Faut-il être gay pour apprécier LOOKING saison 1, 2 et le "film" (2013-2016) ? ou bien une femme – souvent plus ouvertes d’esprit ? Si l’on s’en tient à ce que pensent beaucoup d'hommes hétéros - mais pas tous heureusement, les séries « gays » c’est pour les « p… » et elles ne peuvent donc en aucun cas les intéresser, les émouvoir, les interpeller ou leur donner à réfléchir… comme si le fait d’avoir une sexualité différente fermait pour toujours une forme de curiosité bienveillante et non moralisatrice et obtuse cachant une phobie latente . Ou est donc l'ouverture d'esprit ?
Et bien, si moi j’avais cette philosophie des choses, que ce soit dans des domaines aussi divers que le cinoche , la musique, l’art en général et les gens que je côtoie au quotidien, je peux vous dire que ma bibliothèque ne contiendrait aucune œuvre d’auteur « hétérosexuel » ou supposé, ma discothèque ne se composerait que de disques de groupes, chanteurs, artistes gays ou assimilés… que je détesterais Mozart parce qu’il est hétéro, que je m’extasierais uniquement sur les peintures d’un Michel-Ange… et que je ne sortirais plus de chez moi de peur de croiser un truc appelé hétérosexuel.
Les gays étant des « garçons sensibles » ceux-ci peuvent sans doute apprécier une bluette hétéro (littéraire ou cinématographique) oui, mais ils peuvent aussi s’émouvoir et s’intéresser à des situations, des personnages ou des sujets où il n’y pas le moindre homo à l’horizon ou le moindre sous-entendu gay (prenons un exemple "extrême": un manga japonais façon "Le Vent se lève")
Même aujourd’hui il est difficile de briser les cases dans lesquelles on range les personnes (il y a les blancs, les noirs, les croyants, les athées, les mecs, les nanas, les « beaux », les « moches » et la liste est encore très longue) comme les formes d’expression artistique : il y a le cinéma populaire, comme la musique populaire, le théâtre expérimental ou de boulevard, la contre-culture, la sous-culture, celle de la rue, celle des salons, les films de genre (polar, horreur etc.) bref des cases à n’en plus finir… j’en viens donc aux séries : c’est la même chose, cataloguer LOOKING comme une série gay est très réducteur. Gay a presque le sens « de seconde zone » ou bien « sous »-culture comme il y a des sous genres.
OUI la série dépeint la vie de trois homos dans le San Francisco des années 2010 : c’est vrai ça fait cliché dit comme ça . San Francisco et pourquoi pas un village dans l’Arkansas ? car il s’agit d’une réalité socio-culturelle c’est tout, il y a des homos partout mais plus encore dans certaines zones des USA.
Après ce qu’il faut voir c’est la qualité intrinsèque du show : il y a du bon (certains moments de grâce entre les personnages : une justesse de ton, lorsqu'on parle simplement d’amour ou d’amitié ou bien lorsqu’on se tient côte à côte pour admirer l’horizon…) des choses de la vie quoi … du moins bon : quelques clichés (le quadra moustachu oui pourquoi pas, mais…), des facilités : mon boss est bogoss et il est p… comme moi ! (justifiable pour les rebondissements scénaristiques) même si ceux-ci ne sont pas toujours très excitants : on reste ensemble ou l’on se quitte, je t’aime… moi non plus etc. Ce qui fait passer la pilule c’est la durée des épisodes (26 à 28 minutes), cela évite les lourdeurs et justement gomme un peu certaines facilités de scénario.
L’ambition de LOOKING : est-ce à donner au monde une vision « light » des gays ? je ne crois pas, juste une vision plus juste. Un homo de la Creuse peut-il s’identifier à un jeune californien concepteur de jeux vidéos ? Moi je dis OUI : il suffit que les épisodes soient bien écrits et joués, ce qui est en général le cas dans LOOKING.
Les sentiments, les aspirations des personnages à se trouver une place sont des sujets universels et tant pis pour la toile de fond. Même un mec hétéro peut trouver dans cette série quelque intérêt – je passe sur les scènes intimes – s’il aspire comme un chacun à l’amour, à la reconnaissance de sa famille, à la dignité d’être un humain comme tous les autres (bref les cases et les étiquettes, à la poubelle). Mais, soit dit en passant, on peut être gay et détester LOOKING.
Comme Queer as Folk, qui en son temps - dans un mode plus « cliché » et trash - ouvrait la voie vers l’acceptation de l’autre, des autres, des autres mode de vie… Looking - série trop courte tuée dans l’œuf - sous ses airs de petite chose pour public ciblé, distille quelques leçons de vie essentielles et poursuit dans la voie tracée par les séries dites "gays" ou "assimilées" du petit écran. Séries qui bousculent avec plus ou moins de bonheur l'uniformité (d'être ou de penser) dans laquelle on voudrait nous noyer.
LOOKING a aussi le mérite d'exister.


LOOKING le film - 2016, est en fait un long épisode de 81 minutes - presque pas assez long - pour conclure une série qui n'aura pas trouvé son public. On a l'impression que c'est justement dans la saison 2 et au moment de ce "film" que la série commençait à prendre son envol... personnages plus riches et attachants, mais le problème c'est que l'on sent que le projet manque d'ambition scénaristique ou plutôt les épisodes sont prisonniers de la limite du cadre imposé: des tranches de vie dans un San Fransisco presque fantasmé. Ce dernier opus voit à la fois des personnages avancer dans leur vie (mariage en perspective pour les uns, vie commune pour d'autres) mais le personnage principal qui revient dans sa ville après huit mois d'absence semble ne pas être totalement en phase avec lui-même mais un gain de maturité et la chute de certaines inhibitions permettront de faire le ménage autour de lui et finalement, après avoir cherché, il trouvera ou retrouvera la personne qui a toujours comptée.
Même si on pouvait espérer une conclusion plus "explosive" en terme d'histoire, Looking s'achève avec quelques frémissements émotionnels - par le jeu excellent de certains acteurs - qui nous apaisent et nous laissent un peu mélancoliques lorsque la caméra s'éloigne de la vitrine d'un diner et contemple dans la nuit du quartier de Castro, nos personnages face à leur destin...

nate6691
7
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le 5 janv. 2017

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