Adapter Life on Mars, série britannique culte, était un pari risqué. La version coréenne aurait pu se contenter d'un simple copier-coller dépaysé, mais elle réussit à s'approprier l'histoire en y ajoutant une sensibilité : plus d'humanité, plus de mélancolie, et surtout une attention particulière aux personnages. Alors si tu connais l'œuvre originale, tu connais déjà les tenants et aboutissants puisque le drama ne varie pas d'un iota de la trame narrative principale. Car finalement, l'enquête criminelle n'est presque qu'un prétexte. Les affaires de meurtres, aussi bien écrites soient-elles, restent des mécanismes connus du polar, même si elles sont contextualisées à l'époque de l'année 1988, que l'on retrouve dans plusieurs dramas, le plus connu étant Reply 1988. C'est une période particulièrement symbolique, juste avant les grands bouleversements démocratiques et sociaux du pays, mais aussi une année olympique qui fera connaître le pays au monde entier. Ce qui fait la différence ici, ce sont les hommes derrière les enquêtes : leurs blessures, leurs contradictions, leur façon de travailler ensemble. Life on Mars est aussi un voyage entre le monde réel et un monde alternatif : amoureux de réflexion métaphysique, bienvenue.


En 2018, Han Tae-Joo(Jung Kyoung-Ho) est un lieutenant de la police de Séoul. C'est quelqu'un de cartésien qui fait plus confiance aux preuves, aux éléments d'enquête et à sa déduction, plutôt qu'aux personnes. Il est droit, intègre et respectueux des procédures. Un jour, alors qu'il est sur le point d'arrêter au bout de plusieurs mois d'enquête le tueur en série le plus recherché du pays, il reçoit une balle dans la tête de la part d'un mystérieux individu qui semble protéger ce monstre. Miraculeusement il ne meurt pas, se relève grièvement blessé, mais double coup du sort, il est renversé par une voiture. À partir de ce moment-là, l'incompréhensible se produit : il se réveille dans la rue d'une ville de province. Sauf qu'il a été projeté 30 ans en arrière, en 1988, à la veille des J.O. Par un étrange concours de circonstances, il porte le même nom qu'un flic qui devait être transféré au commissariat de la ville, et s'intègre à l'équipe dirigée par le bourru capitaine Kang Dong-Cheol(Park Sung-Woong). Le plus troublant, c'est que l'enquête qu'il menait en 2018 semble trouver sa source en 1988. Les questions à se poser sont multiples : rêve-t-il ? Est-il mort ? Est-il dans le coma ? Ou bien encore est-ce le purgatoire qui le teste ?


L'année 1988, année symbolique pour les coréens, nostalgique pour certains d'entre nous. Mais pour Tae-Joo, ce n'est pas seulement un retour dans un passé qu'il avait connu enfant. C'est aussi un moyen de guérir les blessures du passé, et de constater par lui-même les méthodes de travail d'un monde révolu, où les officiers de police obtenaient souvent des réponses façon "Bud Spencer et Terence Hill". Ainsi, le commissariat de cette époque utilise encore les méthodes de la dictature : de la brutalité, des procédures faites à l'arrache, de la fabrication de preuves, etc. Mais attention, dans Life on Mars, la dictature est juste un prétexte pour planter le décor. Dans le drama, on expose les faits historiques, on ne porte pas de jugements. C'est Tae-Joo qui fait office de tampon. Et puis, derrière cette rudesse, nous allons faire surtout connaissance avec une équipe solidaire, incorruptible, qui malgré tout essaye de faire son boulot le mieux possible, et qui se montrera sans pitié contre les ordures. C'est là que la série est intéressante : elle ne dit pas que le passé était meilleur ou pire, mais qu'il existait une humanité différente. La partie psychologique est fondamentale si on veut totalement s'immerger dans l'histoire. En 1988, Tae-Joo retrouve progressivement quelque chose qu'il avait perdu en 2018 : une équipe, une famille, une appartenance et surtout une ambiance de travail.


Le scénario nous propose plusieurs pistes, dont la plus évidente : le héros est plongé dans une réalité alternative et son esprit reconstruis les bribes de son passé. Car en 1988, il s'est passé quelque chose de dramatique que son subconscient a fini par occulter, avant de le reconstruire comme une barrière psychique. Il en profitera pour faire la paix avec lui-même. On est toujours à la recherche de la vérité, pour essayer de comprendre si la situation dans laquelle il se trouve est la réalité, une dimension parallèle ou un espace entre la conscience et l'inconscience. Le drama soulève malgré tout aussi des questions métaphysiques, telles que : "Qu'est-ce qui définit la réalité ?" "Dans quel monde évolue Tae-Joo ?" Des souvenirs refont surface, les traumatismes de son enfance vont voler en éclats, la frontière entre imagination et réalité s'efface au fur et à mesure. Son esprit vagabond va l'aider à se reconstruire, et l'aide de ses nouveaux amis lui sera bénéfique. Si l'enquête principale suit le tueur en série (dont on se demande si celui de 2018 n'est pas un copycat), divers cas exposeront des problématiques liées à l'époque. L'épisode 7, relatif à la prise d'otages, mettra ainsi en perspective les lois et la justice abusive de la dictature face à des hommes désespérés. Un épisode très dramatique et poignant.


Pourquoi Life on Mars est une réussite et a bien vieilli ? Tout d'abord, le fait d'être en 1988 rend la série intemporelle. Pour une série de 2018, j'ai été bluffé : la réalisation est superbe, la mise en scène efficace et prenante, le rythme est bien dosé. Mais qu'est-ce qui distingue un polar d'un autre ? Ici, on est scotché par l'atmosphère et le ton employé. Oui, il y a des moments durs et tragiques, mais la grande réussite du drama coréen est d'avoir su transposer l'humour britannique à celui propre à la Corée : dans de rares occasions, on va rire, notamment par l'intermédiaire du capitaine, autant bagarreur que déconneur, et qui jure dans chacune de ses phrases. Les disputes entre nos policiers et les réactions excessives sont le prélude à des barres de rire, et par moments, ça fait du bien. Notre team fonctionne comme une famille dysfonctionnelle et les comédiens sont très bons : Yong-Ki(Oh Dae-Hwan) est une tête brûlée qui réfléchit plus avec ses poings ; le jeune Nam-Sik(Ro Jong-Hyun) est un bleu qui est moins bête qu'il en a l'air ; et enfin, Na-Young(sublime Ko Ah-Sung) n'est pas là que pour faire la vaisselle et servir les cafés. Là aussi, le drama dénonce le statut de la femme policière à cette époque, mais de manière subtile et bienveillante. Grâce à Tae-Joo, pour qui elle a un crush, elle s'affranchira de ce monde de misogynes pour intégrer pleinement la team.


Life on Mars est un must du genre, sombre et palpitant. Il réussit à mélanger polar et thriller, mais il propose aussi des angles de discussion et de réflexion dont il appartient à chacun de tirer sa propre conclusion. La musique apporte la touche rétro nécessaire sans excès, notamment avec le fameux titre de David Bowie, dont le drama porte le nom, et qui rend hommage à l'œuvre originale vers la fin. Mon bémol irait sur les ST générés par un robot pas très au point. L'attitude de Han Tae-Joo est aussi discutable car, au moment de son choix final, il semblait avoir tout pour être heureux. Le choix de son propre bonheur lui appartient. Sa décision peut sembler irrationnelle, mais nous a-t-on vraiment montré la réalité, ou bien l'endroit où l'action se déroule était-il juste une chimère ? La partie psychologique est importante dans Life on Mars, car elle nous propose sur le fond un choix de vie. La série privilégie le plus souvent l'émotion et le symbolisme au réalisme, ce qui n'est pas plus mal. L'immersion s'en trouve plus facilement apprivoisée. Ce polar atypique nous invite à un voyage au cœur de la psyché. Mon coup de cœur va au duo Jung Kyoung-Ho / Park Sung-Woong, en synergie du début à la fin.


Main Theme: David Bowie - Life On Mars?

Paroles originales et traduction

Additionnel OST: Patrick Joseph -Agnes

Additionnel OST: Shin Haegyeong - Where are you

Créée

le 14 juil. 2026

Critique lue 45 fois

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