Friendly Rivalry est un K-drama adapté d'un webtoon qui traite non pas d'une rivalité, mais de rivalités entre filles, autour d'une mort suspecte dans un établissement d'élite. Il est aussi bon de rappeler que ce n'est pas juste un drama scolaire, c'est avant tout un thriller psychologique. Ce qui m'a posé un gros problème, c'est d'avoir recruté des actrices âgées à 95 % de 25 à 30 ans pour interpréter des lycéennes. De ce fait, le rôle de Hyeri perd en crédibilité, car je ne vois pas une jeune femme de 18 ans devant moi, mais une femme de 30 ans, surtout lorsqu'elle retire son uniforme scolaire. Le plus risible, c’est que dans la série, sa sœur aînée est interprétée par une actrice qui a 7 ans de moins qu’elle, la blague doit s'arrêter à un moment. On n'est pas dans de la baston scolaire où je peux encore tolérer ce genre de stupidité. Pour faire simple, si la plupart des actrices ne sont absolument pas crédibles en tant que lycéennes, fort heureusement, c'est leur jeu d'actrice qui va nous permettre de rendre l'histoire crédible et acceptable.
Woo Seul-Gi(Chung Su-Bin) a grandi dans un orphelinat en province. Elle déménage à Séoul et intègre le lycée Chaehwa qui accueille les meilleures élèves de Corée du Sud. En tant que boursière, c'est une des rares jeunes filles non aisées à faire partie de cet établissement. Mais elle n'a pas choisi de venir ici par hasard. En effet, son père, décédé récemment dans d'étranges circonstances et dont elle n'avait plus de nouvelles depuis des années, était professeur dans ce lycée. D'abord rejetée par ces filles élitistes, la plus brillante élève de Chaehwa, dénommée Yu Je-I(Hyeri), va alors la prendre sous sa « protection ». Issue d'une famille riche dont le père médecin est un des grands donateurs de l'établissement, elle fait l'objet de respect et d'admiration, et use de son autorité. Mais est-elle vraiment sincère dans son approche envers Seul-Gi et la relation d'amitié qu'elle veut créer avec elle ? Ou bien cache-t-elle de sinistres ambitions ? Le jeu de dupes qui préexistait entre les différentes filles va alors s'intensifier.
Dans Friendly Rivalry, nous sommes dans un environnement compétitif où seules les meilleures survivent pour s'extraire du lot. Ce qui implique que tous les moyens sont bons pour atteindre son but. Ce drama repose sur le concept de l'amoralité décomplexée, qui est un facteur déterminant dans la quête de la réussite, se traduisant par un bon classement au Suneung, l'examen ultime qui va déterminer la vie d'un étudiant. Ici, nous sommes entre antihéroînes, où les sociopathes de tout bord partiront avec un certain avantage, surtout s'ils utilisent des substances médicamenteuses pour doper leurs facultés mémorielles. Partez du principe que toutes ces filles sont plus ou moins mauvaises, car elles ont toutes des parts sombres. Il n'y a pas d'amitié, juste de la rivalité et des alliances de circonstances. C'est la compétition à outrance qui les rend comme ça. Seul-Gi et Je-I vont former un binôme, mais est-ce réellement une amitié, ou bien ne se servent-elles pas au final l'une de l'autre pour atteindre leur propre but ? Car étant les deux meilleures du lycée, il ne peut y en avoir qu'une (comme dans Highlander). Ici, la rivalité est une arme et l'amitié est un jeu de pouvoir. Tout est une question de domination psychologique.
Si le récit qui se déroule au sein du lycée sert indirectement à dénoncer le système coréen de l'excellence poussé à l'extrême, comme on peut le voir dans l'excellent drama SKY Castle, il ne faut pas écarter la part du thriller qui va s'étoffer durant la seconde partie. Car s'il y avait un véritable antagoniste à combattre, ce serait le père de Je-I, le clinicien Yu Tae-Jun(Kim Tae-Hoon), le maître psychopathe qui détient bien des secrets. Dans Friendly Rivalry, quand on referme une porte, une autre s'ouvre, révélant d'autres mystères enfouis et oubliés. Parfois, quand on suit tous ces personnages au sein de Chaehwa, il y a presque une ambiance sectaire qui se dégage ; la toxicité de tous ces gens fait entrevoir des portraits divers, plus ou moins malsains et pervers. L'un des intérêts du drama réside dans le fait de savoir à quelle sauce tout ce petit monde factice va être mangé et qui survivra. À ce jeu, tout le casting fait un travail remarquable car, en dehors des deux actrices que j'ai citées, Oh Woo-Ri dans son look de "Véra de Scooby-Doo"et Kang Hye-Won dans ce rôle de bimbo anorexique tirent leur épingle du jeu de manière subtile. Ces jeunes femmes portent le récit de manière remarquable, car elles nous proposent surtout quatre personnalités bien distinctes, dont l'analyse psychologique est vraiment jouissive à réaliser. De l'excellent boulot !
Cependant, même si le scénario est bon, il est paradoxal qu'en seulement 8 épisodes on soit confronté à quelques trous d'air incompréhensibles. À force de vouloir garder la rivalité amicale par moments, on évacue tout réel danger et le soufflet retombe un peu. S'il y a pas mal de suspense, on a tendance à trop tirer vers la surabondance de plot twists vers la fin, ce qui amène l'effet contraire à celui souhaité : on les devine facilement par avance. Le personnage de Choi Gyung(Oh Woo-Ri) est un élément essentiel de l'histoire, même s'il est souvent insupportable. C'est le symbole de la réussite à tout prix et du plaisir solitaire. Car un autre élément à prendre en compte dans le drama est la relation ambiguë entre Seul-Gi et Je-I. Alors non, il n'y a rien de romantique, on va jouer sur une tension érotique entre l'admiration, la haine et l'attirance. Cette proximité physique et émotionnelle entre les rivales rend la trahison encore plus douloureuse. Le mix entre la scénographie, la photographie et la mise en scène est assez subtil, avec des références au milieu aquatique et à la couleur bleue. Celle-ci souligne la tension et la rivalité sous une apparence de calme, tandis que les profondeurs pourraient évoquer les émotions fluctuantes des personnages. On pourrait aussi y voir la notion de sacrifice, comme montré à un moment.
L'avantage d'être sur U+ Mobile TV, c'est qu'on est sans filtre et qu'on colle à la réalité : aucune marque de sponsoring, on fume, on boit, les blessures et opérations ne sont pas floutées, etc. Et on met un point d'honneur à lier aux propos un esthétisme de qualité. Le drama dénonce la course au succès à tout prix, quitte à s'affranchir de toute moralité. Ce n'est pas une histoire sur deux amies qui s'aident à vaincre, mais une histoire de compétition qui détruit l'amitié si on n'arrive pas à s'affranchir de cette barrière toxique. C'est une satire qui dénonce une société valorisant le résultat au détriment de la santé mentale. La dualité de la réalisation s'appuie sur la douceur de couleurs pastels qui contrastent avec la violence des propos et des actes. Friendly Rivalry est un thriller psychologique qui dresse le portrait de la noirceur de l'âme humaine dissimulée derrière des uniformes de lycéennes au sourire de façade. Si le mélange de sordide et de trash fonctionne plutôt bien, j'ai été déçu par la conclusion, pas assez tranchante. Cela reste néanmoins une œuvre de qualité, à voir aussi pour s'instruire sur le système éducatif coréen. Une seule phrase à retenir, dite par le dealer : "Il est facile d'être le numéro 1, mais il est plus difficile de le rester".
PS : Il apparait qu'une saison 2 soit en chantier pour 2027
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Additionnel OST: Elaine - Eternal Maze