Quand l'actrice parfaite joue le rôle parfait d'une artiste parfaite à la vie parfaite dans une époque imparfaite, ça donne un résultat.. intrigant.
(Oui, je sais : toutes les époques sont imparfaites. Mais on ne peut pas les zapper.)
Le mélange des époques et des langages ? Pas grave. On a l'habitude depuis le Walker d'Alex Cox, le Richard III de Richard Loncraine, le Romeo + Juliet de Baz Luhrman, etc. Peut-être que les personnages disent un peu trop souvent "OK" pour mon goût.. mais je peux faire taire mon côté historien, si je veux. Allez, tais-toi, histérique, et écoute: c'est l'histoire d'une femme qui voulait CREER sa propre vie et n'a pu que l'écrire.. sur des bouts de papier.. entre deux tâches quotidiennes.. entre deux amours vite emportées (ou recelées).. entre deux conventions vite refusées.. entre deux rêves griffonnés. Le tout enfermé dans un coffre qu'heureusement, personne n'a jeté aux orties, après sa mort (comme Pessoa, comme Vivian Maier, comme.. tant d'autres).
C'est à la fois léger et profond, dansant et empesé, drôle et "tragédié", cultivé et cultuel, historique et actuel, sensuel et déviant (mais de quelle norme tu parles, coco ?).
C'est surtout plein d'acteur·ices jouissif·ves qui en font subtilement des tonnes sur des musiques de traverse spatio-temporelles, sur des rythmes capables de faire craquer toutes les coutures du réel. Et c'est plein de poèmes, ceux d'Emily, cités tels quels et mis en lumière (non: enluminés), qui tissent la trame des scénarios au lieu de simplement les illustrer.. et.. et c'est exactement ce qu'aurait voulu Emily si elle avait vécu deux siècles après elle-même et qu'elle avait pensé comme moi (mais elle m'aurait dit d'aller voir ailleurs et elle aurait eu raison; du coup, je serais allé la voir en 1866, et on aurait animé des ateliers d'écriture dans la nature).
Bref : TAISEZ-MOI et buvez la sève de cette vie éternelle.