Avis saison par saison.
Saison 1 :
Un petit temps d'adaptation est nécessaire pour s'adapter à cette nouvelle direction artistique industrielle/steampunk avec une évolution considérable de la technologie. D'un point de vue scénaristique, c'est intéressant car ce sont des difficultés inédites qui se dressent face aux maîtres des éléments : il faut faire preuve de ressources et les Maîtres doivent eux aussi s'adapter en conséquence. L'évolution des maîtres de la terre/métal est intéressante de ce point de vue.
En revanche, sur la forme, je suis moins convaincu. Si les plus gros bâtiments sont plutôt jolis, je trouve ça étrange d'avoir imposé aux bâtiments le même rendu que sur les environnements naturels. J'entends par là des constructions à l'aquarelle avec un effet délavé, certaines parties étant suggérées par des taches de peinture. Si ça fonctionne sur des tableaux naturels, c'est parce qu'il y a un côté sacré dont les mystères ne sont accessibles qu'aux esprits les plus éclairés, c'est comme si les décors pouvaient s'évanouir rien qu'en les touchant (la saison 2, rien à dire sur la direction artistique, c'est exactement ça). Mais alors là, on a un ensemble de structures plutôt vides et impalpables qui m'ont foutu un drôle de sentiment dans le rendu global. Ajoute à ça l'intégralité des véhicules animés en 3D, et impossible de m'immerger dans cette ville qui a pourtant de nombreux atouts en son sein.
Par exemple, le tournoi de maîtres des éléments en équipes c'est vraiment cool, les règles sont simples, le système fonctionne, j'en veux davantage.
L'histoire tient la route, même si évidemment tout se déroule comme ça doit se dérouler avec beaucoup de facilités, notamment sur la fin où tu te dis quand même : 11 épisodes pour nous mettre face à un ennemi mystérieux et qui incarne une véritable menace (notamment sur le plan idéologique), encore plus grande que bon nombre d'ennemis de la série d'origine... et l'ensemble des arcs sont résolus ou passés à la trappe en 20mn Chrono sans parler de l'ultime Deux ex Machina de Korra qui fait table-rase de toute la tension accumulée pendant toute cette saison et sur ses multiples traumatismes (légitimes et c'est même un des gros points forts dans l'écriture du personnage) et que ça aurait pu ouvrir de nouvelles pistes pour une saison 2 (j'ai bien conscience des problemes de production).
Par contre, difficile de s'attacher aux nouveaux personnages qui, malheureusement, sont dans l'ombre de l'équipe précédente. Le triangle amoureux a du mal à fonctionner — et pourtant c'est une caractéristique que je suis loin de bouder dans Avatar, mais ça sera mieux fait dans la saison suivante (via le personnage de Bolin surtout, Korra et Mako bon...) L'ensemble des personnages secondaires sont loin d'être marquants, si ce n'est la fille de Toph qui écrase l'intégralité du casting par son charisme imho et Tenzin qui offre une bonne dynamique avec son élève en contre-balançant une Korra impulsive, imbus d'elle même, mais dont le potentiel thématique (poids de l'héritage tout ça) va pleinement s'épanouir lors de la prochaine saison qui réserve son lot d'émotions notamment au travers du thème de la famille (il y a une belle reflexion via les enfants qui m'a foutu la larme à l'oeil).
C'était cool mais la saison 2 est carrément au dessus malgré 6 premiers épisodes très inégaux (mon retour sera pour demain).
Beaucoup de choses à dire sur les affrontements mais je garde ca sous le coude pour la prochaine fois parce que si il y a un point sur lequel la série ne déçoit aucunement c'est bien celui-ci.
Saison 2 :
En y repensant, il y a quand même autant de bullshit que dans la première
Bon, déjà ces 6 premiers épisodes : ce n'est pas la cata non plus, mais on lit cette deuxième partie comme dans un livre ouvert. Le schéma de l'intrigue est clair comme de l'eau de roche, le méchant saute aux yeux immédiatement. Et alors Korra... mais Korra, sac à merdes, je n'ai pas d'autres mots ! Les scénaristes l'ont transformée en une pré-ado tête à claques qui se comporte comme une mioche et qui se plaint que personne ne la soutient dans ses choix, alors qu'elle enchaîne les bourdes les unes après les autres. C'est sûr que lorsqu'on a une intrigue aussi bancale et qu'elle est dirigée par une héroïne qui a des œillères, je comprends l'acharnement sur le perso (à ce niveau de la série du moins).
Fort heureusement, l'ensemble des intrigues secondaires sont très cool, bien supérieures à la saison précédente.
Bolin et Mako existent enfin par eux-mêmes et cessent d'être des ersatz de notre équipe d'origine.
Tenzin a droit aux séquences les plus émouvantes, il y a une belle réflexion sur le poids de l'héritage, ce que nos parents attendent de nous ou du moins ce qu'on croit qu'ils attendent de nous, surtout lorsque notre père est une légende vivante.
J'ai adoré que la responsabilité incombe à sa fille. C'est très beau dans ce que ça dit sur le rôle de père : échouer à être ce qu'on aurait souhaité, mais que ce soit la fille qui porte le flambeau de ses ambitions... finalement, tu as réussi quelque part malgré ce que tu crois.
Toutes les séquences familiales apportent un bon bol d'air frais à une histoire qui patine. Les tensions dans la fratrie ne sortent pas de nulle part, elles étaient partiellement visibles du fait de leurs traits de caractère aux antipodes dans les premiers épisodes.
Si le triangle amoureux était raté dans la précédente saison, ici Bolin empoche le premier rôle dans ses chroniques d'une vie conjugale. C'est succulent entre lui qui est un peu gauche et sa copine froide comme de la glace, avec cette relation ouvertement assumée d'amoureux/esclave, ça offre de grands moments de rire.
Le rire, parlons-en ! S'il y a bien un genre dans lequel Avatar excelle, et ce depuis la série d'origine, c'est bien son humour.
C'est de la comédie tirée au cordeau, entre les déformations faciales grotesques tellement elles sont malléables, les acteurs qui font un travail de dingue et dont la vitesse d'élocution s'adapte à un montage qui coupe toujours au bon moment en laissant planer un léger silence malaisant pour ensuite susciter le rire... Il y a un tempo action/reaction dans ces séquences d'humour quasi mathématique, TOUTES les séquences d'humour font mouche sur moi. Une telle maîtrise, je n'en reviens pas.
Le flashback sur Wan tombe à pic pour relancer une intrigue qui commençait à s'enliser dangereusement en accumulant toujours plus de poncifs (le flic que personne ne croit "baille"...) pour conclure sur 6 derniers épisodes où toutes les pièces sont en place et il ne reste plus qu'à attaquer. Niveau action, depuis 2005, Avatar n'a pas à rougir face à la concurrence et c'est de nouveau le cas ici.
Les membres du Studio Pierrot ont fait du bon taff je trouve. Enfin, pour moi c'était une évidence ce studio, tant Naruto et Avatar partagent le même esprit, surtout en ce qui concerne les combats au corps à corps. Il y a une science du mouvement continu dont le studio s'est fait maître et ça transpire ici sur les épisodes qu'ils ont animés. Il y a un mood japanime qui saute aux yeux, mais ce n'est pas pour me déplaire.
Là où ils ont foiré complet (mais c'est un peu le propre des studios japonais), c'est lors des dialogues qui n'ont jamais été aussi statiques que sous l'égide du studio japonais. Un personnage s'énerve et, le plan suivant, le personnage a le regard vide, le visage sans trait et ne trahira aucun mouvement. De façon globale, je trouve que le chara design s'est relâché et que tout le casting s'est vu ôter 10 ans d'âge. Ce qui correspond au caractère puéril de Korra.
Retour au studio d'origine pour le flashback et le dernier épisode, et il n'y a pas à dire, c'est le jour et la nuit. Le flashback tout en estampe, on se croirait sur une toile de Ukiyo-e avec un tableau animé qui se compose de plusieurs couches bien visibles. On croirait vraiment que la technique des blocs de bois gravés a été utilisée tellement chaque partie du décor a ses propres nuances de couleur, chaque strate se détache les unes des autres. Entre ça et les nuages bien ronds, les montagnes au lavis et le grain qui ressort de l'image : inattendue comme direction artistique !
Dommage pour le concept improvisé au dernier moment. Décidément, la Korra est née sous une bonne étoile, elle est toujours aidée par le scénario. Rien compris au blabla de Tenzin, et pourtant elle s'est transformée en Kaiju. Une licorne serait apparue que ça m'aurait fait le même effet, sans parler de la fille de Tenzin qui... je ne sais pas ce qu'elle fait, pourquoi, comment, mais apparemment faut l'accepter.
Pour finir sur les affrontements, c'est du très haut niveau, l'apogée pour moi des combats au corps à corps. Les mouvements sont fluides, propres, l'animation sans saccade, sans montage elliptique (c'est devenu une norme dans la japanime) qui te laisse apprécier la rudesse des mouvements de la terre, l'aisance acrobatique du feu, la sensualité du taï-chi pour l'eau et la légèreté des mouvements de l'air. Quel bonheur pour tous les amateurs de l'âge d'or du cinéma de kung-fu !
En fonction des combattants et du lieu où se déroulent les combats, les animateurs adaptent leur mise en scène. Variation de l'échelle des plans, capables de mettre en scène un combat à l'autre bout du décor (les personnages sont tout juste suggérés tellement ils sont loin) ou d'adapter son montage et le placement de sa caméra lorsqu'un environnement n'est pas favorable à un échange de coups safe : je viens de commencer la saison 3, mais alors le combat final de l'épisode 1, quelle maîtrise de l'espace, j'en suis resté bouche bée.
De manière générale, Avatar c'est une des rares séries animées capable de mettre en scène sur un même plan plusieurs personnages qui se castagnent en même temps en déformant le terrain en temps réel. C'est une sacrée prouesse technique.
Quand les deux frères sont en duel contre les deux sœurs, l'alliance technique entre les deux n'est pas anodine : c'est le fruit de nombreux combats lors de tournois officiels et on en retrouve les spécificités techniques déjà aperçues dans la première saison.
Pas parfait et Avatar premier du nom faisait deja mieux à ce moment là de la série mais le final plein de conséquences augure du très bon pour ce qui va suivre et rien que sur le premier episode de la saison 3 je suis conquis.
Saison 3 :
En prenant en compte la série d'origine, c'est clairement la meilleure saison, IMHO.
Sacrée qualité technique ! Je suis resté bouche bée devant les combats, et les amateurs de kung-fu pian en ont pour leur argent. Je ne vois pas d'équivalent en série anime (cartoons comme animes).
Les bastons n'ont jamais été aussi technique que sur cette saison 3. Que ce soit les maîtres des éléments qui ont révolutionné leur art par l'emploi de nouveaux gadgets ou une évolution logique de leurs capacités et l'utilisation plus que jamais ludique de chaque terrain où les adversaires doivent faire preuve de ruse et se creuser les méninges pour venir à bout d'adversaire sur des zones avec de nombreux handicaps (que les maîtres élémentaires peuvent modifier à volonté), c'est absolument jouissif.
Sans parler du fait et ça a toujours été la grande qualité de Avatar, que tout est parfaitement lisible, les informations à l'écran ont beau être nombreuses tu sais ce que font les personnages, où ils se dirigent dans le décors et pourquoi.
Le combat final quoi : la mise en scène en osmose parfaite avec les éléments, la caméra est libre comme l'air, filme tout ce qui se passe dans un seul mouvement vertigineux mais c'est du niveau d'un long métrage sans déconner.
Évidemment narrativement ça tient beaucoup mieux la route que les deux précédentes saisons, les méchants ont la gueule des grands méchants, Zaheer bénéficie d'un traitement bien nuancé dont le gros twist final ("Enter the Void") en plus d'être d'une badasserie ultime en fait un ennemi encore plus effrayant et difficile à appréhender moralement quand on a conscience de l'histoire du pouvoir qu'il développe.
Tenzin c'est quand même le personnage le plus émouvant de la série et cette saison est la récompense ultime pour le dernier patriarche, le père et le fils avec ce rêve qu'il s'est juré de prendre à bras le corps depuis le début de la série.
Et le cérémonial final j'ai eu les larmes aux yeux bon sang :snif:
Saison qui conclus un arc pour relancer la série de plus belle sur une dernière saison, malgré le nombre relativement court d'épisodes qui ne permettent pas de tout développer (le royaume de la terre après le soulèvement) je trouve ça très organique malgré tout.
Dommage que Bolin ne fait plus office que d'un gag sur pattes alors qu'il avait bénéficié d'un peu plus de soin sur la précédente saison.
Saison 4 :
C'était bien nul ! Au coude à coude avec la saison 2 que je préfère au demeurant juste pour la DA et le taff de Studio Pierrot sur les combats. Mais cette saison 4 après une troisième quasi parfaite c'est la douche froide.
Sans parler du manque de budget flagrant (avec de l'or pareil entre les mains je comprendrais jamais Nickelodeon) les personnages secondaires ne sont plus que l'ombre d'eux même, Kuvira est un méchant sans envergure et bien cliché comme l'ensemble des personnages qui gravitent autour d'elle et la mise en scène manque de panache et de moments de bravoures : le combat final est d'une mollesse, je me suis mis à sourire nerveusement tellement le peloton était ridicule avec leurs ballons de baudruche pendant que le mecha avance clopin-clopant avec un bruitage de mécanisme rouillé, c'est Avatar "ça?" me suis dit ....
Le point positif l'évolution de Korra est top, rien à dire dessus et les premiers episodes se focalisant sur son errance lié à son stresse post-trauma sont les meilleurs de cette saison.
En fait excepté la saison 3 (tout parait fade à coté finalement, je manque d'impartialité sans doute?) le reste des saisons ca reste des histoires avec des thèmes matures et plutôt sombres pour un programme jeunesse mais sur la forme ça ne trompe pas, les ressorts dramatiques, les twists, la mise en scène ..etc on reste sur un traitement pour un public jeune avec tous les inconvénients qui vont avec.
Alors dans l'ensemble c'est une bonne série avec de grosses fulgurances et des éclairs de génie mais embourbés dans bien trop problèmes (d'ordre économique surtout) pour ne serait ce qu'espérer être à la hauteur de l'original, finalement la saison 3 aura été la seule avec une équipe les mains libres et au top de leur capacités.
L'inverse de The last airbender en somme, qui lui était composé d'un ensemble conséquent d'épisodes qualitatifs avec quelques petits écarts malheureux par ci par là, les dégats étaient mineurs en comparaison (c'est rigolo de repenser á l'episode dans le canyon).