Pour son "School Horror" Girigo (titre international), Netflix a fait appel à Park Youn-seo, le coréalisateur de Moving (Les Pouvoirs de l'ombre). À quoi reconnaît-on un bon réalisateur ? C’est quelqu’un qui connaît tellement bien son boulot qu’après un "one shot", on a l’impression qu’il en est à son quinzième drama. Le hic, c’est que si tu recrutes un gars doué pour te créer un emballage digne de Fabergé, mais que c'est pour y mettre du kimchi avarié, la saveur ne sera pas la même au final. Tu l'auras compris : si If Wishes Could Kill est très beau, son contenu n’a rien d’innovant. Il se contente de plagier ouvertement des œuvres passées ou de faire référence au maître Stephen King. Ici, on navigue entre folklore, technologie et légendes urbaines à la sauce gore. Si la mayonnaise prend assez bien au début, le soufflet retombe très vite. Ça devient lisse et pire, attendu. Voyons cela en détail.
Après avoir téléchargé une application nommée Girigo qui permet d’exaucer un vœu, une bande d’élèves d’un lycée privé apprend qu’ils vont mourir dans les 24 heures à cause d’une malédiction qui se matérialise par un décompte sur leur smartphone. Prise au piège, Yoo Se-ah(Jeon So-young), une brillante et dynamique jeune fille qui se destine à une carrière sportive, va prendre les choses en main avec ses amis d'enfance. On y trouve Lim Na-ri(Kang Mi-na), la fille populaire du lycée, amoureuse en secret de Kim Geon-woo(Baek Sun-ho), le beau gosse qui est en réalité le petit ami de Se-ah. Enfin, il y a le cerveau de la bande, Kang Ha-joon(Hyeon Woo-seok), l'amoureux transi de Se-ah. Voilà : on réunit tous les stéréotypes habituels des lycéens (on a juste évité le gars à lunettes noires) pour lancer une aventure horrifique dont les ficelles sont connues d'avance par les amateurs du genre.
Après un démarrage probant qui dure environ deux épisodes, on atteint vite les limites du récit pour tomber dans l’illusion de la nouveauté. Parlons des bons points du drama, qui sont là pour remplir un cahier des charges destiné à un public jeune ou peu exigeant : l’esthétisme est léché, la scénographie et l’ambiance sonore sont de grande qualité. Les scènes gores et les effets visuels sont réussis pour une série Netflix à budget modeste. La mise en scène est faite pour vous hypnotiser et vous en mettre plein la vue. C’est assez violent et sanguinolent : âmes sensibles s’abstenir. D’habitude, j’ai l’habitude de taper sur les jeunes comédiens parce qu’on les choisit plus pour leur physique que pour leur talent. Je ne serai pas hypocrite, j'ai toujours été subjugué par la plastique de Kang Mi-na, mais j’ai découvert ici Jeon So-young, une actrice en devenir qui fait parfaitement le job. Idem pour Hyeon Woo-seok. D’ailleurs, ce qui fait la force et la faiblesse du drama, c’est qu'au final, peu d’acteurs ont un impact réel sur le récit, puisqu’ils ne sont que six.
Grattons maintenant l’emballage. Dès le sixième épisode, à moins d’être complètement idiot, on sait comment cela va finir. Ce qui est le plus énervant ici (contrairement aux films occidentaux) c’est que les "gentils" ne meurent pas. Oui, je spoile, mais c’est tellement stupide et contre-productif que ça m’agace. Dans Girigo, l’écriture est poussive. Le scénario n’est qu’un copier-coller des classiques des années 2000. On prend l’application tueuse de One Missed Call (La Mort en ligne), on y injecte une dose de chamanisme pour faire "couleur locale", et on obtient un hybride technologico-mystique qui ne tient pas la route. Il n’y a aucune profondeur, d’autant plus que, pour les besoins de l’histoire, la grande sœur de Ha-joon est "comme par hasard" une chamane spécialisée dans ce genre de démons. Quel coup de bol ! La construction à rebours, qui remonte à la genèse de l’application pour distiller un faux suspense, est également du déjà-vu. Le vrai point noir du drama, c'est le syndrome "aucune prise de risques". Pour les rebondissements on repassera.
Ce sentiment de réchauffé est omniprésent. Ces codes étaient déjà bien mieux exploités dans Night Has Come ou Revenant notamment, avec un vrai sentiment de peur, d'anxiété et de malaise en plus. Certes, c’est très noir et sans répit, mais le danger n’atteint jamais le niveau des deux dramas cités. C'est plus beau, mais c’est moins bon. On est jamais surpris par ce que l'on voit, tout est précalculé. On retrouve les thèmes récurrents du monde adolescent : ambition débordante, culture de l’immédiateté et caprices de reconnaissance. On s'emploie à montrer qui sont les vrais amis. En revanche, certains font preuve d'un courage et d'une abnégation qui forcent le respect (ou plutôt notre incrédulité). Le plus grave, c’est qu'à mi-parcours de ces 8 épisodes, on finit par s’ennuyer parce qu'il n'y a rien de surprenant. Les rebondissements sont inexistants et le dernier épisode manque de respect au spectateur tant il abuse du Deus ex machina. C'est trop aseptisé et attendu que cela en devient frustrant.
Avec If Wishes Could Kill, Netflix fait du fan service pour ceux qui privilégient le contenant au contenu. On choisit l'emballage plutôt que la substance. Malheureusement les acteurs et le réalisateur ne peuvent pas sauver l'ensemble. C'est du vu et revu. Ici le sang n'est pas juste là pour faire peur, il est là pour dégoûter et souligner la cruauté de l'application, c'est aussi basique que ça. On n'a pas forcément une idée originale avec un mystère à la clé, mais on a le budget pour rendre le massacre très réaliste, voilà comment résumé ce drama fast-food. Le problème aussi c'est qu'on est dans une boucle de répétition, avec des raccourcis et des facilités scénaristiques risibles (le beau frère super héros, le repère lumineux dans la nuit, le chauffeur de taxi dans la foret, etc..). En fait il n'y a pas d'enjeux émotionnels quand une entité sensée tuer ne tue pas ou plus. Entre l'incohérence dans les réactions de certains protagonistes, les séquences de remplissage par l'action, les facilités narratives, le spectacle est pauvre et la part d'angoisse est remplacé par le grand-guignol.
PS : Il y a une scène post-générique, mais était-ce bien nécessaire? Euh... non.
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