Épisode 1 - Hometown Prison
L’épisode « Hometown Prison », réalisé par Richard Linklater, évoque le lourd sujet de la dérive carcéraliste texane et américaine, et notamment de la peine de mort. Sa ville d’enfance, Huntsville, au nord de Houston, héberge de très nombreuses prisons qui portent en grande partie l’économie locale : la plupart des habitants y travaillent et les étudiants passent devant tous les jours sans oser les regarder, et encore moins imaginer ce qu’il s’y passe.
Le réalisateur porte un regard tendre sur ces Texans, pour beaucoup issus des minorités réprimées derrière ces murs, et qui ont tous une histoire différente qui les a tôt ou tard menés de « l’absence de pensée » à un dialogue moral et politique avec soi-même, puis à une prise de conscience.
En faisant le portrait de vieux camarades de lycée, d’anciens voisins et d’autres citoyens du quotidien, il nous montre leur trajectoire qui, petit à petit, les a conduits à dépasser leur indifférence aux injustices et aux discriminations de ce monde carcéral dont ils sont les rouages.
Certains sont révoltés ou cherchent la rédemption, d’autres sont résignés, quelques-uns encore tentent de se cacher derrière d’audacieuses interprétations religieuses.
Linklater développe également une analyse politique sur l’évolution des institutions carcérales, et plus largement sur la justice. La prison ne se réformera pas elle-même : c’est un système efficace et verrouillés. Il ne faut pas non plus attendre de l’État du Texas qu’il se remette en question alors qu’en matière de politique pénale, il est son propre juge.
La lutte contre les discriminations et la peine de mort doit venir des personnes, par leur éveil moral et la vocation de retrouver leur individualité.
J’ai beaucoup aimé cet épisode touchant et très humain, qui montre l’importance des valeurs morales, de l’empathie et du combat quotidien dans le lent renversement des machines infernales qui brisent des vies et alimentent la violence. L’amour simple et authentique de Linklater pour la ville qui l’a vu grandir et les personnes qui y habitent nous aide à voir ce qu’on y trouve de bon et de beau, au-delà des apparences de ville-prison et d’exécutants aliénés et insensibles.
Il m’a donné envie de découvrir son travail, pour retrouver ce regard personnel et émouvant qui fait toute l’originalité du documentaire.
« Death penalty seems to be dying very slowly of, of all things, old age. […] But I wish I wasn’t so sure the final holdout, the very last execution in our country, will be carried out in my hometown. »
Épisode 2 - The Price of Oil
Ce second volet, réalisé par Alex Stapleton, s’intéresse aux inégalités raciales persistantes dans la ville Houston et sa proche banlieue, sur fond d’expansion économique spectaculaire à partir des années 1900 consécutive à la découverte de réserves de gaz et de pétrole, quelques décennies seulement après la lente abolition de l’esclavage.
On apprend que la communauté noire conserve un taux de chômage très élevé malgré la proximité de la première industrie énergétique du pays, que les quelques postes qui lui sont concédés sont les plus dangereux, et qu’elle est, de loin, la première victime de la pollution et de ses lourdes conséquences médicales.
Cet enjeu de justice environnementale est pensé comme une partie d’un système discriminatoire bien plus vaste : insécurité des Noirs aux abords de certaines communes, délais de remboursement des assurances suite à des catastrophes naturelles particulièrement longs, ou encore manque de reconnaissance de leur rôle central dans l’histoire du Texas et sa prospérité économique.
Ce documentaire difficile montre cette souffrance qui traversent les générations depuis les derniers esclaves des années 1860. J’ai ressenti beaucoup de tristesse pour ces personnes démunies et maltraitées, mais surtout une immense admiration pour leur dignité et leur courage face à l’injustice et la violence du racisme de l’État qu’ils ont pourtant participé à construire.
« What I know is that communities like mine must have a seat at the table. You cannot write out our story. We exist. We are here. »