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Legion
7.3
Legion

Série FX (2017)

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Legion est une anomalie quantique, un orage magnétique, un trou noir primordial, une pâte perdue dans une rizière, une variation dans la Force, un accord mineur diminué perturbant une symphonie de Mozart, du Pollock jeté sur du Titien, une espadrille au musée de la locomotive. C'est inimaginable et inexplicable. C'est vertigineux, et ça ne cesse jamais de l'être.

Par quelle folie a-t-on pu produire ce truc, cette enfilade de pas de côtés ? Bon sang, à chaque instant où il y aurait l'espace de se raccrocher à quelque chose de familier, de se fier à un réflexe de scénariste de série, de faire œuvre d'histoire super-héroïque, on lève le camp et part sur autre chose. Et chaque fois que ça part dix fois trop loin et qu'on se demande ce qu'on va bien pouvoir faire de tout ça et ne plus rien comprendre à ce fatras indompté, on retombe miraculeusement sur nos pieds et réalise contre toute attente qu'on est en train de saisir l'histoire qui se déroule dans le chaos et la verve fiévreuse. A côté de la plaque mais toujours à bord.

C'est un Twin Peaks qui aurait largué les amarres.

Comment fait-on ça ? Legion explore la supposée folie de son personnage principal pour s'efforcer non de l'illustrer, mais de la faire vivre au spectateur. Alors quoi ? Maladie mentale ? Pouvoirs mentaux hors du commun ? Esprit détruit ? Echos métaphoriques d'une réalité lointaine ?

Ainsi tout est doute, dès le début. Un institut psychiatrique, ce bazar de brocante 70's ? Des véritables personnages, ces seconds couteaux tranchants et irréels, ou des projections mentales ? Notre monde, ce monde de pacotille ? Un autre monde ? Le faux, le vrai, tout est si perturbant qu'on s'en fout bien vite, tout ce qui compte devient le cheminement de cet esprit qui s'est shooté par la déprime, la dérive, la drogue, les médocs, l'auto-destruction, les voix intérieures (ou pas). Il n'y a finalement plus de mot correct à poser sur les impressions, sur les péripéties. Tout survient, et tout surprend.

C'est là sa plus grande réussite; avoir décollé pleine puissance sur le territoire de la surprise, avoir fouillé dans toutes les possibilités de l'expression de l'image et la musique, mais savoir toujours réinventer la surprise et la chasser par mille manières sans jamais donner l'impression de se répéter. Les trouvailles succèdent aux trouvailles, ne se reposent jamais sur la richesse de la dernière en date.

Tout ce qui peut exister comme technique visuelle et sonore semble se trouver exploité là-dedans d'une manière ou d'une autre, c'en est aberrant. Et surtout, ça n'est jamais gratuit, tout a un sens et est appliqué avec un soin méticuleux, que ça soit l'arrestation d'un personnage par des plans 1,2,3 Soleil sur des cyborgs féminins portant la moustache, ou une assemblée contaminée claquant des dents sans fin.

Combien de fois me suis-je imaginé ébahi les décorateurs/costumiers/techniciens œuvrant sur cette fourmilière d'idées, occupés à façonner des escaliers au plafond, à creuser des 1 et des 0 sur des plaques pour laisser passer la lumière des projecteurs derrière, à confectionner des bateaux couverts de plats voguant sur des rivières parcourant une cantine d'entreprise, à fabriquer des machines explorant des voies ouvertes par Boris Vian et son Pianocktail.

Je serais curieux de lire les comics X-men derrière cette orgie graphique, mais à lire les résumés et les retours, je n'ai pas le sentiment que c'est aussi timbré que ces 3 saisons hors du temps et de l'espace. Et le plus incroyable, ça m'a semblé monter en crescendo, et atteindre sa pleine maîtrise sur son ultime chapitre.

Même si, il faut l'avouer, cette abondance flirte parfois dangereusement avec le trop-plein, notamment lors d'un affrontement dans le désert en réalité augmentée par le dessin animé, ou par une escapade faussement historique dans une jardinière se finissant sur un Rap Contest. Mais c'est pas grave, c'est toujours réjouissant.

Car cette avalanche de bricolage arty ne gâche en rien sa méta-histoire, qui existe sous la vague. Et plus que nous embarquer, elle sait aussi nous émouvoir ! Elle prend son temps pour le faire, mais finit bien par attirer notre empathie pour ce paumé malgré lui, ultra-puissant et portant en lui un danger effrayant. La relation entre Cary et Kerry, la solitude forcée de Syd et son histoire tragique, la mère de David luttant contre ses propres démons et son attachement à son bébé, le terrible passage de la vie en accéléré de Lenny face aux fissures du temps, l'émotion revient sans cesse nous frapper en plein cœur.

De plus, ce hold-up d'univers se paie le luxe de ne pas parfaitement trahir son matériau d'origine. Certes, pas au début, mais bien vite tout ça ressemble à un arc X-men (en même temps, les parutions du genre sont si anciennes et variées qu'elles ont toujours accepté les décalages les plus radicaux, ouvrant la porte à toute relecture). Une figure tutélaire de la troupe des mutants est d'abord évoqué et finit par intervenir sous son propre rôle dans des instants de grande intensité, campé par un acteur parfaitement trouvé et qui m'a fait penser à Michael Fassbender (pas besoin d'expliquer pourquoi c'est amusant).

Ajoutez à ça une fouille démente dans les bacs des plus pointus collectionneurs de musique pour composer la bande-son, parfois pour faire chanter littéralement ses personnages (donnant deux moments inoubliables dans la dernière saison) : Stones, Velvet, Jane's Addiction, Taha, Pink Floyd, Who, Gainsbourg, Lisa Hannigan, Tame Impala, Brel, Kinks, Johnston, et tant d'autres, et d'autres...

Je dois dire que j'ai maintenant peur que les prochaines lectures-films des aventures des X-men me paraissent bien fades, après ce coup de maître...

Même si je demande qui peut craindre la comparaison avec ce monstre qui combat contre lui-même dans sa propre catégorie. A moins d'aller chasser sur ses terres étranges, où aucune carte ne peut aider à se perdre plus loin.

Oneiro
8
Écrit par

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il y a 6 jours

Critique lue 2 fois

Oneiro

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