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Une malédiction royale, une écriture maudite

En venant sur Le Palais de l'Est, je savais où je mettais les pieds : un thriller fantastico-horrifique sous Joseon, mais surtout écrit par les co-scénaristes de The Guest (bien) et Bulgasal (pas bien), et réalisé par Choi Jung Gyu, celui qui nous avait gratifiés entre autres, en 2021, du magnifique drama The Devil Judge. Esthétiquement parlant, c'est vraiment très beau, mettant en perspective l'ambiance oppressante d'un film comme Silent Hill, ou bien de la série Stranger Things pour certains aspects visuels, les jeux de lumière et le côté blockbuster fantastique. La série démarre sur les chapeaux de roue durant les trois premiers épisodes qui plantent le décor. Malheureusement, le format court imposé par Netflix et la direction scénaristique qui opère un léger changement dans la seconde partie m'ont laissé un arrière-goût amer. J'ai trouvé que la narration perdait de son ambition. Ne vous attendez pas à une histoire révolutionnaire, c'est du vu et revu. Mais c'est tout le reste qui vient faire la différence, et vu le budget alloué, il ne valait mieux pas se louper. Voyons ça de plus près.


Au cœur du palais royal, une mystérieuse malédiction semble s'abattre sur la famille du roi. Après plusieurs morts inexpliquées et l'effondrement soudain du dernier prince héritier, le Roi(Cho Seung-Woo) va faire appel à Gu-cheon(Nam Joo-Hyuk), un homme capable de franchir la frontière entre le monde des vivants et celui des esprits afin de traquer les créatures surnaturelles et les fantômes. Il a acquis ce don maudit quand il était enfant lors d'un événement tragique et le porte comme un fardeau. Pour l'accompagner et le surveiller, il lui impose Saeng-gang(Roh Yoon-Seo), une dame de cour qui est en réalité sa fille unique, et qu'il a exilée enfant car elle possède le don d'entendre les morts. Ensemble, ils devront démêler les secrets du Palais de l'Est, demeure des héritiers au trône, rongé autant par les complots politiques que par les forces occultes, où chaque découverte les rapproche d'une vérité que certains sont prêts à tuer pour préserver. La reine douairière(Jang Young-Nam) et le frère du roi, le prince Ik-Sang(Tae In-Ho), sont aussi en embuscade en servant leurs propres intérêts.


Dès les premières minutes, Le Palais de l'Est impressionne. La photographie est exceptionnelle, la scénographie est d'une grande richesse, les musiques sont magnifiques et les effets visuels atteignent un niveau rarement vu dans un drama coréen. Le rendu est véritablement cinématographique. Les CGI sont parfaitement intégrés et l'ensemble dégage une identité visuelle très forte. Sur ces points, je trouve même le drama supérieur à Alchemy of Souls ou Kingdom, par exemple, qui sont assez récents. La mise en scène est d'une élégance remarquable, d'une fluidité et d'une efficacité redoutable. L'univers évoque parfois les jeux de FromSoftware, notamment Demon's Souls, avec ses palais majestueux, son ambiance de décadence et ses créatures inquiétantes. On va être très clair à ce sujet : "ça en jette". Le scénario, sans être novateur, utilise l'atmosphère inquiétante pour nous embarquer dans une aventure proche d'un thriller horrifique fantastique. J'ai vraiment apprécié les trois premiers épisodes, parce qu'on identifie rapidement les protagonistes, peu nombreux, et que notre couple vedette est attachant. Bref, immédiatement, on ressent qu'on a affaire à des techniciens qui connaissent leur métier et qui savent mettre en pratique leur savoir-faire. L'histoire, qui semble simple au premier abord, va multiplier les fausses pistes, nous incitant à douter des intentions réelles de certains protagonistes.


Malheureusement, cette excellente impression s'effrite progressivement. J'ai trouvé la seconde partie plus intense, plus rythmée certes, mais si le côté action prend le dessus, la partie scénaristique va se déliter au fur et à mesure que l'on se rapproche de la fin. L'histoire semblait prometteuse, mais va finalement manquer de développement. À part Saeng-Gang, Gu-Cheon et le Roi, la plupart des autres protagonistes sont sans relief, notamment la reine douairière, le prince Ik-Sang et le shaman. Ils occupent l'espace uniquement pour nous conduire vers de fausses pistes. Quant à l'antagoniste, il est amené de manière maladroite, instrumentalisé et mal exploité. Le spectateur découvre son importance très tard alors qu'il aurait pu devenir un personnage beaucoup plus marquant.

La véritable menace dissimulée dès le début se révèle être le prince héritier(Kwak Dong-Yeon), empoisonné par son père à l'époque, lorsque celui-ci avait découvert qu'il s'adonnait aux sciences occultes.

En fait, c'est l'ensemble des personnages, pourtant peu nombreux, qui manque d'écriture et qui est, pour certains, sans relief. La conclusion sombre trop facilement dans le grand guignol. Certaines scènes manquent de cohérence, comme la notable absence de la garde royale (ils devaient sûrement avoir piscine). On est quand même dans le palais du roi. La pauvreté des figurants est assez déroutante aussi pour un espace censé être vivant. Le thriller est progressivement abandonné pour passer en phase action, avec un final digne de Mortal Kombat mais sans Fatality... Quoique. Et puis surtout, on ressort du drama avec plus de questions que de réponses :

Pourquoi le Roi a-t-il pris la décision de tuer son propre fils, alors que cet acte allait provoquer une terrible malédiction ? Pourquoi le Prince et le Shaman sont-ils présentés comme des dangers pour la Couronne si leur rôle est finalement limité ? Quel est le rôle de la reine douairière et quelles sont ses véritables intentions vu qu'elle pratique les sciences occultes ? Pourquoi avoir fait du prince joué par Kwak Dong-Yeon un personnage aussi central dans les révélations alors qu'il est relativement peu développé ? Pour moi, la véritable occasion manquée du scénario est là : le drama ne tranche jamais sur la culpabilité du prince héritier. Et c'est dommage, parce que cela aurait donné beaucoup plus de profondeur au roi comme au prince héritier.

Les auteurs savent créer une ambiance, installer un mystère et mettre en scène le fantastique. En revanche, ils peinent à donner suffisamment de profondeur à leurs personnages et à transformer leurs nombreuses pistes en une conclusion pleinement satisfaisante. Pour partir sur une bonne note, je dirais que le duo formé par Nam Joo-Hyuk et Roh Yoon-Seo fonctionne très bien, et qu'on a surtout évité le dérapage facile et inutile : une pseudo-romance bidon et non nécessaire.


Au final, Le Palais de l'Est impressionne davantage par ce qu'il montre que par ce qu'il raconte. Les auteurs savent créer une ambiance, installer un mystère et mettre en scène le fantastique avec une vraie maîtrise. Visuellement et musicalement, c'est une véritable réussite, avec une photographie somptueuse, une direction artistique ambitieuse et une réalisation qui lui donne parfois des allures de production cinématographique. J'ai également bien aimé la présence du Ggeomeoksali, cette petite créature à l'apparence presque innocente qui apporte une touche plus légère dans un univers pourtant très sombre. À la manière d'un Mogwai dans Gremlins, elle aurait pu facilement devenir un simple élément mignon destiné à séduire le spectateur, mais elle trouve finalement sa place dans la mythologie fantastique du drama. Malheureusement, cette ambition visuelle n'est pas toujours suivie par l'écriture. Les nombreuses pistes lancées au fil des épisodes ne trouvent pas toutes une conclusion satisfaisante. C'est bien dommage, car il manque une profondeur tragique à l'ensemble. Pour autant, Le Palais de l'Est reste une expérience largement positive grâce à son atmosphère unique, son univers fantastique soigné et surtout grâce à un duo qui fonctionne de manière remarquable. Ce drama n'a rien de révolutionnaire, mais reste divertissant et plaisant. Il me laisse toutefois un goût d'inachevé, avec un scénario qui n'a pas été à la hauteur de ses ambitions.


PS : Mon coup de cœur spécial va à Jung Se Rin, la compositrice derrière cette magnifique bande originale. Une compositrice reconnue en Corée du Sud, et il suffit de jeter un œil aux nombreux projets auxquels elle a participé pour comprendre l'étendue de son talent. Sa musique apporte une puissance supplémentaire aux scènes, jusqu'à parfois les rendre véritablement épiques.


Main Theme : Le Palais de l'est | Teaser officiel VF

East Palace instrumental 1 : What Lies Beneath the East Palace - Jung Se Rin

East Palace instrumental 2 : Secrets Within the Palace - Jung Se Rin

East Palace instrumental 3 : What Lies Beneath the East Palace - Jung Se Rin

Créée

le 18 juil. 2026

Critique lue 1.1K fois

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