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In love with Love is War
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ Introduction ¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ Allez, nous sommes partis pour mon GROS coup de cœur de l’année 2019, et je pèse mes mots ...
le 17 avr. 2019
Kaguya-sama, c'est une pépite surprenante du studio A1-Pictures qui est connu surtout pour avoir fait l'inégal (et très surfait) Sword Art Online et le passable (mais largement sous-côté) Your Lie in April. J'ai regardé la série avec cette dernière réussite en tête, et au terme de la première saison, je me dis que ce studio a développé une sorte d'affinité avec les comédies romantique qui promet des œuvres intéressantes à venir. Kaguya-sama est leur projet le plus rigoureux et le plus cohérent sur la durée (ce qui constitue un exploit quand on compare à SAO), ce qui donne la comédie la plus maîtrisée du studio, et au-delà, un assez bon animé de comédie seinen.
Kaguya-sama, qu'est-ce c'est ? C'est une idée de base absurde, mais poussée à l'extrême: deux génies (le président du BDE Shirogane et sa vice-présidente Kaguya) dans un bahut de bourges refusent d'avouer leurs sentiments et donc élaborent sans cesse des stratagèmes pour faire avouer à l'autre ses sentiments. Ca se présente sous la forme d'une saison de 12 épisodes composés chacun de petites scénettes reliées par une trame narrative suffisamment lâche pour se dire qu'on pourrait les regarder dans le désordre sans gâchis. La mise en scène est ultra-nerveuse et maîtrisée, à l'image des émois adolescents qui se donnent libre carrière au travers d'une auto-parodie permanente du romantisme dont ils ne sont pas vraiment dupes. Contrairement à Your Lie in April, pas de grande tragédie ni de discours lourds sur l'amour, le thème est traité plutôt au travers d'une mécanique comique chirurgicale et d'une écriture maîtrisée. Ce qui ne veut pas dire que tout est bien et beau dans l'académie Shûshin... En effet, le mal-être perce par moments à travers cet humour, donnant dans la saison suivante des moments assez émouvants (voir de ce côté-là:).
La saison 1 se contente de développer les bases de cette idée, avec une montée en intensité à mesure que les stratagèmes deviennent de moins en moins fins, laissant de plus en plus de place aux maladresses dont seuls les amoureux sont capables. En effet, cette première saison fait plutôt dans la démonstration de concept, où domine le gimmick "qui va faire avouer l'autre" au travers de sketches eux-mêmes découpés en mini-duels entre personnages, dramatisés de façon absurde par une voix-off omniprésente dans les premiers épisodes. Les personnages sont encore des fonctions: Kaguya incarne l'orgueil aristocratique, Shirogane le mérite obsessionnel, Chika le chaos incarné et Ishigami l'introversion nerdique. La répétitivité est assumée, tout comme est assumé le fait de tenir l'émotion à distance. Cette mécanique bien huilée de l'humour culmine dans les deux derniers épisodes, où commence à percer la spontanéité maladroite de l'amour à mesure que les personnages prennent de plus en plus conscience des causes de leur peur de l'amour et de la vulnérabilité. On comprend que les deux personnages principaux évoluent dans un monde hypercodifié (une famille élitiste côté Kaguya, une méritocratie écrasante côté Shirogane) où leur amour devient petit à petit le seul moment et le seul lieu où quelque chose peut déraper; mais comme ils sont incapables de lâcher prise, ils transforment l'amour en jeu de pouvoir.
Ceci dit si on va jusqu'au bout de la S1, car les points forts de cette série font aussi leur faiblesse. La répétition peut lasser car elle dépend beaucoup des gimmicks narratifs, et les variations peinent à avoir une importance autre que cosmétique. La série excelle à complexifier un point de départ qu'elle refuse obstinément de dépasser. D'autre part, la mécanique de l'humour peut parfois être étouffante. J'ai eu un peu de mal à m'habituer à l'omniprésence de la voix-off, au montage hyperactif et aux ruptures de ton constantes. La série ne fait pas assez confiance en ses personnages, ni en ses moments de contemplation. A force de tout souligner, elle a une nette tendance à tout niveler. Mais au fond, tous ces défauts s'atténuent dans la 2ème saison. Mon problème majeur avec cette série est d'ordre politique.
En effet, on a affaire dans Kaguya-sama à un point de vue d'adultes totalement dépolitisé sur des gosses de bourges dépolitisés. La satire de l'amour chez les ados épargne dans cette série une école pourtant ultra-élitiste et hautement compétitive, où se cultive un certain entre-soi, et qui explique largement pourquoi les gamins ont autant de mal à s'aimer les uns les autres. Les adultes ont des rôles purement fonctionnels, l'académie est traitée comme un décor, la concurrence comme une espèce d'esthétique (assez sordide malgré le vernis de normalité: les épisodes où il est question pour les uns et les autres de se classer pour bien se faire voir m'ont fait rire jaune). On aurait pu attendre de la part des adultes qui ont produit cette série qu'ils tournent également en dérision l'autorité de l'institution et des adultes (comme dans GTO, un sommet de comédie), mais ils ont fait le choix de l'épargner, et à mon sens ça explique peut-être pourquoi la série piétine. Elle piétine, parce qu'elle refuse de prendre le courage d'aller plus loin, se contentant de rester aussi sages que ces gosses de bourge qu'ils mettent en scène (qui ne le sont pas autant qu'ils le souhaiteraient dans la réalité). En ce sens, la bienveillance affichée dans cette série sonne un peu faux à mes oreilles. Aurait-on plutôt affaire à de la condescendance paternaliste, à l'image de ce gimmick où ils font imaginer à Shirogane la réaction de Kaguya face à sa déclaration : "Okawaii Koto" ("Comme c'est mignon...") ? Je laisse la question ouverte.
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le 24 mars 2026
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