Dream To You
6.4
Dream To You

Drama ENA (2026)

Un drama à monter en kit, façon meuble IKEA

À la sortie du drama, je suis sûr d’au moins une chose : on ne m’a pas vendu du rêve, mais un ersatz de comédie sentimentale saupoudrée d’une dose de pathos insipide. Le paradoxe du titre dans toute sa splendeur est là : l’amour retrouvé, la passion, les ambitions, les retrouvailles, le cinéma, les destins contrariés… de belles idées à développer en perspective. Mais malheureusement, tel un vieux gimmick, on a confié le projet à un réalisateur correct qui n’avait jamais réalisé de drama romantique de sa vie, et pire encore, on a confié le scénario à une rookie qui n’avait jamais rien écrit auparavant. C’est comme si on donnait les clés d’une Ferrari à un gars qui vient d’obtenir son permis de conduire. Alors, sur un malentendu, pourquoi pas… Mais en fait, non. Dream to You te vend du vent et te fait vivre un cauchemar de remplissage du début à la fin. Pourquoi ai-je regardé jusqu’au bout ? Parce qu’au 5e épisode, le couple secondaire m’a redonné un peu d’espoir après quatre premiers épisodes totalement à la ramasse sur le fond et la forme. Analysons donc ce drama, dont le principal défaut est finalement son manque de consistance et donc un intérêt relatif.


Quand ils étaient lycéens, Woo Su-Bin(Hwang In-Yeop) et Joo Yi-Jae(Hyeri) se rêvaient réalisateurs de cinéma et imaginaient faire leur vie ensemble. Mais des événements tragiques vont les séparer pendant 15 ans : lui part du jour au lendemain à l’étranger pour faire médecine, mais deviendra finalement un jeune réalisateur reconnu ; quant à elle, elle deviendra journaliste pour une chaîne locale de télévision, avec le sentiment d’avoir raté sa vie. Lui a réalisé son rêve, elle non. Grâce au succès de son premier film à l’international, comme il se l’était promis, il revient en Corée pour retrouver Yi-Jae, qu’il n’a jamais oubliée et qui fut son premier amour. Le hasard va vite les faire se retrouver. Su-Bin va alors tenter de lui faire retrouver cette ambition qu’elle a enterrée depuis longtemps, mais aussi raviver la flamme de leur amour passé. Autour d’eux vont graviter des personnages liés à leur vie familiale ou professionnelle, dont Yu-Geon(Baek Sung-Chul), l’ami de lycée qui n’a pas abandonné son rêve de devenir comédien, mais aussi Oh Ha-Na(Lee Yul-Eum), une enfant star façonnée par sa mère, une ancienne starlette devenue PDG d’une société de production.


Par où commencer ? Le principal problème de Dream to You n’est finalement pas son manque d’idées. C’est presque l’inverse : le drama en a beaucoup, mais il ne sait jamais vraiment quoi en faire. Amour retrouvé, cinéma, ambitions professionnelles, destins contrariés, relations familiales compliquées, personnages qui cherchent encore leur place dans la vie : sur le papier, il y avait largement matière à construire une romance adulte et intéressante. Mais le scénario donne constamment l’impression d’empiler des éléments sans parvenir à leur donner une véritable cohérence. C’est le fameux meuble IKEA : on ouvre la boîte, on trouve plein de pièces, on suit le mode d’emploi… puis, au bout d’un moment, certaines pièces ne correspondent plus, d’autres semblent inutiles et il reste des vis dont on ne sait même plus où elles doivent aller. Le drama manque surtout d’un centre de gravité, d’un pilier central sur lequel on puisse s’appuyer pour développer ses thèmes et ses personnages. On veut montrer trop de choses, mais le résultat, c’est qu’on ne fait qu’effleurer la surface au lieu de gratter en profondeur. Ainsi, le couple Su-Bin / Yi-Jae se reconstruit trop vite, contrairement au couple secondaire. Niveau étincelle émotionnelle, on repassera.


On est dans une romance mature, donc j’attends un jeu de séduction, pas du livré clé en main. Hwang In-Yeop et Hyeri jouent côte à côte les trois quarts du drama, mais jamais ensemble. J’ai vu les acteurs, mais jamais les interprètes. Le pire, c’est que durant ces interminables phases de flashback, la plupart inutiles au début, on nous les met en habit de lycéens : sauf qu’à plus de 33 ans, je ne vois pas des lycéens, mais deux acteurs déguisés, parce que ce n’est tout simplement pas crédible. Le scénario nous explique leur passé, leurs blessures, leurs retrouvailles et les raisons pour lesquelles ils se sont séparés, mais il ne nous fait pas suffisamment vivre leur relation dans le présent. On connaît beaucoup de choses sur eux avant même qu’ils aient réellement eu l’occasion de se redécouvrir. Or, pour moi, le " pourquoi " est essentiel. Preuve en est lors du 5e épisode, où ils sont presque sortis de l’écran pour laisser leur place à Ha-Na et Yu-Geon, dont le profil est plus intéressant, je trouve, parce que leur relation se construit sous nos yeux, même si c’est maladroit. Ils ont aussi quelque chose qui manque cruellement au couple principal : une complicité naturelle. La fausse bonne idée est d’avoir ajouté encore un couple qui ne sert finalement à rien, si ce n’est à remplir les vides narratifs.


Les relations entre les personnages sont assez bancales dans l’ensemble, les liens sont faibles entre les principaux interprètes. Et tout ce pathos qui se rajoute au pathos sert à combler une tension faible et une atmosphère chaleureuse inexistante, sauf un peu vers la fin. Le seul enjeu de la série, c’est : « Vont-ils finir par réaliser leur film dont le script avait été écrit par Yi-Jae au lycée ? » Le tournage aurait pourtant pu être un formidable outil pour faire progresser la relation entre Su-Bin et Yi-Jae : travailler ensemble, confronter leurs visions, faire remonter les souvenirs, mélanger le jeu et les sentiments réels, révéler leurs ambitions respectives. Alors on en verra une partie, mais lors du dernier épisode, un comble ! La lassitude intervient rapidement, car le remplissage devient trop visible. C’est exactement ce qui donne cette sensation de scénario cousu de morceaux séparés plutôt que construit autour d’une véritable colonne vertébrale. Heureusement que la réalisation est de qualité, malgré la surabondance de fonds verts et d’I.A., assez incompréhensible. Il y a quelques bons moments, mais sur l’ensemble, c’est insuffisant pour dégager de l’authenticité et des sensations fortes.


La plupart du temps il n’y a aucune surprise, tout est cousu de fil blanc, mais un sentiment va dominer rapidement : l’ennui. C’est souvent soporifique, car c’est un empilement de problématiques ou de sentiments accolés les uns aux autres, sans harmonie, sans transitions, sans fluidité. Il n’y a pas d’enjeu véritable. Où est la passion ? À part deux ou trois scènes, c’est pauvre. Hyeri " fait du Hyeri ", comme dans Reply 1988 ou May I Help You? Je l’ai trouvée plus inspirée dans My Roommate Is a Gumiho et surtout dans Friendly Rivalry, dans un registre plus sombre. Par contre, le jeune Baek Sung-Chul m’a semblé bien meilleur. Quant à Hwang In-Yeop, je l’ai trouvé encore très moyen, parce qu’il reste sur ses acquis. Au final, Dream to You est un drama qui se regarde sans véritablement se vivre. Il raconte beaucoup de choses, mais ne provoque presque rien. Un rendez-vous manqué, et surtout beaucoup de temps perdu. Pour preuve, arrivé au 9e épisode, j’ai fini en accéléré, bien m’en a pris. La série ne fut pas un cauchemar, il ne faut pas exagérer : il y a quelques moments sympas, mais ce n’était sûrement pas le rêve qu’on m’avait vendu. Il aura surtout manqué une vraie structure de fond pour dégager des sensations fortes.

PS : Visiblement, en Corée, le code de la route diffère de nos contrées (dans les dramas du moins) : en effet, quand une voiture aperçoit un piéton, elle fait d’abord un appel de phares, klaxonne… puis lui fonce dessus au lieu de freiner et de l’éviter. C’est la "Korean Touch", le petit truc en plus qui met du piquant.


Main Theme : Jeebanoff - Sailing Back To You

Additionnel OST : Heo Hoy Kyung - Season Comes

Créée

il y a 7 jours

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3
6

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