Le Jeu de la dame
7.6
Le Jeu de la dame

Série Netflix (2020)

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Cette mini série tourne autour du jeu d'échecs sans jamais entrer dans le jeu véritable mais tout le problème est ailleurs, dans le confinement à l'inéluctable fin de toute humanité. Les deux premiers épisodes sont remarquables, beauté de l'image, des plans, du jeu des actrices, mise en scène irréprochable, la gamine devenue adolescente dans cet orphelinat sont deux actrices surdouées qui promettent énormément ! Et soudain le quatrième épisode déraille. S'il est trop évident que cette troisième actrice pour la jeune femme murie (pourrie est le constat navrant) va devenir la première championne du monde des échecs, que viennent faire ses addictions pour la drogue et l'alcool, sa froideur schizophrène qui n'a plus aucun lien avec les deux précédents jeux d'interprétation ? La rupture est glaçante... Quoi, elle serait devenue ça, femme objet sans âme, perverse, machiavélique, effrayante ? Et le jeu d'échecs en est faussement représenté, de fait. On n'abandonne pas par principe, au lieu de chercher la partie nulle, notion inconnue dans cette série. Autre aberration troublante qui n'est pas gratuite, puisqu'il n'y aura donc jamais de parties nulles, au contraire de la réalité où elles sont très majoritaires en compétition et des plus passionnantes, ce quatrième épisode annonce que la série va droit devant la conquête du vide sans plus besoin de rien. On n'offre pas son amour pour cet art échiquéen, on abat froidement chaque être humain qui a le malheur de croiser son chemin robotisé. Tout droit direct ! Le jeu d'échecs est tout, sauf cela. Cinquième épisode, la catastrophe. Le titre original "The Queen's Gambit" est le nom d'une ouverture aux échecs, bien vue. Il s'agit d'un sacrifice apparent sans être un vrai gambit, qui ouvre en parties fermées. Tout le contraire de la série qui s'est ouverte avec audace en sacrifice de la mère laissant sa fille orpheline, ne sachant plus quoi en faire. Désormais tout n'est qu'addiction à l'alcool et à la drogue, fuite en avant sans la moindre humanité, sans romantisme non plus ni romance. On est dans un scénario de fast food macabre : gobe tout et casse-toi ou je te brise. Je repense alors au chef d'œuvre "L'échiquier de la passion" de 1978 avec le génial Bruno Ganz, merveilleusement écrit, où le héros croise les faits historiques des plus grands maitres d'échecs. Je pense à "La diagonale du fou" avec cet autre acteur de génie Michel Piccoli, reprenant le match planétaire de Karpov contre Kortchnoï de 1978 et de 1981. Oui, il y a eu énormément de merveilles autour du jeu d'échecs. Bergman dans son film "Le septième sceau" fait jouer le héros contre la Mort personnifiée : vertigineux ! La mini série est morte, vidée de toute réflexion au commencement du sixième épisode. Pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir, par exemple, suivi le chemin de la géniale joueuse hongroise Judit Polgár ? Pourquoi tant de vide sur l'art des échecs ?
Et puis enfin, autant le titre original aurait du être repris, "le gambit de la dame" qui offre quantité d'opportunités pour la féminité de l'actrice au final, autant le titre français est à contresens : Anya Taylor-Joy (Beth Harmon dans cette série) cabotine, froide, impersonnelle, nulle en somme. Et c'est la clef de cet échec cuisant : autant dans les deux premiers épisodes, la Beth Harmon gamine de cinq ans est incarnée par Annabeth Kelly impressionnante, la jeune Beth Harmon grandissante survolant le scénario avec Isla Johnston, et autant la Beth Harmon devenue femme effondre tout par l'interprétation si superficielle d'Anya Taylor-Joy malsaine. Tout est dit : elle joue faux de A à Z un non être humain pour qui tout est absurde. Quelle gouffre entre la Beth Harmon gamine nous émerveillant par son hallucination extraordinaire des pièces géantes se déplaçant au plafond, et la Beth Harmon femme qui est la première à ne pas y croire, et nous consterne. Après la splendeur des deux actrices incarnant les trois premiers épisodes, la misère de la vulgarité d'Anya Taylor-Joy maléfique, puritaine, psychotique à assassiner ses adversaires avec sadisme, les regardant mourir à petits feux avec cette pose sans âme qui est l'affiche de la série, tout cela contribue évidemment à tourner à l'horreur, vraiment ! Mais qui est donc cette actrice blondinette si nulle de série Z ? Eh bien, je ne croyais pas si bien dire, elle commença avec un fil d'horreur épouvante "The Witch" (La Sorcière) en 2015, enchaina avec "Split" (thriller horrifiant, dixit) en 2017, puis "Glass" en 2019 dans la continuité mortifère. Je mets deux étoiles pour les deux premières actrices qui sont, elles, de véritables étoiles dignes du septième art le plus esthétique qui soit, et puis plus rien : Anya Taylor-Joy s'est trompée de rôle, elle n'a aucune personnalité, froide, effacée, l'horrifiante poupée faussement humaine, sans âme : Evan Braun, la compagne fantomatique d'Hitler lui ira comme un gant. Amen.

jesuisici
2
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le 5 déc. 2020

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