (15 ans) pour m’immerger dans le rythme particulier de la série. Une seconde fois alors que je retentais l’aventure avec mon ex, car celle-ci n’accrochait pas (elle n’est pas devenue mon ex pour rien!). Il aura donc fallu attendre 2026 pour tenter à nouveau l’aventure, avec cette fois-ci la promesse d’une conclusion par le film tardif de 2019 et une compagne avec qui je suis bien plus en adéquation.
Enfin, je dis l’aventure, mais c’est un bien grand mot. Car Deadwood n’a de western que son contexte, n’utilisant que rarement les codes du genre. Ici pas de duels de pistoleros, de braquages de banques ou autres affrontements avec les amérindiens. La série de David Milch ne puise pas dans l’aura légendaire de la conquête de l’Ouest mais choisit plutôt de s’ancrer dans le réalisme sordide pour narrer l’édification de ce camp dans une zone alors libre de droit. En se basant sur les archives locales ainsi que les journaux et lettres personnels des habitants de la bourgade, les inconnus comme les plus illustres (Calamity Jane, Seth Bullock, Al Swearengen…), le scénariste montre l’avènement de la société de cet avant poste, et plus globalement du pays.
A travers ses trois saisons, Milch entremêle les enjeux individuels des différents protagonistes avec ceux de la ville, occasionnant des alliances incongrues entre des notables diamétralement opposés. Chaque personnage est écrit avec un profondeur qui continue de renforcer l’immersion du spectateur, et parvenant à créer de l’empathie pour tous, de la plus ordurière des crapules (après recherche, il apparaît que la version télévisée de Al est bien plus édulcorée que son pendant réel, irrémédiablement mauvais - on excuse pour des raisons télégéniques évidentes) à la plus louable des personnalités (elles ne sont pas nombreuses, à peine les doigts d’une main, presque tous les personnages ayant leur part d’ombre).
Dans un souci de crédibilité, Deadwood adopte donc un rythme lent et refuse la structure en cliffhangers de fin d’épisode. On peint un tableau en prenant son temps, à la manière de la géniale Treme de David Simmons, afin de créer l'immersion. Une saison représente ainsi deux semaines dans la vie du camp, tandis que chaque épisode se passe sur une journée (avec des ellipses au cours de chaque saison pour tenir la barre des douze épisodes). De quoi se poser et s’immerger dans la fange, tant humaine que littérale, et voir se dresser des conflits moraux et des pointes de lumière, le tout ponctué par un flot continu d’injures (279 fois “cocksucker” et 2980 “fuck” pour une moyenne de 1,56 fuck par minute). Et aborder les fondements d'un créé dans la violence et la coercition.
Malheureusement, à l’instar de Rome à la même époque et chez HBO également, Deadwood se verra annulée sans conclusion valable à cause de ses coûts trop élevés par rapport à son audience. Un projet de film est rapidement mis en œuvre, mais il suivra un parcours chaotique et deviendra une arlésienne qui n’aboutira qu’en 2019. Suffisamment de temps pour perdre certains acteurs (Powers Boothe exemple), l’énergie originale, et les enjeux narratifs qui pesaient en fin de saison 3…
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