Hirayasumi est une très jolie fable qui déploie une figure rare, celle d’un trentenaire, Hiroto Ikuta, qui, selon ses propres dires, ne se voit pas de souci, étant peut-être tout juste préoccupé par le menu du repas du soir… Peu inquiet par le bonheur que la société lui enjoint de construire (qui passerait par le couple, la carrière, la réussite), toujours heureusement surpris de tout – y compris de sa difficulté à entrer en relation avec les filles qui lui plaisent –, heureux des plaisirs – notamment culinaires – qu’il se donne ou que la vie lui offre, il ne revendique rien, ne se prétend pas libre (il s’étonne que son ami, jeune marié futur père, le voie ainsi), ne vise rien d’autre qu’à vivre la vie qui lui va si bien qu’il s’en réjouit à presque chaque instant. Il est, par contraste, entouré de personnages – une cousine, un ami, des clients du magasin de pêche où il bosse – soucieux de tout, de leur avenir, de leur famille, de leur apparence, de leur popularité…
Présentés au festival Séries Mania de Lille, les quatre premiers épisodes (courts, d’une quinzaine de minutes) donnent une idée de la grande qualité formelle et thématique de cette belle (et fidèle) adaptation du manga de Keigo Shinzō. Peut-être la série lui donne-t-elle un surcroit de poésie par la splendide interprétation d’Amane Okayama, dont le jeu contenu souligne la richesse de son expressivité, et par une réalisation toute en subtilité, dont la lenteur fait s’attacher aux personnages et à leurs émotions, aux lieux qu’ils habitent ou fréquentent, aux gestes ordinaires, aux rencontres sans enjeu apparent. Elle est servie admirablement par une musique discrète mais singulière (signée Harumi Fuuki et Setsu Fukushima), qui prolonge cette sensation de suspension.
Assurément, c’est une série feel-good mais elle échappe à la mièvrerie, non seulement grâce à sa forme remarquable que lui donnent ses plans étirés et ses cadrages tout en finesse, mais aussi par ce qu’elle évoque en creux : une critique des normes sociales contemporaines. Car Hirayasumi ne célèbre pas tant le bonheur que la possibilité de ne pas se conformer aux formes imposées du bonheur.