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Quelle claque que cette série, quand on est soi-même une jeune mère ! L'intrigue se passe certes dans la société japonaise mais elle est étrangement ressemblante à la nôtre, occidentale et française.

On suit le procès d'une mère infanticide, à travers les yeux d'une autre maman d'un enfant en bas âge. Loin de nous montrer la monstruosité d'une femme ayant tué son bébé de 8 mois, la série pointe au contraire du doigt tous les dysfonctionnements et la part de responsabilité de chacun dans l'éducation d'un enfant. Une mère ne devrait pas avoir à supporter seule la lourde charge d'élever sa progéniture.

cette critique comporte des spoils

J'ai été ravie de constater que la série parvenait à bien montrer à quel point le stress maternel pouvait mener au pire, notamment à cause des remarques ou de l'absence d'aide de la part de l'entourage. Elle a fait écho aux combats féministes que je suis (et que je mène) sur les réseaux sociaux comme Instagram : le père ne doit pas "aider" mais "faire sa part", la fausse idée selon laquelle seule la mère peut s'occuper correctement de son enfant et mener de front travail et gestion du foyer (on le fait surtout parce qu'on n'en a pas le choix !), la gravité des remarques qui se veulent pourtant bienveillantes, à coups de "bons conseils" qui deviennent finalement des injonctions faisant plier davantage des mères croûlant déjà bien assez sous le poids des responsabilités... la série fait bien sentir cette double face de l'entourage en alternant une même scène vue selon l'angle de la famille (qui se veut prévenante et aidante) et selon celui de la mère recevant ces "conseils" (qui se sent de plus en plus acculée par des gens semblant lui dire qu'elle ne fait pas comme il faut avec son enfant et qu'elle est donc une mauvaise mère).

Les hommes ne sont pas représentés comme l'éternel cliché du type qui ne comprend rien aux femmes ou celui qui est le patriarche à qui tout est dû dans la famille. Certes, il y a une part de cela en eux (le mari de l'héroïne qui la violente psychologiquement, son beau-père qui n'en branle pas une à la maison), mais on nous montre également des hommes compréhensifs sous leur dureté et capables d'être lucides face à une société écrasant les femmes devenues mères. Le juge expliquant son verdict final quant à l'accusée est particulièrement éclairant : oui, tous ont une responsabilité dans la mort de cet enfant. C'est sa mère qui a commis l'irréparable, mais c'est son entourage, par ses remarques et actions (ou inaction) qui l'y a poussé.

J'ai été particulièrement touchée par le tableau final des deux femmes, l'héroïne et l'accusée, discutant sur la plage avec leur bébé dans les bras. C'est ce qu'elles auraient pu faire, si les circonstances de la vie les y avaient permises. C'est ce qui aurait probablement empêché le drame. Elles échangent leurs difficultés d'allaitement, les pleurs la nuit à cause des coliques du nourrisson, leurs envies secrètes de frapper leur enfant parce que oui, élever un petit bout, c'est super dur et qu'il est normal de se sentir péter les plombs par colère. En parler permet justement d'éviter le passage à l'acte, selon moi. Et c'est ce que ce dernier tableau cherche à nous prouver : que cette mère infanticide pourrait être n'importe laquelle d'entre nous ou nos femmes, nos mères, nos sœurs, nos filles. Que nous sommes tous concernés. La figure de l'assistante sociale, d'abord perçue comme une ennemie cherchant à voler l'enfant au couple, devient finalement l'aide précieuse qui rétablit l'harmonie au sein du foyer. Est-ce une manière pour le réalisateur de dire aux Japonaises et Japonais, élevés dès leur plus jeune âge dans une société fondée sur l'apparence, qu'il n'y a rien de honteux à se faire aider par ces personnes-là lorsqu'on devient parent ?

Je ne mets cependant pas la note de 10 pour deux raisons :

La première, parce que je n'ai pas été convaincue par le rapport entretenu entre l'héroïne et sa mère. Une fois de plus, on explique un mauvais comportement (la 1ère tente d'étouffer sa fille avec un coussin lorsqu'elle perd pied) par la façon dont elle a elle-même été élevée : encore une fois, c'est la faute de la Mère. La série aurait aisément pu se passer de cette explication bancale et ne se contenter que des remarques rabaissantes du mari, des faux-conseils de sa belle-mère et du passé de l'héroïne (absence de soutien de la part des autres mamans lorsqu'elle s'est retrouvée en difficulté les premiers mois) pour expliquer son geste.

La seconde, parce que la fin aurait dû, selon moi, se terminer sur la scène des deux femmes discutant de leurs problèmes de maternité sur la plage. Elle porte un véritable message d'espoir (qui peut passer aussi par les forums ou groupes sur les réseaux sociaux où l'on partage nos doutes avec des inconnues vivant les mêmes choses que nous au même moment) qui ne nécessitait pas forcément de nous montrer le dénouement heureux pour les autres personnages. La série m'aurait semblé avoir encore plus de force en se terminant sur cet ultime tableau.

CONCLUSION

Une excellente série qui permet de mettre en lumière les difficultés du rôle maternel dans une société patriarcale très ressemblante à la nôtre. Une jeune maman n'a pas besoin de crème pour le corps quand elle vient d'accoucher, mais d'un réel soutien psychologique qui, quoi qu'elle décide pour son enfant en matière d'éducation, lui rappelle qu'elle est et qu'elle restera :

UNE BONNE MÈRE.

jl2152672249
9
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le 23 nov. 2021

Critique lue 2.5K fois

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6

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