Je suis assez fan de l'univers de Jack Ryan. Tom Clancy reste quand même un maître es roman d'espionnage et de géopolitique. Certes, on peut lui reprocher son républicanisme exacerbé, son machisme d'un autre temps et sa vision parfois étriquée des US face au reste du monde, il n'empêche qu'il reste un romancier malin, assez facile à lire et légèrement prémonitoire sur certains de ses romans (le dégel entre l'occident et l'URSS, l'attentat massif contre les US...). Donc oui, Jack Ryan est un personnage de roman fort intéressant, et la mythologie qui l'entoure ne l'est pas moins avec des seconds rôles tout aussi intéressants (à commencer par sa femme).
J'attendais donc avec grande impatience cette série, censée servir de tremplin pour les productions Made in Amazon d'envergure. J'avais repéré il y a plus d'un an les pré bande annonces de cette série, renvoyant à un laconique "2018" pour sa date de sortie. Depuis janvier, je guettais régulièrement si la série était sortie, et l'excitation fut grandissante une fois la date officielle dévoilée, ainsi que l'ultime bande annonce. En 8 épisodes, de 45 min à 1h10 (pour le pilote), la série se regarde bien, rapidement et les cliffhangers de fin d'épisode donnent envie de continuer. Je n'aurais pas cracher sur 3 ou 4 épisodes de plus, le dénouement étant un peu rapide à mon grand regret (mais j'y reviendrais plus bas).
Ce n'est pas peu dire que la production est au top. On ressent les gros moyens à chaque plan : vues aériennes, flopée de figurants, pays traversés, véhicules, courses poursuites... Il faut dire que la série est produite par des grands studios (Paramount, Skydance) et par Mickaël Bay himself. Les reconstitutions, les environnements... tout est crédible. La série est à regarder en VO si on veut profiter des dialogues dans les langues étrangères... ce qui est nettement un plus, car les protagonistes échangent le plus souvent dans leur langue natale et ils ne s'expriment pas systématiquement en anglais.
Le scénario est dans l'air du temps, peut être même un peu trop. La série (surtout féconde dans les années 80 en pleine guerre froide) a été transposée de nos jours, en plein dans cette période emprunte de terrorisme. Certes, pour une fois, Suleiman, le méchant de l'histoire, n'est pas uniquement dépeint comme un fou furieux, mais le scénario retombe souvent très rapidement dans le manichéen. Tout juste une scène sur la plage, entre Jack Ryan et un allié peu fréquentable, réexplique que la vie n'est pas toujours blanche ou noire, et que la géopolitique joue beaucoup sur l'avenir des gens dans le Monde. Pour autant, c'est assez étonnant de voir Suleiman évoluer au sein de sa famille, protéger les siens, et surtout tenter d'expliquer ce qui a fait de lui ce qu'il est. Et c'est en ça qu'il aurait fallu quelques épisodes de plus : au cours de quelques flash-back, on apprend rapidement ce qui lui est arrivé, et comment il a décidé de prendre les armes pour mener sa propre guerre... et ce n'est pas peu dire que, le temps d'une scène assez courte, le système carcéral français en prend un petit coup derrière la casquette, en nous faisant bien comprendre que la prison est un incubateur à islamiste (À noter quand même que la scène qui explique son arrestation est un brin ridicule... surtout avec la moumoute que Suleiman porte sur la tête à ce moment).
La romance entre Jack et sa future femme (dans les romans) est elle aussi un peu trop rapide. On sent qu'en 8 épisodes, la production a voulu mettre le paquet en terme de scène d'action, mettant parfois de côté des intrigues annexes qui auraient mérité d'être davantage développées. Il en va de même de la relation entre Jim Greer, son chef, et Jack Ryan : dans les romans, Greer devient au fil du temps un véritable mentor, et dans cette série, leur relation est difficilement compréhensible.
Globalement, la série se regarde très facilement, et on prend plaisir à voyager aux quatre coins du globe en compagnie de Jack Ryan. Certes on ne peut échapper à quelques clichés bien français (le 9-3 décrit comme un quartier "musulman" de Paris... probablement une des fameuses no-go-zone), mais la série reste assez juste dans son traitement. La fin est un peu trop rapidement expédiée et les motivations de Suleiman pour le coup un peu trop passées sous silence. La relation avec son fils aurait méritée elle-aussi d'être un peu plus exploitée. Une bonne série cependant, et un évident coup de coeur, ne serait-ce que pour le personnage de Jack Ryan.
Il n'y a plus qu'à espérer qu'une saison 2 suivra, et cette fois-ci un peu plus longue.