Clarifions immédiatement les choses. Si vous bouffez des films de super héros linéaires. Passez votre chemin. Si vous appréciez les fresques épiques bourrées d’action. Cherchez ailleurs. Si vous avez aimé les discours moralisateurs à deux balles de Faucon et le Soldat de l’hiver. Cette série n’est pas pour vous. En revanche, si vous n’avez pas peur des constructions en parallèle, les sauts dans le temps, les personnages complexes. Jetez-y un œil. Si vous vous êtes délecté de Watchmen et de The Boys. N’hésitez pas. Si vous avez envie d’un vrai regard sur les dérives de notre société et sur les interrogations existentielles. Cette série est pour vous.
Inspiré des comics de Mark Millar et Frank Quitely, Jupiter’s Legacy met en scène de nos jours une équipe de super héros créée en 1929, aux prises avec leurs doutes et surtout ceux de leurs descendants qui doivent reprendre le flambeau. Car la société a changé en quatre-vingt-dix ans, et les préceptes décidés par The Utopian dès la création de l’Union of Justice ne semblent plus fonctionner. Pire, après la mort de trois super héros, son fils Paragon a osé tuer leur meurtrier, tandis que sa fille, Chloé, se drogue et refuse les pouvoirs dont elle a hérité.
Subtile, sombre, intelligemment construite, Jupiter’s Legacy nous fait doucement progresser dans son intrigue à l’aide d’une passionnante construction en parallèle entre 1929 et 2019, sans pour autant suivre une narration linéaire. Et c’est particulièrement jouissif de voir qu’on ne prend pas le téléspectateur pour un abruti !
Vous allez me rétorquer que tout le monde ne va pas être intéressé, parce que certains vont se sentir perdu ou vont trouver que l’action est trop lente. Et alors ? Pourquoi toujours se contenter de la médiocrité et de la simplicité ? Jupiter’s Legacy ose, et même si la réalisation n’est pas toujours à la hauteur des ambitions des scénaristes, l’excellente distribution menée par le couple Josh Duhamel et Leslie Bibb, avec un Ben Daniels complexe, un Matt Lanter lumineux et une Elena Kampouris autodestructrice, rattrape les quelques longueurs indispensables pour bien comprendre ce qui se passe.
Le scénario, subtil, nous mène par le bout du nez jusqu’à un dénouement surprenant qui remet en cause ce qu’on a cru comprendre tout au long de la saison.