Qu'on le veuille ou non, qu'on aime ou pas la série, on ne peut nier que Lost a été un événement majeur du petit écran, une série mythique, autant grâce à ses qualités que ses défauts. Plus que ça, elle est devenu un phénomène de pop culture au même titre que Twin Peaks en son temps.
Se replonger dans Lost en 2025, c'est faire un bond dans le temps. Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, une époque où les séries faisaient 24 épisodes par saisons, une époque où Netflix n'existait pas encore, le téléchargement illégal était encore un problème marginal et on se ruait devant sa télé le samedi soir pour voir la suite des aventures des naufragés du vol Oceanic 815 : presque un monde parallèle aujourd'hui.
Lost, c'est aussi une certaine conception de l'écriture d'une série. Une idée de base très terre à terre, remaniée par ce petit génie roublard de J.J Abrams qui y incorpore quelques éléments surnaturels, des bases posées dès le début de la série comme autant d'éléments potentiels avec lesquels les scénaristes pourront jouer, des personnages fort qui sont le cœur même de la série et que les scénaristes développeront longuement à travers des flashbacks et des sous textes sur la religion, le sens de la vie ou le destin... en fait, l'île de Lost est un immense bac à sable. Les Autres, la présence d'un ours polaire, la fumée noire, le bunker... les scénaristes n'ont aucune idée de ce qu'ils signifient vraiment au début de la série, ils improviseront au fur et à mesure et relieront toutes ces idées pour former une mythologie riche et passionnante. Lost est un superbe exercice d'équilibriste et d'écriture.
Il est aussi assez incroyable de voir à quel point la série réussit à proposer une galerie de personnages sans aucun maillon faible. Les scénaristes parviendront à rendre le moindre personnage secondaire tout aussi intéressant que les autres. A ce titre, le meilleur d'entre eux ce n'est ni Jack, ni Kate, Ni Sawyer mais bien Benjamin Linus, incarné par l'excellent Michael Emerson (qui confirmera ensuite son immense talent d'acteur), l'enfoiré le plus complexe et ambiguë de l'univers des séries télé, un type insaisissable, jamais totalement bon, ni mauvais, qui a toujours un coup d'avance, toujours un as dans sa manche et qui poursuivra toujours ses propres buts. Linus est probablement l'un des meilleurs personnage jamais inventé dans une série.
Et puis, à l'heure où l'on ne cesse de voir du wokisme partout, je ne peux que me demander comment Lost aurait été reçue aujourd'hui, avec un personnage handicapé, un gros, un arabe, des blacks, des asiatiques... ça devrait faire réfléchir certains sur les bêtises qu'ils peuvent balancer (mais on sait bien que réfléchir, ce n'est pas trop leur truc).
Durant 6 saisons, Lost proposera des mystères qui tiendront en haleine des millions de téléspectateurs, qui echafaudront leur propres theories; elle enchaînera les morts marquantes et les retournements de zinzin (le final de la saison 3 et son flashforward, ce coup de maître).
Enfin, il faut qu'on parle de sa conclusion. Je crois qu'aucune fin de série au monde n'a déchaînée autant de passions que celle de Lost. C'est légitime dans un sens, ça va de pair avec le succès de la série et les attentes qu'elle suscitait. Il faut quand même se dire que 15 ans plus tard, le final de la série divise toujours les fans. Mais j'ai entendu tellement tout et n'importe quoi à ce sujet que je me sens obligé de rétablir quelques vérités et de défendre cette fin.
NON, contrairement à ce que certaines mauvaises langues prétendent, les scénaristes n'ont pas menti en prétendant que les naufragés n'étaient pas mort et dans un purgatoire. Si effectivement les personnages sont morts à la fin, ils le sont de causes naturelles, pendant ou après leur séjour sur l'île et ça n'invalide en rien ce qui leur est arrivé durant toute la série. C'est expliqué par Christian Shepard à son fils, si vous êtes trop cons pour le comprendre, ce n'est pas la faute des scénariste.
On pourrait aussi être induit en erreur par les propos de Richard Alpert au milieu de la dernière saison, qui dit à Jack qu'ils sont tous morts et en enfer. Mais l'épisode 9, centré sur le personnage de Richard, nous fait comprendre qu'en réalité, Richard a été induit en erreur par le frère de Jacob et par sa foi.
Cependant, la déception causée par le final est compréhensible. En réalité, pour la comprendre et l'accepter, il faut déjà admettre que conclure un récit qui à commencé 120 épisodes plus tôt n'est pas une chose aisée. Citez moi les séries aussi longues qui ont su proposer une fin convenable? Prenez Battlestar Galactica (pour prendre un exemple qui se situe peu ou prou à la même époque), c'est 3 saisons formidable, qui comme Lost a proposé deux niveaux de lecture, puis une dernière saison un peu nawak et un final tout pourri. Allez y, fouillez dans vos mémoires et trouvez moi des séries aussi longues qui ont réussi leur fin, vous allez les compter sur les doigts d'une main. En fait, les scénaristes ont fait un choix à la fois malin, très personnel et très émouvant : cette fin, c'est une façon un peu méta de dire au revoir aux personnages dont ils ont présidé la destinée 5 ans plus tôt, comme c'est une façon pour les acteurs de leur dire adieu, c'est une réunion de famille, une réunion d'adieu. Alors oui, on peut trouver ça décevant mais la série a répondu à la plupart des questions qui restaient en suspens. On aurait peut être aimé savoir comment les survivants quittent l'île, ce qui leur arrive après, ce qu'a fait Hugo en tant que successeur de Jacob... Oui, il y avait peut être mieux à faire, une autre façon de conclure mais plutôt que d'essayer de contenter tout le monde (et d'échouer probablement), les scénaristes ont préféré l'angle de l'émotion et cette fin en vaut bien d'autres. Ça me va à moi.
(A noter qu'il existe quand même un épisode spécial de 12 minutes intitulé "A New Man in Charge" qui sert d'épilogue et qui n'est dispo que dans les bonus des coffrets DVD de la série).
A l'heure où l'on parle d'un possible remake, force est de constater que Lost n'a pas vieilli et se déguste comme un bon vin. Mieux, elle pourrait servir de plaidoyer pour un retour au format de 24 épisodes quand on voit à quel point la plupart des séries aujourd'hui sont incapable de développer leurs personnages correctement. Vous emmerdez pas à faire un remake les gars, la série reste toujours très regardable.