Glass Heart ne raconte pas l’ascension d’un groupe, mais son réveil.
Les liens tiennent encore, mais se sont usés, et les tensions affleurent. On entre dans une histoire où les rêves ont perdu leur éclat, où l’on avance par loyauté, par fatigue, par habitude aussi.
Puis Akane arrive.
Elle n’a rien d’une révélation flamboyante. Non, ce petit bout de femme, un peu chaperon rouge, est profondément sincère. Elle observe avant d’agir et ressent. C’est une combattante et l’air de rien, elle déplace tout. Elle agit comme un défibrillateur affectif : un choc, une hésitation, puis un battement fragile mais réel.
Yu Miyazaki est bouleversante dans ce personnage tellement vrai. Je l’ai adorée.
Akane entre dans ce monde par Naoki Fujitani, incarné par Takeru Satoh. Naoki a cette allure de poète maudit, quelque part entre Rimbaud et Verlaine. Il compose comme on respire : pour survivre, pour ne pas se dissoudre dans la tempête intérieure qui l’habite. Takeru Satoh traduit très bien cette fragilité, cette tension créatrice, ce regard habité. Pourtant, son personnage m’a moins touchée. Naoki porte une forme d’égoïsme presque nécessaire à son génie, mais parfois épuisante. On le comprend, sans toujours l’aimer.
Autour de lui, le groupe vit dans ses nuances et ses silences.
Sho Takaoka, interprété par Keita Machida, est magnifique. Guitariste sensible, silhouette tranquille, cheveux longs, il joue l’intensité retenue, avec cette douceur et la maturité d’un grand frère. Machida est vrai et magnétique. On croit pleinement en son personnage qui semble n’exister que pour sa musique, et j’ai craqué, difficile de faire autrement.
Kazushi, le claviste, incarne une autre forme de délicatesse : romantique, discret, jaloux mais profondément loyal. On devine chez lui une musique intérieure que la série effleure seulement. Il aurait mérité d’exister au-delà du sentiment secret (et je n’aime pas les triangles amoureux…).
Enfin il y a Toya, magnifiquement interprété par Masaki Suda. Frère ennemi, admirateur et rival, il aime, il jalouse, il brûle. Mais il reste loyal, instinctivement, parfois malgré lui. Son geste pour protéger une fan dit tout : brusque, fier. Il n’est pas un trouble-fête : il est une conscience qui bouscule pour faire agir.
La mise en scène accompagne tout parfaitement. L’intimité comme les concerts, la création comme la révélation et rien n’est figé. La photographie est juste.
Et puis il y a la musique. Sublime. Tout comme les paroles, belles, revêches et tendres. Toute la BO est disponible et on ne va pas s’en priver. Pourtant j’appréhendais beaucoup au début… mais non aucune déception !
La création se montre nue : recherche, tâtonnement, conflits, imperfection nécessaire. Les solos de guitare, de batterie, de piano sont à la hauteur. Soulignons leur travail (ils se sont entraînés plusieurs mois) et ils sont totalement crédibles (mention spéciale pour Yu Miyazaki qui semble habitée par la batterie !).
Tout n’est pas parfait. Le scénario utilise des clichés dont je me serais bien passée, comme un triangle amoureux ou certaines rivalités. J’aurais préféré que l’on s’attarde davantage sur la tournée, beaucoup trop rapide. Certaines transitions hésitent. Mais j’ai aimé ces histoires d’amitié et d’amour où finalement sans cela rien ne se crée.
Glass Heart ne cherche pas l’effet.
C’est une série sincère, réalisée et jouée par des passionnés. Du coup, un 9 un peu excessif je l’avoue. Mais parce que filmer la musique sans la dénaturer est rare.
Et cela me suffit.