Good Girls
6.6
Good Girls

Série NBC (2018)

Trois mères, un braquage et une histoire qui finit par perdre son chemin

Good Girls commence par une idée très simple, mais particulièrement efficace : trois femmes ordinaires, épuisées de devoir joindre les deux bouts et résoudre les problèmes de tout le monde, décident de braquer un supermarché. Ce qui devait être un coup isolé pour les sortir d’une mauvaise situation finit par les entraîner dans un monde criminel dont il devient de plus en plus difficile de s’échapper.


La série démarre de manière formidable. Elle est drôle, rythmée et réussit à proposer une variation assez originale sur cette histoire bien connue de personnes ordinaires qui franchissent une limite et découvrent qu’elles ne peuvent plus revenir en arrière. À la place de l’antihéros masculin habituel, nous suivons trois mères de banlieue qui doivent concilier l’école, les crédits immobiliers, des mariages désastreux et des enfants malades avec les braquages, le blanchiment d’argent et des criminels dangereux.


Beth, Ruby et Annie ne deviennent pas soudainement de grandes criminelles. Elles improvisent, commettent des erreurs, paniquent et prennent des décisions absurdes. C’est précisément là que réside une grande partie de l’humour du début : ce sont des femmes totalement étrangères à cet univers qui tentent de survivre à des situations qui les dépassent de plus en plus. Chaque solution provoque un nouveau problème et chaque tentative de quitter le crime les entraîne encore plus profondément.


Christina Hendricks est excellente dans le rôle de Beth. Au début, elle semble être la plus stable et la plus conventionnelle des trois, mais elle découvre progressivement une partie d’elle-même qu’elle avait cachée pendant des années. Elle ne se lance pas dans le crime uniquement par nécessité ; elle commence également à apprécier le contrôle, le pouvoir et la liberté qu’elle y trouve. Beth est probablement le personnage le plus intéressant, car on ne sait jamais vraiment si elle souhaite retrouver son ancienne vie ou si elle ne supporte déjà plus l’idée d’y retourner.


Retta apporte beaucoup d’humanité à Ruby. Son besoin de trouver de l’argent pour aider sa fille rend ses décisions particulièrement compréhensibles, même lorsqu’elles sont loin d’être raisonnables. C’est le personnage qui conserve le plus fortement le conflit moral, la conscience que chaque geste possède des conséquences et la peur de détruire tout ce qu’elle essaie de protéger.


Mae Whitman, de son côté, fait d’Annie le personnage le plus impulsif et le plus chaotique. Elle prend souvent des décisions désespérantes, mais elle apporte aussi de l’énergie, de l’humour et de la vulnérabilité. Annie peut se comporter comme une adolescente alors qu’elle est elle-même mère, et cette immaturité la plonge continuellement dans les ennuis. Malgré tout, Whitman empêche le personnage de devenir complètement insupportable et nous permet de comprendre l’insécurité qui se cache derrière ses erreurs.


La relation entre les trois femmes est le véritable cœur de la série. Elles fonctionnent parce qu’elles donnent l’impression d’être réellement amies : elles se soutiennent, se disputent, se cachent des choses et manquent parfois de se détruire mutuellement. L’alchimie entre Hendricks, Retta et Whitman maintient l’histoire en vie, même lorsque les scénarios commencent à se répéter. Parfois, il suffit de les regarder se disputer dans une voiture pour que la série retrouve immédiatement tout son charme.


Rio, interprété par Manny Montana, fonctionne également très bien. Sa relation avec Beth apporte du danger, de la tension et une attirance évidente que la série exploite pendant une grande partie de son parcours. Rio représente le monde dans lequel Beth croit pouvoir entrer et sortir quand elle le souhaite, même s’il lui rappelle constamment que ce n’est pas elle qui fixe les règles. Le problème est que cette dynamique se prolonge trop longtemps et finit par répéter sans cesse les mêmes menaces, trahisons et rapprochements.


C’est le principal défaut de Good Girls : la série finit par tourner autour d’elle-même. Les héroïnes essaient de quitter le crime, prennent une nouvelle mauvaise décision, ont encore besoin de Rio, préparent un autre plan, voient celui-ci échouer et se retrouvent encore plus prisonnières qu’avant. Au début, cette structure est amusante, car chaque nouvelle catastrophe semble plus importante que la précédente. Mais avec le temps, elle devient une formule dont la série elle-même ne sait plus comment sortir.


Il est également frustrant de voir les protagonistes continuer à commettre des erreurs très semblables après avoir accumulé autant d’expérience. Il est logique qu’elles ne deviennent jamais des criminelles parfaites, car elles perdraient une partie de leur charme, mais certaines décisions finissent par sembler exister uniquement pour prolonger l’intrigue. Au lieu d’évoluer véritablement, les personnages reviennent encore et encore vers les mêmes conflits.


La série ne sait pas non plus exactement jusqu’où elle souhaite prendre au sérieux sa propre histoire criminelle. Parfois, elle fonctionne comme une comédie noire légère et déjantée. À d’autres moments, elle veut devenir un véritable drame criminel avec de la violence, des conséquences et des dilemmes moraux. Ce mélange fait partie de sa personnalité, mais il n’est pas toujours équilibré. Certains événements paraissent extrêmement graves pendant un épisode, puis disparaissent presque entièrement pour laisser place au problème suivant.


Malgré tout, Good Girls ne devient jamais une mauvaise série. Ses trois interprètes principales restent excellentes, les dialogues conservent une belle énergie et il subsiste toujours quelque chose de cet esprit initial qui la rendait si facile à regarder. Même dans ses passages les plus répétitifs, elle offre encore des moments amusants, des situations tendues et des personnages que nous avons suivis trop longtemps pour cesser complètement de nous intéresser à eux.


Le plus dommage, c’est que la série possédait une base magnifique et aurait pu aller beaucoup plus loin. Son début était frais, original et très divertissant. Elle contenait une grande histoire sur trois femmes fatiguées de vivre selon les décisions des autres, qui trouvent dans le crime une forme inattendue de pouvoir et d’autonomie. Mais, au lieu de faire évoluer cette idée, elle finit par se perdre dans des plans de plus en plus compliqués, des menaces répétées et des personnages qui semblent condamnés à commettre éternellement les mêmes erreurs.


Good Girls reste drôle, divertissante et assez originale, surtout pendant ses premières saisons. Elle se regarde facilement et ses trois héroïnes possèdent suffisamment de charisme pour la porter. Mais elle finit par s’éloigner de ce qui la rendait spéciale, laissant l’impression qu’avec une direction narrative plus claire, elle aurait pu devenir une bien meilleure série.

decatur555
7
Écrit par

Créée

le 21 juil. 2026

Critique lue 3 fois

decatur555

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Good Girls

Good Girls

Good Girls

4

Eric-Jubilado

le 15 août 2018

Suivre

L'âge des formules

Commençant très bien avec ses connotations 'politiques" inhabituelles (la vie n'est pas rose pour la classe moyenne américaine...), et sa formule à l'évidence initialement rassurante ("Desperate...

Good Girls

Good Girls

8

Celine_Online

le 19 oct. 2018

Suivre

Mamans armées et dangereuses

-> Good girls : mamans armées et dangereuses Good Girls, pour faire court, c’est comme si Desperate Housewives avait rencontré Breaking Bad, avec un petit arrière-goût de Weeds. Derrière ce côté...

Good Girls

Good Girls

4

yunyz

le 11 juin 2019

Suivre

Une bonne recette... qui marche de moins en moins bien

Sous le nom de GOOD GIRL, se dresse une série disponible sur Netflix, qui s'inspire grandement de précédentes recettes à succès. Trois mères de familles aux situations compliquées, nouant des liens...

Du même critique

Black Rabbit

Black Rabbit

6

decatur555

le 19 sept. 2025

Suivre

L’emballage est meilleur que le contenu

La série démarre fort, en installant un univers trouble où famille, affaires et crime s’entremêlent. Tous les ingrédients d’un bon thriller sont là : tension, trahisons et personnages piégés dans des...

His & Hers

His & Hers

7

decatur555

le 11 janv. 2026

Suivre

Un jeu de miroirs où personne ne sort indemne

Ce n’est pas une série qui demande de la patience, mais elle exige une certaine disposition à se laisser porter. Dès le début, elle pose un mystère clair, reconnaissable, presque confortable, et...

Berlinguer - La grande ambition

Berlinguer - La grande ambition

8

decatur555

le 29 sept. 2025

Suivre

Quand la politique rêvait d’un autre avenir

Il existe des films qui ne se contentent pas de raconter des faits, mais qui invitent à imaginer ce qu’aurait pu être le monde si l’histoire avait pris une autre voie. La grande ambition retrace la...