Je dois avouer que lorsque j’ai entendu parler de Fleabag pour la première fois, j’ai presque décidé de ne pas la regarder. C’est vrai, les trois premières minutes sont très déconcertantes, et il faut s’accrocher. Mais c’est peut-être ça, le message de toute la série : il va falloir s’accrocher à ce personnage. Il faudra lui donner du courage et de la force, car à travers elle, c’est bien nous, spectateurs, que la série tente de soigner.
Fleabag raconte l’histoire d’une femme qui vient de perdre sa meilleure amie. Cette dernière, en tentant de se blesser gravement pour culpabiliser son petit ami infidèle, a perdu la vie. Fleabag doit maintenant tenter de survivre à la dépression.
Fleabag est caustique, parfois presque méchante, mais plus la série avance, plus on regrette qu’elle ne le soit pas davantage. Sa famille lui porte un amour très particulier : sa sœur ne souhaite la voir qu’en période de crise, sa belle-mère la déteste, et son père est trop peureux pour exprimer ce qu’il pense. Bref, Fleabag, c’est une famille traditionnelle. Pourtant, Fleabag possède une capacité unique à rire de toutes ces situations. Cela m’a rappelé l’excellente série Ted Lasso. À la différence près que Fleabag est complètement délurée, très (trop ?) portée sur le sexe. Là où Ted est lisse, Fleabag offre au contraire un personnage dont les failles sont visibles dès les premières minutes. Mieux encore, elle nous parle de ses failles en brisant le quatrième mur, sans chercher à les dissimuler.
Le traitement de la dépression est très pertinent, car en parlant aux spectateurs, Fleabag se parle surtout à elle-même, à tel point qu’elle n’évoque jamais ses problèmes avec sa famille. Elle les cache derrière de grands sourires. Le traitement du temps accompagne parfaitement son trouble : on voit autour d’elle les gens avancer, fonder (ou essayer de fonder) des familles, mais Fleabag semble complètement figée dans le temps. C’est un sentiment bien connu de ceux qui ont déjà traversé une dépression.
Fleabag nous interroge dès le début, et il est possible de répondre oui à ces questions. Si bien qu’on navigue dans la série en se remémorant notre propre vécu. Là où la série est forte, c’est que bien souvent (en tout cas pour moi), on peut se reconnaître dans les chemins qu’elle emprunte. Ce qui devait être pour moi une série banale s’est révélé être une petite remise en question.
Cette série est pleine d’enseignements. À un moment, le père dit à Fleabag : “Je crois que, de nous tous, tu es celle qui sait le mieux aimer, et c’est pour cette raison que ça te fait autant souffrir.” Il a en partie raison, mais si elle souffre autant, c’est parce qu’elle n’a pas trouvé une personne digne de l’aimer comme elle le mérite. Et nous sommes nombreux dans ce cas, n’est-ce pas ?