C'est assez intéressant de voir qu'avec les séries espagnoles le meurtre est acceptable, mais l'avortement certainement pas. Le meurtre est compréhensible, mais le suicide n'a pas sa place dans les explications, non plus. Je trouve cela assez incroyable d'être aussi avancé et d'être aussi reculé. Comment est-ce possible ? Comment concevoir l'autre opinion et pas celle de laisser la liberté à son corps ? Comment montrer autant de sexualité, d'homosexualité ( exemple avec la série Elite ou Olympo) mais voir que la religion est aussi sacrée ? C'est extrêmement paradoxal dans les séries espagnoles.
On sent cette attention de dire, de divulguer, de désigner, de montrer... Mais on n'arrive pas à aller plus loin. On ne se positionne pas. C'est très perturbant. Enfin... Disons que je ne vais pas rentrer dans ce débat-là, car cette série a le mérite d'avoir plusieurs qualités.
Autant mettre cela en avant.
Commençons par le style scénaristique des épisodes : chaque épisode est un point de vue. Chaque personnage a le droit à son épisode et de comment il a vécu la fameuse soirée en question. C'est original car nous spectateurs, nous changeons d'avis à chaque avancée de l'histoire. Et sans avoir de réponse précise. Ce qui est assez incroyable. Une liberté pour chaque spectateur de se poser la question : pourquoi ? Quel était vraiment le motif ? Est-ce que la victime méritait vraiment ça ? Est-ce que c'était pour se libérer d'une malédiction familiale ? Est-ce que c'était pour montrer le point de vue d'une mère ? Est-ce qu'on peut considérer que l'enfant a été donc sauvé ou a vécu un destin tragique ? Est-ce que l'homme en question était un connard ou un père qui voulait valoir ses droits ?
Pour le coup, le fait qu'on se pose autant de question, je trouve cela positif. On laisse le spectateur de choisir les explications qu'il a envie de voir.
Ce que j'ai adoré aussi, c'est ce mélange de macabre et de luxueuses vacances. Le contraste entre drame et vacance à travers l'image et l'ambiance dans les plans, c'est assez incroyable. Généralement, quand on décide de suivre la voie d'une série sur le meurtre ; on a le droit à des couleurs froides, des plans simples, pas d'émotion, pas de sentiment, pas de moment drôle pour les personnages. Que des suspects. Donc, ambiance lourde. Mais ici, c'est tout le contraire. On a le droit à des paysages paradisiaques. Des ambiances chaleureuses. Des moments drôles avec un trio infernal. Grâce à un casting incroyable avec Clara Galle (mon personnage préféré tellement elle change des autres rôles qu'elle a pu avoir), une fille complètement perchée avec le côté petite fille qui craque au moindre problème, Claudia Salas qui joue la dure-à-cuire (qui était déjà comme ça dans Elite) même si c'est le même rôle, ici, ce n'est pas une adolescente, c'est une grande sœur protectrice, amante, amoureuse et qui tente de sauver sa famille. Et Paula Usero que je n'avais pas encore vue quelque part, mais qui joue merveilleusement bien, le Ying et le Yang entre ses deux sœurs. Un mélange de douceur, de fermeté, de devoir, d'espoir, de liberté, du bien et du mal, en un seul et même personnage.
Pour chaque épisode, on ne voit pas le temps passé. On a envie de connaître la vérité, car bien évidemment, comme ce sont des points de vue différents, on a des éléments nouveaux. La réponse, on ne peut l'avoir qu'à la fin.
Ce qui est également intéressant, c'est de voir le statut de la mère. Quand je dis cela, c'est même, la définition du statut d'une mère. Ce qui est rare de le voir en plusieurs points de vues. On le voit à travers les yeux d'une mère malade. On le voit à travers les yeux d'une femme qui devient mère après le coup d'un soir. On le voit à travers les yeux d'un couple qui souhaite avoir un enfant (l'une des deux femmes qui veut et l'autre qui se sent obligé pour l'amour de sa vie) avec la conséquence d'un traitement. On le voit également à travers les yeux d'une personne qui n'est pas mère, mais qui a le poids et la responsabilité d'une mère. Puis pour terminer, on le voit à travers les yeux de ces sœurs qui tentent de s'aider mutuellement tout en ayant des comportements d'une "Mère". J'ai aimé que ce thème soit la source principale du scénario. D'ailleurs, on éclipse totalement le statut du père. Ainsi, on montre qu'une femme ne doit pas se définir ou se voir à travers un homme.
Maintenant le côté qui a cassé à mes yeux cette magnifique série : la condamnation et les retrouvailles. Je trouve un peu facile, après tout ce qu'elles ont vécu, que ça soit aussi simple. Si je dois faire une comparaison, c'est tout aussi facile que le vieillissement qui a été fait pour les actrices afin d'avancer dans le temps pour le dernier épisode. Il manque également des explications sur plein de choses : attention spoilers
La mort de la mère. Pourquoi les deux sœurs ainées se détestent autant. Pourquoi la plus jeune a fait ça ? Pourquoi elle a laissé ce genre de "non-réponse à sa fille". Est-ce que c'était vraiment pour la protéger ? Comment le père est mort ? Pourquoi on n'a pas eu plus d'explications sur la situation de la mère à l'époque ou du moins avant son suicide ? Pourquoi terminer sur ce câlin affectueux entre les trois sœurs au vu de ce qu'elles ont vécu ? Les liens de famille, peuvent-ils être aussi supérieur pour nous permettre de pardonner les péchés de tous voir de toutes ?
Même si les scénaristes sont tous neufs : Jason George et Lara Sendim. Je trouve qu'ils ont fait quelque chose d'audacieux avec une façon de montrer un meurtre qui est assez rare. Les réalisateurs sont assez doués pour nous faire vivre pleins d'émotions dans des épisodes qui ne sont pas long : Jorge Dorado et Liliana Torres. Et qu'on n'oublie pas qu'à chaque épisode, ils doivent reprendre des éléments de la même nuit (voir de la même journée avant meurtre ou de celle qui a suivi). Voilà l'importance d'une scripte surtout pour cette série qui fait aussi des sauts dans le temps (passé et futur, ainsi que la nuit du crime). La monteuse, Raquel Marraco, a dû s'arracher les cheveux, mais, au contraire, je trouve qu'elle a relevé le défi. N'oublions pas que le montage est une troisième écriture pour l'histoire. Avec autant d'informations, on peut vraiment la féliciter d'avoir réussi à garder un squelette chronologique correct et logique.
Sincèrement, les notes ont été sévères : je pense que cette série mérite le visionnage des spectateurs.