Je viens de me refaire l’intégrale de Game of Thrones, et je suis obligé de l’admettre : cette série est incroyable. Rares sont les oeuvres qui m'ont fasciné à ce point. Alors j’essaie de comprendre pourquoi.
D’abord, les personnages. Arya, Tyrion, Varys, le Limier : des trajectoires qui ne flattent jamais le spectateur. Les auteurs les aiment assez pour les briser, les salir, les contredire, les rendre haineux, les faire se tromper. Rien n’est lisse. Et puis, l’image elle-même est rugueuse, presque crasseuse, comme si la caméra refusait de polir la violence morale qu’elle filme. On ne regarde pas Westeros : on patauge dans la fange des haines et des ambitions. Les êtres purs (je n'en vois que deux) ne finissent pas forcément bien.
Ensuite, l’ampleur. Une histoire qui respire comme un organisme vivant, avec ses pulsations, ses syncopes, ses coups de massue. Les épisodes de violence mémorable (les Noces rouges, évidemment) ne sont pas des chocs gratuits : ce sont des ruptures qui questionnent le spectateur : mais où allons-nous vraiment ? Les batailles sont chorégraphiées comme des opéras de boue et de feu ; l'asphyxie est souvent proche. Et la tension, cette capacité à faire monter la pression sur un seul épisode, atteint un de ses sommets avec l’explosion au feu grégeois : un moment de pure mise en scène, presque baroque, où la musique au violoncelle (autre dinguerie de trouvaille) devient une arme fatale des réalisateurs.
Enfin, le sous-texte politique. Les dragons comme métaphore de la puissance nucléaire (arme absolue, incontrôlable, héritée plutôt que méritée) ; les Marcheurs blancs comme menace globale ignorée : beaucoup d’analystes y voient une allégorie du réchauffement climatique ; Winter is coming comme slogan de l’obscurantisme, ou plus largement de la catastrophe annoncée que personne ne veut regarder. Rien n’est appuyé, et les pirouettes pour noyer le poisson sont légion, mais on finit par comprendre.
Game of Thrones ne manque jamais de souffle. Et surtout, elle ne nous prend pas pour des idiots : elle accepte que le monde soit complexe, sale, tragique, et que la beauté puisse surgir précisément là où tout s’effondre. Car la beauté surgit. Régulièrement.