Halt and Catch Fire n’a hélas pas rencontré son public. Il suffit de lire quelques critiques ici même pour comprendre que nombreux ont renoncé dès les premiers épisodes à suivre des personnages qui paraissaient trop caricaturaux : la codeuse rebelle et talentueuse, l’ingénieur terne et prévisible jaloux du commercial beau gosse et manipulateur, et enfin la mère de famille, seule adulte responsable mais sans grande personnalité.
Halt and Catch Fire démarre en effet avec ces quatre archétypes, des caricatures diront les détracteurs, mais tout l’intérêt de la série est de suivre les quatre trajectoires de ces individus. L’histoire dérive assez vite de ce chemin tout tracé : ce n’est pas Joe qui aura le comportement le plus à risque, Donna n’est pas parfaite, Gordon n’est pas ennuyeux. Quand arrive le grand final, après 4 saisons, les personnages sont très loin de leurs positions initiales et pourtant tout est déjà présent dans la première saison : une grimace de Joe devant une tâche de ketchup, la relation entre Boz et Cameron, Donna qui brille dans une réunion importante… rien n’est gratuit. L’écriture de H&CF est particulièrement subtile et utilise un foisonnement de détails pour donner du relief à ses personnages et parvient à les rendre étonnamment humains. Ils seront tour à tour égoïstes, maladroits, blessants et blessés, agaçants au possible et terriblement attachants. Les dialogues sont superbes, souvent écrits avec plusieurs niveaux de lecture, et très bien joués par des acteurs tous excellents. Certaines scènes des deux dernières saisons sont vraiment superbes : l’acteur fait passer une série d’émotions sur son visage, tandis qu’un léger mouvement de caméra fait passer son interlocuteur hors champ. En quelques secondes et sans un mot, tout est dit.
Au delà d’une représentation réussie des années 80 et de la naissance de l’informatique grand public, cette série parle en réalité de ce qu’on est prêt à sacrifier pour mener un projet, de surmonter des échecs, d’apprendre à faire confiance, de trouver sa place.