Comment passer d'une première saison aussi réussie à une Saison 2 aussi ratée? Parce qu'on passe d'une série originale, ambitieuse, esthétiquement et techniquement remarquable, à un contenu pauvre, décousu, invraisemblable. Alors oui, la réalisation est toujours aussi soignée et réussie, mais en ce qui me concerne, ça ne rattrape pas le reste. Outre les problèmes d'écriture, il me parait évident qu'il y a eu de gros soucis de production car certains choix semblent avoir été fait par dépit et non par choix justement. ATTENTION SPOILERS!!!!!!!
- Le premier épisode semblait pourtant prometteur : on en apprend enfin davantage sur Fezco et Ashtray, personnages certes très secondaires mais attachants. On va les voir un peu plus cette saison ce qui est plutôt sympathique. C'est aussi l'occasion de voir se développer un certain lien entre Fez et Lexi, et de s'attarder un peu plus sur ce personnage qui, idem, restait en second plan dans la première saison. Cette relation contraste avec les autres qui sont plutôt noires et toxiques, là c'est plutôt des échanges positifs et sincères. Chacun apporte quelque chose à l'autre. Bref, j'ai trouvé que ce "couple" assez bien écrit et donne envie de voir la suite les concernant.
- Autre bon point : l'arche narratif autour de Cal Jacobs. On en sait plus sur son passé, sa situation familiale, son mal être, ses travers, sa "fuite"... Il est un des seuls à avoir un final intéressant d'ailleurs. Le personnage de Maddie aussi que j'aime bien, est traité de façon intéressante tout au long de la saison. Excellente transition pour embrayer sur ce qui ne va pas (et il y a beaucoup de choses) !
- Sans perdre de temps, dès le premier épisode, on nous balance un triangle amoureux grossier qui va nous tenir la jambe jusqu'à la fin de la saison entre Nate/Maddie/Cassie. Mais pourquoi ça??! Pour commencer, on zappe ce qui a été fait dans le Season Final 1 au sujet de l'avortement de Cassie et sa volonté de se libérer de sa dépendance affective. On en parle plus du tout. Sachant qu'on a eu droit à toute une mise en scène allégorique de patinage (très belle séquence) pour illustrer tout ça, finalement ça n'aura servi à rien. Pire, Cassie au lieu d'évoluer avec ce bagage, nous fait un méchant retour en arrière : dès les premières minutes, on l'a fait plongé dans une relation complètement tordue qui va nous montrer à quel point son personnage si vulnérable et touchant n'est en réalité qu'une pauvre fille hystérique, égocentrée et détestable. Alors oui, l'actrice fait une superbe prestation, mais quand on voit que Cassie passe la majorité de la saison à pleurer et à hurler comme une hystéro, je pense que le talent de Sydney Sweeney aurait pu être mis en valeur d'une meilleure façon.
- Autre problème avec ce triangle amoureux entre un mec, une fille et sa meilleure amie : Euphoria qui m'avait marqué par son originalité et son ambition tombe dans le cliché des séries pour ados le plus populaire et le plus bateau que cette terre ait portée. Qu'est-ce que ça apporte? Rien. Qu'est ce que ça raconte? Rien. Et tout y passe, y compris la réplique culte Mais vous aviez rompu!! Pfffffffff
- N'aurait-il pas été plus intéressant et plus logique de développer la relation Nate/Jules? Parce que là, ça passe complètement à la trappe. Ils ont juste une micro-scène ensemble, leur relation n'évolue pas, est à peine évoquée alors qu'elle était centrale dans la première saison. D'ailleurs, de façon globale, le personnage de Jules est délaissé.
- Autre problème par rapport à l'écriture des personnages : ils ajoutent de nouvelles têtes, celle d'Elliot en l'occurrence, que je trouvais intéressant au début mais les scènes du trio Rue/Jules/Elliot sont très envahissantes, parfois gênantes (on se demande qu'est-ce que ça vient faire là) et très longues. Et finalement Elliot, ben il n'apporte pas grand chose, si ce n'est la révélation quand à l'état de santé de Rue. Donc à quoi bon ajouter un personnage inutile quand d'autres sont laissés en plan?
- Pour rebondir sur un point positif : le 5e épisode centré sur Rue est le plus réussi. Zendaya est toujours aussi parfaite dans son interprétation, la tension et l'émotion sont au rendez-vous. D'ailleurs c'est intéressant de voir le parallèle réalisé entre Rue/Gia et Cassie/Lexi. Dans les deux cas, les sœurs ainés accaparent l'attention de leurs mères, trop autocentrées sur leur propre douleur sans se préoccuper des conséquences sur leur familles et notamment leurs jeunes sœurs. Mais là où Rue essaie malgré tout d'être une grande sœur pour Gia, Cassie pas du tout (c'est même plutôt l'inverse), et quand la mère de Rue lui explique que dorénavant elle fera passer Gia avant elle parce qu'elle veut préserver au moins une de ses filles, Rue le comprend et culpabilise. Cassie, de son côté, enchaine les crises et refuse que quelqu'un d'autre qu'elle soit le centre d'attention. Mais vraiment une chouineuse insupportable, à chaque épisode c'est pire, je ne comprends pas ce choix d'écriture!! Elle n'inspire ni compassion, ni empathie.
- En ce qui concerne le personnage de Kat, il a quasiment disparu. Apparemment l'actrice aurait été en conflit avec le créateur qui l'a donc zappé du montage. Il aurait fallu couper aussi la scène de rupture avec son copain, ça nous aurait épargné une scène absurde où Kat explique à Ethan qu'elle est atteinte d'une maladie incurable et c'est pour ça qu'elle le plaque. Pourquoi aller aussi loin et décrédibiliser complètement les personnages?
- Pour faire transition avec l'invraisemblable, je vais parler du Season final. En plus de la fusillade chez Fezco really too much, c'est surtout une question qui me taraude : pourquoi Ash a tué Custer? Pourquoi? Mouse ok, le mec était dangereux, il était sur le point de tuer Fez, et ça a été fait dans le feu de l'action. Mais Custer, c'est trop! Ash, il fait du deal avec son grand frère, c'est pas un tueur à gages le gamin, mais il empile les macchabés dans son salon OKLM. Difficile d'y croire, c'est juste créer du drama de façon artificielle et ce n'est plus du tout crédible. J'ai toujours vu Euphoria comme une série ancrée dans le réel. Donc cette fin m'a frustrée.
- Pour conclure, je vais évoquer le plus gros problème de cette saison : l'arche narratif autour de Laurie. Quel ratage monumental. Je résume : on nous balance cette intrigue autour de cette femme dangereuse et menaçante, qui est clairement une épée Damoclès au dessus de la tête de Rue, ce qui permet de créer un enjeu et une tension tout au long de la saison, et hop, en plein milieu on en parle plus. Ce n'est même plus du tout évoqué. WTF? Certains diront "oui mais ça va être fait pour la saison 3" Non désolé! Si ça devait être le cas, le personnage et son background aurait été intégré en milieu de la saison 2 ou même à la fin. Là, c'est quasiment au début du premier épisode que Laurie apparait, donc ça aurait dû être développé en cours de la saison 2. D'autre part, après le 5e épisode, on s'attend à voir tomber les conséquences des actes de Rue : l'argent, la piqure de morphine, les menaces de prostitution,... Un enjeu je vous dis, la base de l'écriture scénaristique. Mais que nenni. Après tout ça, Rue arrive à décrocher et Laurie n'a pas l'air de se soucier 1 seconde de récupérer les 10 000 balles que Rue lui a perdu. Problème d'écriture ou de production? J'ai du mal à croire que ce soit une décision prise dès le départ. Pour moi c'est une erreur, une faute qui a fini de planter la saison.
Pour résumer, il y a de bons moments à passer au cours de cette saison, autant dans les intrigues que dans la réalisation. Mais ça ne contrebalance pas les moins. En plus des choix d'écriture peu judicieux et des incohérences béantes, le vrai problème c'est qu'il ne se passe rien en fait dans ces épisodes. Mais vraiment RIEN. On a l'impression que l'histoire, les personnages n'ont quasiment pas avancé. Et oui, je me suis ennuyée plus d'une fois. Il parait que certains pans de l'histoire ont été changé à la dernière minute. Si c'est le cas, ça expliquerait pas mal de choses quant au résultat. Tout n'est pas à jeter c'est sûr, mais étant donné la déception, je n'attend pas la saison 3 avec plus d'excitation que ça.