Bonne surprise que nous fait David Fincher. S’attaquer à la série, quand on est un réalisateur de longs métrages de sa trempe, archi connu, c’est risqué. C’est prendre un risque, mais calculé. Cette série est un remake, l’original étant britannique. Et sans même l’avoir vu, je sais que David en a tiré le meilleur. Il est dans son élément. Personnages en béton, dont Kevin Spacey manipulateur, c’est Franck Underwood, rusé et impitoyable, et Robin Wright en épouse et complice, les autres vont en baver. Ils ont les cartes en main pour garder le pouvoir, l’influence et se mettre plein les poches, écarter les concurents. Depuis le fameux Usual Suspects, on sait que Spacey est très bon dans les rôles de méchants hors normes. Là c’est un antihéros. Il n’y a pas de méchants en politique. Il y a des opposants, des adversaires, et il faut se méfier de tout le monde, surtout si il ou elle fait partie de ton camp. Ajoutez une jeune journaliste arriviste, et un apprenti gouverneur, qui va se faire sérieusement coacher par Underwood, et vous avez la série politique fiction du moment.
Le premier intérêt de la série, c’est avant tout de voir la prestation de Spacey, excellent. Même s’il cabotine (un tout petit peu), c’est un tel régal que j’en redemande. La deuxième c’est de voir ce que Fincher donne sur un sujet qui sort des 2 heures imposées du film hollywoodien. Une série c’est long. Il s’en sort très bien. Les intrigues sont écrites par des gars qui ont dû placer des micros sous les tapis de la Maison Blanche, tellement ça sonne vrai. C’est crédible, c’est cynique. Une production luxueuse comme de bien entendue, ça c’est une série qui se donne les moyens de sa politique. Des acteurs au taquet. Et quand Fincher laisse la caméra au bout de huit épisodes, c’est pour céder le pas à un professionnel du métier, ou à un faiseur hollywoodien comme Joel Schumacher par exemple. Choix parfait, Joel Schumacher. Il n’a aucune imagination, il va faire exactement ce qu’on lui dit, il ne va rien changer, la série ne risque rien. C’est une série qui est faîte pour durer. Mais attention, ça reste un divertissement, avec un sérieux de façade, Fincher ne sacrifie pas son rythme, on va dire Fincherien, sa virtuosité tranquille, à l’exigence dramatique absolue. Cela reste un divertissement…un show de luxe. Quand une série démarre aussi fort, c’est toujours intéressant de savoir ce que cela va donner sur la durée. Alors bon amusement. Voir Kevin Spacey apostropher directement le spectateur, (qui est donc son complice lui aussi), c’est mort de rire, à voir rien que pour ça.