Il y a dans Extras probablement l’une des scènes les plus humiliantes et géniales de toute la télévision anglaise : David Bowie improvisant au piano une chanson entière pour se moquer de Ricky Gervais au milieu d’un bar.
“Little fat man who sold his soul…”
Et Gervais qui comprend progressivement que toute la salle est en train de rire de lui pendant que Bowie continue, imperturbable, avec ce mélange de sophistication et de cruauté détendue typiquement britannique.
C’est exactement ce que Extras faisait de mieux : transformer le malaise social en art majeur. Derrière les gags, la série parlait surtout du besoin désespéré d’être reconnu. Andy Millman ne veut pas vraiment devenir acteur. Il veut qu’on l’aime enfin. Et chaque apparition de star vient lui rappeler sa place avec une violence presque élégante.
À cette époque, Ricky Gervais était encore au sommet de son jeu : drôle, acide, capable d’être odieux tout en restant étrangement touchant. Il savait encore rire de sa propre médiocrité, de son ego, de son besoin pathétique de validation.
C’est peut-être ce qui manque un peu aujourd’hui dans ses derniers stand-up : cette fragilité. À force de vouloir devenir le type qui “dit les vérités interdites”, il a parfois perdu ce qui le rendait immense dans The Office ou Extras : cette capacité à se présenter lui-même comme le plus ridicule de la pièce.
Mais dans Extras, tout fonctionne encore parfaitement. Le vide existentiel, les humiliations mondaines, les stars absurdes jouant leur propre caricature, et surtout cette sensation terrible que le succès n’efface absolument rien.
Et puis il y a Bowie.
Deux minutes à peine.
Et probablement l’un des plus grands caméos comiques jamais filmés.