Syndrome d'étirement et rythme artificiellement dilué
Le 1er reproche évident que j'ai à faire concerne la durée de ses vidéos, qui s'apparentent souvent à des longs-métrages (parfois plus de 2 heures). Si ce format peut plaire aux amateurs de bruit de fond, d'un point de vue purement analytique, il souffre d'un cruel manque de synthèse.
Il y a trop de répétitions et digressions. Une histoire qui pourrait être racontée de manière percutante en 30 minutes est étirée par des silences, des répétitions de concepts ("c'est vraiment très perturbant", "je n'avais jamais vu ça") et des détours narratifs inutiles.
Il y a une illusion de la densité. La longueur est souvent confondue avec l'exhaustivité. Or, passer 15 minutes à décrire plan par plan une vidéo YouTube cryptique au lieu d'en synthétiser l'enjeu ne rend pas le propos plus profond, cela alourdit seulement le rythme.
Sur-dramatisation et ton monochrome
Le ton de Feldup est sa marque de fabrique mais aussi son plus grand piège. Il traite la majorité de ses sujets avec une gravité absolue et une voix presque haletante, ce qui crée un décalage souvent risible avec le matériel d'origine.
La gravité dont il peut faire preuve est, je trouve, disproportionnée. Qu'il parle d'une véritable affaire tragique ou d'un ARG ("Alternate Reality Game") créé par un adolescent de 16 ans dans sa chambre avec Windows Movie Maker et des effets VHS, le ton reste le même. Cette dramatisation extrême d'enjeux virtuels ou fictionnels finit par désensibiliser l'auditoire.
En plus de cela, il y a comme une "injonction à l'effroi", comme une insistance constante sur son propre malaise ("ça m'a terrifié", "j'ai fait des cauchemars") ce qui force l'émotion du spectateur plutôt que de laisser les images parler d'elles-mêmes. C'est une béquille narrative : si l'histoire était intrinsèquement terrifiante, il n'aurait pas besoin de nous marteler à quel point elle l'est.
Illusion de l'investigation (ou le complexe du lecteur "Wikipédia")
Le titre "Findings" ("trouvailles") laisse supposer un travail d'investigation original. Pourtant, si on analyse ses sources, cela montre que son travail relève bien plus souvent de la traduction et de la compilation que de la véritable enquête.
En outre, pour une grande majorité de ses vidéos (surtout les plus anciennes), l'enquête a déjà été menée, résolue et documentée par des communautés anglophones sur Reddit, 4chan, ou par d'autres YouTubeurs américains.
Le problème est qu'il se permet de se réapproprier un travail collectif. Même s'il cite souvent ses sources, la mise en scène donne l'impression d'une plongée solitaire dans les abysses d'internet, alors qu'il ne fait souvent que synthétiser un Google Doc communautaire ou un fil Reddit déjà très bien structuré. Je dois reconnaître que c'est un excellent travail de vulgarisation pour le public francophone, mais le vernis du "journaliste d'investigation du web" est trompeur.
Sur-interprétation de ce qui est supposé être subversif et du "vide"
Dans sa volonté de trouver du sens profond à des œuvres internet, Feldup a clairement tendance à sur-intellectualiser des contenus qui ne le méritent pas toujours.
De nombreuses web-séries ou chaînes cryptiques basent leur esthétique sur l'étrangeté gratuite (images déformées, textes codés en binaire, thèmes de la dépression ou des abus) et Feldup a souvent tendance à y voir des métaphores géniales sur la condition humaine ou des chefs-d'œuvre de narration psychologique.
En plus de cela, en cherchant un sens caché à chaque glitch audio ou à chaque plan flou, il légitime une certaine paresse de la part des créateurs d'ARG, qui savent qu'il suffit d'être suffisamment vague et morbide pour que des vidéastes comme lui comblent les trous scénaristiques avec leurs propres théories complexes.
En conclusion, force est d'admettre que le travail de Feldup sur les "Findings" a le mérite d'avoir démocratisé l'horreur analogique et les mystères du net en France.
Cependant, sous l'angle de la critique, le format souffre d'un manque criant de concision, d'un ton excessivement mélodramatique qui frôle parfois le pathos, et d'une trop forte tendance à élever au rang de chefs-d'œuvre des expérimentations web parfois très amateurs. C'est un contenu qui repose davantage sur l'ambiance et la narration de l'intime que sur la rigueur et l'efficacité d'une véritable enquête documentaire.