On sait qu'on n'est pas partis pour une franche tranche de rigolade quand on s'embarque dans l'histoire d'une jeune femme juive morte en camp de concentration. On devine aussi qu'on va forcément se mettre un peu la rate au court-bouillon à l'idée qu'une région d’Allemagne a suivi l'exemple de certains pays d'Europe tentés par l'expérience édifiante, mais pas assez pour bénéficier aux sociétés plus de quelques décennies, du fascisme, à l'heure de regarder cette série. Mais on y va quand même, on se demande bien pourquoi, et le pire, c'est qu'à la fin, on ne le regrette pas. En six épisodes, on a eu le temps de faire la connaissance de personnages atypiques à défaut de vraiment attachants, dont l'héroïne, Etty, une taiseuse contemplative et graphomane, ce qui n'a rien de franchement cinégénique. Malgré tout, on finit par sen rapprocher un peu, c'est la magie du cinéma, et par tenter de rentrer aux forceps dans sa tête. C'est qu'elle est intrigante, sa tête. D'ailleurs, elle intéresse grandement son psy, une sorte de gourou de la chiromancie déguisée en science académique, qui va finir par succomber à son charme, malgré la différence d'âge, de nationalité et de caractère. Car personne n'a le même qu'Etty, de caractère, et ses journaux ont traversé les âges précisément parce qu'ils sortent de l'ordinaire. Entre leurs pages, la jeune femme a tenté d'analyser ses états d'âme, sans sembler attribuer une importance démesurée aux événements extérieurs, vus juste comme le prétexte à une évolution intime qui peut fasciner. Il faut dire qu'à la fin, je ne dévoile rien qu'on ne sache d'entrée de jeu, Etty a choisi d'entrer de son plein gré dans un camp de concentration nazi, pour tenter d'apporter du réconfort à ses pairs. Je ne dis pas à ses semblables, car elle était très éloignée du modèle dominant. Je ne dis pas non plus que j'ai vraiment saisi les étapes qui l'ont menée à un détachement extraordinaire, qui n'était pas de l'indifférence mais s'apparentait plutôt à cette sorte d'amour universel décrit par le bouddhisme. Bref, un destin dépaysant, qui a posé des questions insolubles à son entourage et continue à interroger aujourd'hui encore, d'autant que l'environnement contemporain, habilement choisi par les créateurs de la série comme décor à l'histoire, ressemble finalement beaucoup à celui des années 30 et de la montée des fascismes. C'est la dimension prophétique de cette œuvre, je suppose, qui vise à nous faire un peu réfléchir sur les risques qu'on court à flirter ainsi avec une intolérance qui ne devrait rien avoir de tolérable. Pas de quoi filer un moral de vainqueur, donc, mais il faut bien avouer qu'elle fait mouche et donne parfois envie d'aller secouer certains provocateurs comme des bananiers au lieu de juste changer de chaine, parce que, pendant ce temps-là, d'autres les écoutent et les croient.