Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette mini-série ne pêche pas par manque de clarté du propos.
On comprend rapidement que la thèse est bien à charge de l'ENA. L'ENA, "illustration de la méritocratie à la française", comme on nous le dit dès le début, une méritocratie à la française illustrée par la présence de deux (2) seuls étudiants issus des classes populaires. La méritocratie, celle qui légitimise les personnes déjà privilégiées de base en faisant croire qu'ils ont mérité tout autant que n'importe qui, celle qui sert à consolider leur position de nantis. Jusque là, on est d'accord.
Nos héros veulent réformer ce système foireux, mais finalement se laissent prendre au jeu et ne réforment jamais rien du tout quand ils en auraient l'occasion, car pour réformer le système, il faut au préalable pénétrer le système, donc s'y conformer. Ne restent que leurs paroles grandiloquentes et des vieux pieux. En témoigne la conclusion du premier volet.
Il est dommage que certains propos soient globalement survolés : on voit les difficultés et dilemmes éthiques rencontrés lors de leur stage... mais sans creuser. A la place, on insiste tout au long du film sur le contexte politique de l'époque. De même, le postulat de base est que nos héros veulent réformer l'ENA... mais leur scolarité est totalement survolée. Et, finalement, tout ceci empêche de vraiment s'attacher aux personnages (dont le jeu d'acteur est assez inégal).
Enfin, petit coup de gueule. Parce que vraiment,
le coup du viol
pour donner de la rage au personnage féminin, c'est un cliché éculé. C'est un événement qui n'apporte rien, et je dis bien RIEN au scenario. On aurait pu s'arrêter avec l'enlèvement et l'intimidation. Mais non, il a fallu une fois de plus nous balancer ce cliché pour tenter de donner au personnage de la profondeur à peu de frais. Car le propos qu'on nous sert ensuite n'est même pas que l'ENA se fout des viols : le propos est que l'ENA veut que les élèves ne se mêlent pas de luttes politiques dans le cadre de leurs stages. Du coup, le personnage nous apparaît en colère à la suite de ce stage, mais davantage à cause du viol qu'elle a subi, que de l'omerta que le film veut dénoncer. Vraiment, c'est, comme trop souvent, un élément qui n'apporte rien et dont on aurait largement pu se passer.
Nous avons donc une mini-série intéressante et qui se laisse regarder, avec un réel effort pour l'ancrer dans son époque, mais qui survole un peu trop certains sujets, nous laissant extérieurs. A priori on ne nous apprend rien de nouveau en postulant que l'ENA est la fabrique du système ; il aurait donc été intéressant de creuser davantage certains points.