Landman
7.2
Landman

Série Paramount+ (2024)

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Je trouve que ca devient très difficile de noter des œuvres américaines, plus particulièrement les séries. Pourquoi les séries? Clairement la qualité est de plus en plus difficile à dénicher dans le cinéma grand public américain, l'ère marvel (pour faire simple et raccourci) a donner un cadre grand spectacle tellement aseptisé qu'il devient très difficile d'y injecter la moindre pertinence.

Je suis assez friand de ces auteurs qui ont réussi l'équilibre entre grand public et qualité.

Depuis plusieurs décennies une bascule s'est opéré et la télévision qui était au siècle dernier le parent pauvre de la profession est devenu l'endroit privilégié pour distiller de la qualité; on l'a tous constaté pas besoin d'épiloguer.


Le second point c'est que dans une société américaine ou le divertissement à été largement contaminé par la culture woke, on va forcément trouver des contrepoints. Ce qui nous amène à Taylor Sheridan, et donc à Landman.


C'est ainsi qu'apparaissent les premiers intérêts qu'on pourrait trouver à ce type de série: à l'instar de Yellowstone on dépeint ici une Amérique qui fait partie des pilliers fondamentaux du pays et qui ont pourtant été longtemps ignorés par le divertissement US. On a presque cru pendant un temps que ce grand pays et la vie de ses habitants s'arrêtaient à Los Angeles ou New york; tu veux de l'exotisme bling bling on te montrait Miami ou Vegas, tu veux de la ruralité, de l'Amérique profonde, on te montrait Chicago. Alors qu'évidemment les USA c'est vaste c'est beaucoup de choses à la fois. Alors certains diront, rien de nouveau il y avait Dallas; mais non pas du tout. Dallas c'était tourné dans la banlieue de L.A. et le business de pétrole n'était qu'un prétexte pour développer des intrigues machiavéliques. De ce que j'ai vu de la série ca aurait pu se passer sur les banque New Yorkaises, ca aurait rien changé, on avait juste mis un peu de folklore, un ranch des stetsons, point.

Or Sheridan ne prend pas le Montana, le Texas ou les grandes plaines comme excuse ou simple décorum. Non seulement il décide de vraiment filmer ces endroits, mais le lifestyle de ces états particuliers est la thématique centrale de ces œuvres. On prend pas le Montana parce que c'est joli et pas cher; Le cowboy n'est pas un John Wayne ultra lisse qui court après des méchants ou des indiens mais bien un garçon vacher qui véhicule les valeurs traditionnelles de l'Amérique. Et c'est le second point et cela va mériter développement, qu'on aime ou pas les œuvres de Sheridan, elles ont en commun une profondeur, une densité, une épaisseur, une richesse indéniable. Ce sont des fresques sociales d'une autre Amérique, celle que les libéraux des centres urbains exècrent aujourd'hui, qu'on ne voit pas ou alors très peu et toujours montré sous un prisme très gauchiste.


Alors oui on est du coté MAGA de l'Amérique, mais on va se garder de juger les choses précipitamment sous un prisme européanocentré. Le but c'est pas de savoir si les maga ont raisons ou tort . Et même si effectivement la politique est présente ici tout comme le wokisme est partout présent chez Disney; ce qui va nous intéresser ici c'est plus de jauger une œuvre artistique et non juger du débat politique qui ne nous appartient même pas. Ce qui veut pas dire qu'on va totalement occulter cet aspect politique non plus, car à travers les thématiques développées il y a évidemment un message éminemment politique.



Tout ce blabla et on parle toujours pas de Landman, de la série elle-même? Ben oui, c'est ça Sheridan; c'est une plongée dans l'Amérique profonde, sa culture, sa civilisation, ses traditions, son évolution, son devenir etc. Si on est pas intéressé on passera vite son chemin. Si on est trop dans le jugement politique on pourrait vite avoir la nausée. Mais si on est curieux et un peu ouvert d'esprit alors on va voyager, et pas qu'un peu; de plus en étant ouvert d'esprit on comprendra un peu mieux ce pays que sont les USA.



Alors bienvenu dans le texas, berceau de Sheridan. Exit les montagnes humides et fraiches du montana, exit Costner; mais en fait on repart sur les mêmes codes. Certes on semblent changer du tout au tout en arrivant dans les plaines poussiéreuses et pétrolifères du Texas, mais en réalité on reprend la même recette, on l'adapte pour une nouvelle fresque. Si Yellowstone était étonnant avec sa nostalgie du grand ouest américain qui refuse la modernité, Landman au contraire s'inscrit vraiment dans le temps présent et la nostalgie a disparu. On est transporté, toujours en pick up, mais dans une Amérique en pleine mutation, qui s'interroge face à son avenir. C'est ainsi que le personnage jouer par Billy Bob Thornton est bien senti, il est désabusé mais non sans humour, il est pragmatique, réaliste puis surtout il est bosseur, il hésite pas à mouiller sa chemise.

Alors c'est un peu dommage car la question écologique qui est évoquée avec beaucoup de justesse en début de show (ca pollue? oui... Mais le pays a besoin d'énergie, il y a une forte demande, on la fournit c'est tout) est expédiée et revient rarement. c'est justement une manière de dire on est pas là pour faire une propagande pro pétrole; on est conscient des enjeux écologiques, c'est pas un produit miracle, il a son revers de la médaille c'est sûr mais sans lui on en serait pas là. Et c'est vrai! Ca peut faire mal aux derrières des écolo fanatiques mais sans pétrole le monde actuel ne serait pas; et que de sortir des discours écolos et s'insurger en scrollant toute la journée c'est même pas de la contradiction c'est de la schizophrénie! Alors en effet c'est pas l'axe principal et tant mieux la série ne cherchent pas à faire du prosélytisme, mais à créer une fresque de ces américains très critiqués mais qui font pourtant tourner le pays.


J'en ai vu s'insurger sur la place des femmes dans le show. Oui c'est des blondes girly girly... OK. Mais Emily in Paris c'est ultra woke et c'est pourtant exactement les mêmes clichés. Donc de dire les maga c'est des machos qui veulent des bombasses complètement gourdes, bah ca tient pas. D'ailleurs le grand cliché de la blonde aux states, elle est californienne, elle est vegan, elle est woke, veut sortir avec le quaterback etc. C'est la même! Pourtant madame l'ex-épouse Norris c'est pas du tout une femme soumise, bien au contraire! Elle est pas cantonnée à la cuisine par obligation mais parce que ca lui plait (d'où les diners à thème); ça n'est pas une esclave, elle prend soin de sa famille! Matérialiste, fan de shopping et de signes extérieurs de richesse? Absolument!! Superficielle, c'est déjà moins sûr; elle a conscience des enjeux mais c'est moins son terrain. On pourrait la croire ultra selfish et individualiste, mais elle finit par s'attendrir et donner de son temps pour les petits vieux laissés à l'abandon dans les mouroirs. Elle finira par pousser son mari à accueillir le grand-père malgré les tensions. Ca veut pas dire que monsieur est un macho (elle le tient littéralement dans sa pogne, elle en fait ce qu'elle veut elle est pas soumise), ni qu'il est nul en famille ou s'y désintéresse; c'est surtout que monsieur passe son temps à travailler, il a pas le temps. Elle, ne se voit pas bosser sur une plate forme de forage mais veut un bon train de vie. Il forme donc une équipe soudée ou les rôles sont partagées pour le bien de tous.

On aime ou pas, on peut trouver ca vieillot; réac où même idéalisé en attendant moi je respecte je trouve au contraire qu'il dépeint bien une certaine noblesse du socle familial. Et je trouve que dans ses shows, les personnages féminins ont finalement bien plus d'épaisseur et de mordants que dans bien des productions wokes ou libérales. La fille ouai elle est ultra cliché, ouai on dirait qu'elle compte que sur son physique pour espérer avoir une vie un jour, c'est sûr que c'est pas le personnage le plus intéressant. C'est même clairement une sorte de tête à claque assez vulgaire et ultra sexualisé; c'est too much et dérangeant, néanmoins quand on focus sur elle dans la série bah c'est une jeune femme, elle est sensible, elle est émotive. Alors oui girly cliché et presque insupportable mais ce grain de folie en fait quelqu'un de très positive et boute en train.

Je trouve le personnage du fils plus intéressant. C'est pas le cliché du beau gosse, d'ailleurs lui et sa soeur se déteste... Ce qui évite de tomber dans le cliché de la famille Ingals parfaite! Il est intelligent, il veut entreprendre etc, on est très loin de l'éternel beau gosse ultra musclé qu'on voit partout, c'est plutôt frais. Et tout come son père il est complètement drivé par sa moitié!


Il ya beaucoup de choses qu'on pourrait développer, beaucoup d'axes, beaucoup de personnages, mais je pense pas que ce soit intéressant d'en faire la liste exhaustive; parce que finalement tout cela dit un peu la même chose. Oui il ya des clichés, oui ils représentent une certaine vérité mais c'est pas aussi simpliste et manichéen qu'on voudrait nous le faire croire. Oui le pétrole c'est pas écologique, on va pas le nier mais c'est encore plus fake et hypocrite de vouloir dénoncer ça au volant d'un SUV électrique dont les batteries sont tout aussi polluantes. Ensuite c'est occulté que le Texas produit 28% de l'énergie éolienne de tous les USA, quand même, et tout aussi leader dans l'énergie solaire.... C'est là l'intelligence du sieur Sheridan le gros bourrin texan, il pointe les faits et nous montrent que c'est pas aussi simple et réducteur et les soit disant gros pollueurs sont parmi les plus avancés dans les énergies alternatives. C'est facile de critiquer le pétrole, quand on en a pas et pourtant qu'on en a besoin!

Et c'est là la force de landman dans le fond c'est de réussir à dire honnêtement "gardez-vous bien de juger le Texas ou les US du haut de vos propres contradictions". Voilà pour le message politique.

Alors certes coté tradition malgré qu'on soit au pays du stetson et des cowboys boots, on est moins dans la nostalgie et la fresque traditionnaliste que yellowstone. Mais la photo est tout aussi superbe, juste différente. Le ton peut paraitre plus léger, même comique mais cache plus de profondeur qu'on pourrait croire à première vue. Landman est plus tourné vers le présent et même l'avenir là ou Yellowstone regardait vers le passé...


c'est un bon show, ca va pas révolutionner le genre, mais c'est agréable à regarder et ça a au moins le mérite de nous montrer une partie de l'Amérique qu'on ne connait pas et qu'on ne comprend pas. De chez nous on se dit c'est quoi cette armée d'obèses incultes qui a élu D. Trump deux fois!!! Sheridan nous dresse ici un portrait texan plus nuancé de cette Amérique ambivalente qui pourrait nous paraitre fascisante mais qui est en fait très pragmatique: le pays, pour tourner, a besoin de pétrole, d'agriculture (tête de bétail, maïs, beurre de cacahuète etc) avant tout, qu'on le veuille ou non. Il ya une certaine justesse touchante et réaliste. Tous comme les persos finalement. Les maga sont pas tous des obèses incultes racistes obsédés par les armes à feux....


Petit aparté je remarque que comme les autres shows de son époque, c'est fait pour être binger. Etrange que Paramount et certains networks classiques tentent encore de s'accrocher au modèle un épisode par semaine pour retenir le spectateur. Franchement suivre la nouvelle saison à ce rythme me fait plus décrocher qu'autre chose. Alors que mater les premières saisons d'une traite était facile.


Alors pour conclure pourquoi dire que ces difficile de noter? Parce qu'il y a de bonnes choses, ca se veut conservateur et je trouve ca pourtant bien plus frais que beaucoup de choses qui sortent et sont censées être libérales et progressistes. Techniquement c'est bien aussi, etc. Après culturellement ca ne propose rien de nouveau, pas d'innovations, mais socialement ca nous propose autre chose que la vie américaine en ville démocrate. Je trouve qu'on comprend mieux le sentiment et la vision de l'Amérique d'une partie de la population plus conservatrice mais pas nécessairement fanatisée ou perdue.

c'est intéressant de voir le Texas, l'état le plus important après la Californie et qui est aujourd'hui l'étendard des républicains et le contrepoint à LA ou NYC. Un état fort, toujours en développement et en évolution. Ce n'est pas l'Amérique aveugle qui s'enfonce dans sa bêtise, mais plutôt une Amérique consciente des enjeux et qui s'adaptent tout en restant dans la course.

Ce n'est surement pas un hasard s'il y a pas ou peu de religion dans les œuvre de Taylor Sheridan; les maga sont pas tous des abrutis finis. Certes ils accordent de l'importance aux libertés fondamentales et sont donc par essence de culture individualiste; mais pas nécessairement dans l'excès comme on pourrait le croire car oui, ce qui se joue en toile de fond à travers ce maillage d'individus, c'est le destin de la Nation. On peut bien rire des ricains nous les européens, en attendant eux, ils aiment encore leur pays; d'où leur discorde sur le chemin à suivre. Pouvons-nous en dire autant? J'en doute de plus en plus...

seraph_blue
7
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le 22 déc. 2025

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plouf le chat

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