Je regarde très peu de séries françaises, je ne crois pas en avoir jamais appréciée une qui ne soit pas tournée vers l'humour. Le bureau des Légendes est loin d'être un coup de coeur mais se révèle malgré tout une bonne surprise pour moi qui m'attendait à abandonner avant même la fin du premier épisode et qui a malgré tout terminé la saison.
Alors en quoi cette série se différencie-t-elle de la masse de série française habituelle. Et bien, pour une fois le terme réaliste dont on abuse souvent, se trouve justifié lorsqu'il s'agit de caractériser cette série. Beaucoup de séries françaises se contentent de personnages médiocres, d'un langage grossier, d'une violence verbale et d'un manque de culture crasse pour prétendre à l'adjectif "réaliste". Ici nulle exagération épique n'est là pour créer une fausse tension, pourtant on ressent clairement la tension réelle entourant la vie de ces légendes, notamment celle du héros incarné par Mathieu Kassovitz. L'ambiance est donc lourde, légèrement oppressante, tout en étant tendue par une véritable intrigue, permettant de ne pas rendre cette ambiance tout simplement ennuyante et trop grossière. La relation amoureuse entre le héros et une femme syrienne est très intéressante, et elle aussi semble très crédible. Ces deux personnages sont d'ailleurs suffisamment charismatiques pour qu'on s'y attache. L'intrigue autour du héros est réussie !
Cependant malheureusement la narration est très souvent laborieuse pour diverses raisons. Premièrement, son rythme trop lent notamment au premier épisode n'exprime pas suffisamment au début l'importance des enjeux narratifs. Cela viendra cependant au fur et à mesure des épisodes. Mais surtout la série n'est pas assez concentrée, si la narration est relativement limpide, elle mêle trois intrigues différentes. La première autour du héros qui rentre de mission après plusieurs années sous couverture, la seconde autour d'un agent sous couverture qui a disparu, et la troisième autour d'une nouvelle recrue missionné pour devenir un agent sous couverture en Iran. Si la seconde intrigue coexiste assez bien avec la première, permettant de placer le héros dans une nouvelle situation de double-vie pleine de tension, elle n'est pas moins relativement anodine et n'est finalement que prétexte à présenter une gestion de crise. Mais c'est surtout la troisième intrigue qui se révèle la plus décevante. Le début de la série semble vouloir la lier à l'intrigue principale en faisant du héros le mentor de la novice, pourtant bien rapidement cette idée narrative est évacuée et tend à se construire totalement parallèlement aux deux autres. Cette multiplication inutile d'intrigues peine à fournir un rythme soutenu à une série qui se veut d'avantage tournée vers la psychologie des personnages que vers l'action. La tension des deux premières intrigues diminue alors lorsque la troisième intervient.
Mais surtout, on retrouve un des défauts des séries françaises qui m'exaspère profondément, le mauvais jeu de certains comédiens. Bien que la présence de la magnifique Zineb Triki envoûtante et charismatique est une véritable révélation, que Mathieu Kassovitz tient son personnage de manière convaincante, que Léa Drucker fasse le job, si l'on pardonnera une prestation un peu fade de Jean-Pierre Darroussin et que l'on passera sur celle de Giles Cohen quelque peu clichée et sans nuances car son rôle se révèle finalement secondaire, la manque de charisme de Sara Giraudeau et son interprétation très peu convaincante plomberont totalement la troisième intrigue de la série dont elle est pourtant l'héroïne principale. Dieu sait, que cette intrigue se révélait déjà par nature un poids mort pour la série.
Pour conclure, on regrettera une dernière chose malgré tout : Si la série se révèle donc pour certaines raisons prenante et nous faisant ressentir une véritable tension sans artifices, la fin de saison se révèle très décevante puisque seule une intrigue se révèle partiellement conclue. Celle de l'agent disparu, mais conclue de manière bâclée sans apporter toutes les réponses que le spectateurs se pose. Le sort de l'agent est plus ou moins défini, mais cette deuxième intrigue portait aussi sur la carrière au sein de la DGSE du héros, le retour à la vie normale, un twist de fin amené de manière précipitée, inattendue et pas toujours très claire ne suffit pas à conclure réellement cette intrigue. Pire l'absence de conclusion de la troisième intrigue laisse sous-entendre une seconde saison qui ne pourra pas se détacher des défauts de la première. Bon je critique beaucoup, mais rappelons malgré tout que c'est rare d'avoir une série prenante française avec de véritables qualités ! C'est donc tout de même une bonne surprise.