Tout le monde il est beau, tout le monde il est bizarre

Si le Dr. House pouvait répéter à l'envie "everybody lies", Hannah (le perso principale joué par Lena Dunham) pourrait se voir dire "everybody's weird in their own fucking ridiculous and adorable way". Ah oui, elle est moins synthétique que House dans sa façon de parler. C'est un peu le style, si "made in NY" de cette écriture et de cette génération. La série, saison 1 (pas encore vu les autres en entier), c'est un peu ça : croquer, en faisant du banal et de l'anecdote la représentation valide de la réalité, les angoisses d'une génération. La sensation qui prédomine c'est que l'écriture est "réaliste". Tous les personnages sont "entiers". Il ne suivent pas la raison, et ne sont pas contraints par le script. Au contraire, c'est leur (normale) exubérance qui fait se plier le scénario à leurs émotions et coups de gueule.

L'écriture est donc très franche et fraîche, et se distingue de ce qu'on voit ailleurs. Dunham a beaucoup tiré de son expérience personnelle pour construire les histoires et ça se sent. Les scènes de sexe sont "awkward" comme ces situations peuvent l'être dans al réalité (de cette génération, à NY, on s'entend). On pourrait ergoter sur ce qui définit cette génération au juste : le côté manque de repère, la pression d'être autonome dans tous les aspects de sa propre biographie, l'impératif d'originalité pesant sur leurs épaules, la reconfiguration des rapports de genre... ? En tout cas elle confronte les représentations classiques véhiculées par la télévision et ça fait beaucoup de bien.

Cela dit le mécanisme d'écriture, sur la forme, est assez transparent : il s'agit juste d'être un peu décalé et borné pour créer le comique et l'attendrissant. Ca fonctionne bien. Un mec est toujours torse nu chez lui et prend des décisions toujours radicales : vous avez un personnage.

On sent donc une écriture réglée mais franche, qui a dans les dialogues un petit côté random à la Woody Allen (même si, oui, cette comparaison se fait un peu vite dès que quelqu'un se met à faire quelque chose d'original au niveau dialogue). Loin d'être une série pour filles (titre à ne pas lire en ce sens), elle vaut le détour pour se délecter des absurdités des situations vécues et auxquelles on s'identifie sans peine, autant que pour la qualité globale des dialogues.
IIILazarusIII
7
Écrit par

Créée

le 15 févr. 2015

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