Saison 1 :
L'ambition de HBO était clairement de produire avec "Deadwood" un nouveau "Sopranos", soit une approche démystificatrice d'un "genre"-clé du Cinéma (le western remplaçant le film de gangsters), doublée d'une réflexion politique sur la structure de la société américaine, que l'on voit ici naître au milieu d'une fange assez repoussante, tout en exacerbant les mécanismes de provocation tout azimut : "Deadwood" sera donc une histoire de corruption, de meurtres brutaux, de drogue et de sexe vénal, parsemée d'incestes, de racisme obtus, de violence ultra-réaliste, et de maladies répugnantes, abreuvée d'un flot ininterrompu de grossièretés,... qui ne fonctionnera malheureusement que par intermittence, lors de quelques scènes vraiment bouleversantes (on pense à la terrifiante dégradation physique du "magister" qui questionne la foi primitive du plus barbare des protagonistes). Il manque ici en fait le souffle qu''un Ford ou un Eastwood ont su donner à leurs "vrais" westerns crépusculaires... [Critique écrite en 2006]
Saison 2 :
La saison 2 de "Deadwood" poursuit avec aisance l'ambitieuse narration de la genèse de l'Ouest, commencée dans la première saison par David Milch : forme clairement "shakespearienne" (une vision tautologique d'un monde de chaos et de fureur), langage difficile, voire rebutant (visant à recréer la langue du XIXème siècle), scénario d'une effarante complexité, entre la myriade de personnages et l'ambigüité croissante d'une histoire qui délaisse la violence primitive du western pour se faire ici plus politique (cette deuxième saison traite de la transition de l'âge des pionniers vers celui de la "civilisation" administrative et capitaliste), "Deadwood" est tout sauf un spectacle facile. Désormais moins crue et violente, cette saison bénéficie de l'interprétation de Ian McShane, conférant à son personnage d'Al Swearengen une dimension humaine étonnante (... pour un tel monstre..!), et ne souffre toujours que d'un déficit de mise en scène - clairement visible ici dans le dernier épisode, qui aurait dû être élégiaque et n'est que appliqué. [Critique écrite en 2007]
Saison 3 :
La troisième, et semble-t-il dernière (!!) saison de "Deadwood" n'aura généré qu'une incroyable frustration chez les fans de cette série hors du commun : la faute à la construction scénaristique, s'égarant par trop dans des récits parallèles et des personnages secondaires sans intérêt (voir par exemple les scènes sur la troupe de théâtre), et différant au delà du raisonnable l'affrontement entre les deux "clans" désireux de contrôler la ville minière... la différant au point qu'elle n'aura finalement pas lieu, le dernier épisode - qui sera sans doute définitif - constituant de ce fait une déception quasi insupportable après l'accumulation de tension qui l'a précédé... Si l'on ajoute que nombre de personnages agissent de manière de plus en plus incompréhensible, et que la saison souffre aussi d'un certain adoucissement, en particulier avec la transformation improbable de l'épique Al Swearengen en personnage sympathique (!!), il ne nous reste plus qu'à regretter cette conclusion tronquée à un travail aussi ambitieux. [Critique écrite en 2008]