Il est peu dire que « La Fièvre » était attendue après le triomphe artistique absolu de « Baron noir ». Et c'est vrai qu'on pouvait s'attendre à un peu mieux. Car forcément, on compare et niveau dramaturgie, plaisir, intensité, scénario... on est en-dessous. Maintenant, comparaison n'est pas raison et si l'on va un peu plus loin, on se rend compte que le projet a de sacrés atouts. D'abord, Éric Benzekri sait comme personne saisir l'époque, ses tensions, sa violence, tout en nous proposant des outils très concrets pour la comprendre. Si certains épisodes sont moins intéressants, d'autres sont, au contraire, riches en analyse et proposent même des idées très concrètes
(l'Assemblée citoyenne, génial),
tout en soulignant ses limites et les pièges qu'elles peuvent contenir.
Avec, toujours, cette préoccupation absolue pour l'écriture, les dialogues, les situations, prenant soin de donner la parole à chacun (ce qui ne signifie nullement cautionner, faut-il le préciser). Pas mal de personnages, certains un peu moins réussis que d'autres, mais toujours bien représentatifs des courants idéologiques actuels. Et surtout une héroïne très attachante, presque fascinante par son incroyable capacité d'analyse (Nina Meurisse, formidable) face à une « fasciste » (et ancienne amie) presque aussi brillante qu'elle (Ana Girardot, à son meilleur). Le mieux est donc probablement de ne pas rapprocher
(même si cela est rendu difficile par le dénouement!!)
les deux séries majeures de Benzekri pour apprécier au mieux cette fièvre... brûlante d'actualité.