Midsomer Murders, délicieusement irréverentieux.

30 ans que je visite les alentours de Causton et me balade de long en large dans le comté de Midsomer.

30 ans que je suis les pas des cousins Barnaby, tous deux DCI (Detective Chief Inspector) au Causton CID (Criminal Investigation Department).

"P**** 30 ans !", aurait dit Chirac. Plus d'un quart de siècle. Au train où s'enchainent les meurtres, on aurait pu penser Midsomer définitivement dépeuplé, mais non. Heureusement pour nous (et pour la prod), il y aura toujours quelqu'un à trucider.


Et de quelle façon !


Alors qu'on a l'habitude d'une certaine assassinade standard qui nous vient des cousins d'outre atlantique à base de vidage de M4, secouage de pompe ou pressage de détente frénétique... Sur l'île de la perfide Albion, on fait dans l'éloge de la diversité.


C'est même un véritable guide de l'assassinat en campagne, un Do-it-Yourself avec les moyens du bord. Du champignon à la bétonneuse en passant par le grodouz, le marteau, le gaz, le couteau de cuisine, les médocs, les piles de journaux, la guillotine, le 240V... Un festival. You name it, we've got it comme on dit là-bas.


Diversité aussi dans le type de criminel. Car contrairement au classique du méchant qui veut tuer la gentille, ici on voit souvent l'homicide arriver par dépit, accès de colère, rarement prémédité, mais pratiquement toujours pour des prétextes futiles.


- Il méritait de mourir inspecteur

- Pourquoi donc ?

- C'est évidement, sa cravate était jaune...


Parce qu'on découvre que sous le vernis impeccable de la campagne anglaise, pratiquement tout le monde se déteste (ou presque) et tout le monde à une bonne raison de se réjouir de la mort de l'autre. Evidemment, Le trait est grossi à l'extrême et les scénaristes s'en donnent à coeur joie, pour notre plus grand plaisir. Car au final, tout ce qui est excessif est insignifiant, ce qui contribue à rendre la série légère comme une tasse de thé à 5 heures pm.


Ce qui fait que par moment, à l'instar du lieutenant Columbo (pour ceux qui connaissent l'homme à l'imperméable et à la bagnole pourrie) , on navigue dans une belle guignolade. Le nombre de fois où un tueur aurait pu (et aurait dû) se débarrasser de ces gêneurs de flics facilement... Mais ça n'arrivera pas.

De même voir nos "copper" se ruer littéralement à mains nues sur des gens armés... Sérieux, tout être normalement constitué se barre illico dans l'autre sens. M'enfin, bon, étrangement, ça passe.


Au fil des 30 ans, il y a quand même eu un peu de changement.


les 13 premières années, on a la famille Barnaby n°1, constituée de notre DCI Thomas "Tom" Barnaby, sa femme Joyce complètement tarte et leur fille Cully, qui passe de petit boulot en petit boulot. Ces deux personnages sont des appeaux à emmerdes, car bien souvent, c'est par elles que démarrent les enquêtes.


On aura un départ du genre :


- Tohooomm (important, l'intonation), je me suis inscrite au cour de danse / peinture / sculpture / théatre / etc (rayer la mention inutile) de l'association des bénévoles borgnes de Midsomer Tartempion et figure-toi que ma voisine de chevalet me parlait de Bernadette, la soeur cadette du neveu du bailleur qui possède le pub dont la fille a une relation avec le dentiste ancien maire du village voisin où l'on va construire un supermaché qui fait de l'ombre à l'association des commerçants veggibio, fournisseur officiel du club des sorcières que condamne fermement le vicaire dont le clocher s'écroule... Tohooomm, tu m'écoutes ?


Non, car depuis le milieu de la phrase, Tom est déjà au pub, en train de démarrer l'enquête ou de siffler une bière avec son adjoint, le DS (pour Detective Sergeant).


Des DS, y'en a pléthore, et ils sont de mon point de vue inégaux. Les trois premiers sont très bons. Tom va en user deux, Gavin Troy, le gentil timide et Dan Scott, le taciturne pas commode), et partir à la retraite durant le mandat du troisième Ben Jones (surnommé Joenzi par ses connaissances).


Jones fait la liaison avec la famille Barnaby n°2, composée de John, cousin de Tom, DCI lui aussi et sa femme Sarah, nettement moins tarte et beaucoup plus alerte que Joyce. Pas d'enfant (du moins au début) mais un chien.


Les producteurs n'ont pas commis l'erreur de faire un copier / coller de la famille n°1 et c'est une très bonne chose. C'est aussi pourquoi certains aficionados des premières saisons vont être déçus par la suite. Ce n'est évidement pas mon cas, je pense que la série a réussi à garder son adn, peu importe les changements de casting.


Par contre, après le DS Jones, je pense que les DS qui vont suivre ont un peu moins de personnalité que les précédents, c'est vraiment la critique négative que je pourrai faire à la série. Pour preuve, je suis incapable de les citer de mémoire, faut que j'aille vérifier.

Il y a Nelson, dont je pense me souvenir qu'il était correct et enfin Winter dont je n'ai pas grand chose à dire, sauf que je le trouve plutôt transparent.


On m'opposera que Jones est un grand dadais tendance niais et alors où suis-je donc allé pêcher une quelconque once de caractère chez le bonhomme ? Hein ?. Dans la VO, tout simplement.


Car en effet, Jones est un gland, mais uniquement en français. Le pauvre a une voix de merde et des textes... Même un journaliste de plateau TV n'oserait pas les dire.


On arrive au point clé de la série


Si vous avez lu quelques unes de mes critiques, vous avez noté une sorte d'obsession pour la VO. Et bien Midsomer Murders en est la raison. Comme beaucoup, j'ai fait mes meilleures siestes en regardant cette série, parce que je la regardais en français. Et un jour, pour une raison qui m'échappe, j'ai regardé un épisode en VO.


Grand bien m'a fait.


On découvre alors que les voix françaises ne sont pas du tout adaptées dans le meilleur des cas, voire totalement nulles dans le pire (Jones, avec sa voix nasillarde coincée... faut-il être sourd pour oser doubler un acteur comme ça) mais qu'en plus, les textes sont niais, pompeux et vont même à contre sens. L'adaptation française en fait des tonnes tout en censurant les paroles hautes en couleur des personnages.


Par exemple, on entendra en français :

- "tiens, n'est-ce pas le jardinier aux moeurs contrariées que j'aperçois en bas des marches ?"

Alors que si on était fidèle à l'original on aurait :

- "tiens, voilà l'autre tarlouze du village"


Ou encore :

- "Maman, que tu aies une relation avec Dan (un autre jardinier)... peu m'importe"

Qui était avant traduction :

- "maman, que tu te fasses baiser par Dan... je m'en fous"


Etc etc, tout est à l'avenant.


Les dialogues sont grossiers, mais jamais vulgaires.

Les réparties sont courtes, directes, bien moins ampoulées que ce que les adaptateurs ont concocté. Elles sont paradoxalement bien plus riches en vocabulaire que la VF. Ainsi, par exemple, le terme générique français "garce" employéà toutes les sauces est tour à tour "whore, bitch, slut, tart..." C'est carrément plus musical.


Exemple aussi de contre sens total.


A la fin d'un épisode, frère et soeur héritent de l'usine familiale,


en français :

- "je suppose que ça veut dire que nous prenons les commandes"

- "qu'est ce que tu y connais sur le travail en usine ?"

- "Pas de panique Caro, ça veut plutôt dire que nous n'aurons pas à travailler"


Si on était fidèle à l'original on aurait :

- "Ca veut dire que nous sommes responsables maintenant"

- "qu'est ce que tu y connais en direction d'entreprise ?"

- "Ah...Caro...Est ce que ça veut dire que nous allons réellement devoir travailler ?"


Au delà de l'idée néfaste de faire passer tous les patrons pour des flemmes, la VF est ridicule dans le sens où ces deux personnages ne travaillaient déjà pas, se contentant de demander toujours plus de dividendes.


Je vous passe l'inventaire, y'en a des kilomètres comme ça.


Alors si un jour vous décidez de donner une chance à cette série, faites le en VO.

bob-razovski
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le 12 avr. 2026

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bob-razovski

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