L'amour n'était pas que sous le pantalon

Enfin, enfin ! Voilà la première réaction que j'ai eue en sortant de cette comédie sentimentale rafraîchissante et moderne, à la fois drôle et sérieuse juste quand il le fallait ! Je désespérais des rom-coms coréennes de 2026, plus débiles et futiles les unes que les autres. Il n'y a que sur les plateformes OTT coréennes, dont TVING est le leader, qu'on peut encore espérer ce genre de petite pépite qui réunit toutes les générations et fait tomber tous les préjugés sans aucun jugement de valeur, comme d'autres font tomber leur slip (et ici, c'est de circonstance). Je suis venu pour le sujet (oui, j'aime le bricolage) et pour Nam Ji-Hyun. Comme pour Lee Dong-Wook, j'ai changé d'avis sur Kim Jae-Young. Après le nanar Le Miroir aux idoles, il revient ici dans un beau rôle qui lui va comme un gant. Make Me Tingle est un drama avant tout bienveillant, qui donne aussi matière à réflexion sur la façon de concevoir le couple sous toutes ses coutures, son propre couple, et les relations familiales qui en découlent. Si la femme est au centre du débat, les hommes au soutien deviennent des piliers essentiels qui les poussent à donner le meilleur d'eux-mêmes. La série se paye le luxe de ne jamais être graveleuse, et c'est un tour de force appréciable. À voir sans concession !


C'est une histoire originale qui nous attend : Gong Yeon-Su(Nam Ji-Hyun) est la petite-fille d'une famille traditionaliste et bourgeoise, tout droit sortie de l'aristocratie de Joseon. Enfin bon, c'est surtout l'image que veut donner le patriarche, Gong Hyun-Dong(Jeon Kuk-Hwan). C'est une famille essentiellement composée de femmes dont je vous laisserai faire la découverte. Mais c'est surtout une famille formidable (j'ai demandé à être adopté, j'attends la réponse). Yeon-Su approche la trentaine et a été élevée à l'ancienne : elle est donc vierge (pas de sexe avant le mariage). Mais sa vie va être chamboulée par sa rencontre avec Dokgo Dal(Kim Jae-Young), un chef d'entreprise volage qui ne croit pas en l'amour, mais uniquement aux aventures sans lendemain. De plus, son image reste collée à l'étiquette de sa société, spécialisée dans les... sextoys ! Responsable marketing d'une agence de publicité, Yeon-Su devra donc travailler avec Dal et faire connaissance avec un monde qui lui est totalement inconnu. Entre modernisme et tradition, ce sont des conceptions de l'amour et du sexe qui vont s'opposer. Sans compter les amis et les familles qui, eux aussi, ont leurs petits secrets bien gardés.


La première chose que je garde à l'esprit, c'est que Make Me Tingle est une vraie bouffée d'air frais sans prise de tête. On est tout de suite emporté, avec une envie coupable d'enchaîner les épisodes. Le drama annonce la couleur d'entrée de jeu : on parle d'amour, de sexe, du corps et d'émancipation avec une légèreté et une modernité super rafraîchissantes. C'est sans filtre et sans tabou. Le coup de génie, c'est de réussir à faire marrer dès le début avec des quiproquos de boulevard tout en touchant à des sujets de société hyper importants. Et surtout, zéro ton moralisateur ou leçon de morale : on aborde la gravité des choses avec le bon dosage d'humour et une distance de sécurité bien ajustée. Autre point que j'ai apprécié : plutôt que d'opposer bêtement les vieux et les jeunes, la série réussit l'exploit de tout faire cohabiter, les traditions et les rites d'un côté, la modernité et la frivolité de l'autre. Le personnage du grand-père est une merveille : il fait son bourru et son vieux jeu pour la forme, mais au fond, c'est un amour et un vrai roc pour la famille, totalement cerné et canalisé par ces femmes de caractère qui mènent la danse. Oui, tu vas rire, mais tu vas aussi verser ta petite larme par moments. On est pris dans la bourrasque et on ne décroche plus.


C'est tellement agréable d'avoir un drama qui zappe tous les clichés pénibles du genre. Pas de rivale hystérique ou malsaine, pas de second rôle masculin toxique qui vient casser le couple, et pas de "méchant" caricatural et inutile. Les seuls vrais obstacles, ce sont les petits traumatismes du passé, la peur d'ouvrir son cœur et les ratés de la vie. Résultat : pas de malice gratuite, tout se règle dans la discussion, l'écoute et une bienveillance qui fait un bien fou. Et à la toute fin, on aura un twist tombé du camion à propos du père de Dal, impossible à deviner : une super bonne trouvaille. Je tire mon chapeau au scénariste qui m'a ravi avec cette histoire à la fois simple et sincère. C'est remarquablement écrit, on boit du petit lait. Les comédiens s'en donnent à cœur joie et ça se sent : l'héroïne qui panique un peu face au grand amour, la jeune danseuse qui choisit sa carrière sans culpabiliser, et évidemment notre séducteur invétéré qui finit transformé en véritable canard complètement gaga, c'est un régal. Les histoires secondaires avec le petit frère de Yeon-Su (très touchant lui aussi) et celles des collègues sont là pour nous démontrer qu'il n'y a pas qu'une seule façon de concevoir l'amour. Il y a un vent de liberté et d'harmonie qui berce ce drama. Alors certains le trouveront surfait, trop beau pour être vrai... et alors ? De toute façon, si on commence à se poser des questions trop souvent, c'est signe que ce n'est pas bon (et là, je ne m'en suis jamais posé).


Ce drama parle aussi de faits sociétaux et sociaux autour de la place de la femme dans la Corée actuelle : working girl, femme libérée ou traditionnelle, celle qui concilie avec difficulté maternité et activité professionnelle. Le patriarcat y est démonté de façon drôle et intelligente : non, tous les hommes ne sont pas de sombres salauds, et ici on les met en valeur dans une vraie complémentarité. Même quand on pense que certains sont des phallocrates (le grand-père de Yeon-Su et le père de Dal), on a toujours la surprise du chef qui vient nous démontrer le contraire. Les deux tiers de la série sont un régal, avec une petite baisse de régime vers la fin car on était parti sur des chapeaux de roue. Mais c'est vite oublié et je ne m'en tiens pas rigueur. Avec une mise en scène exemplaire et un très bon OST (Paul Blanco oblige), le voyage entre Séoul et Busan est agréable et propice à l'amour. Enfin des gens qui font l'amour déshabillés ! L'inversion des rôles entre Yeon-Su et Dal vaut son pesant de cacahuètes à un moment : l'oiseau s'est émancipé du cocon familial, et une femme libre de corps et d'esprit naît enfin. Si Nam Ji-Hyun apporte toute la candeur du début à son personnage, Kim Jae-Young est le mec cool sur qui tu peux t'appuyer en toute confiance. Mention spéciale à la tante Mi-Young, interprétée magnifiquement par Jeong In-Ji, qu'on avait vue dans Pachinko.


La conclusion aura la sagesse et l'intelligence de nous épargner un mariage débile et convenu : on reste fidèle à l'esprit du drama jusqu'au bout. À la place, on a une fin beaucoup plus mature et moderne, axée sur l'apaisement de la famille et l'engagement sincère. On boucle ces 10 épisodes avec une sensation de sérénité totale, le sourire aux lèvres, avec l'impression d'avoir suivi de vrais êtres humains qui vivent leurs émotions, leur amour et leur vision du couple à leur manière. C'est la tendresse au bout du chemin. Make Me Tingle ne fait jamais la leçon, ne tire jamais de conclusions hâtives et ne porte aucun jugement de valeur. Il s'applique à respecter une seule maxime : démonter les préjugés, s'accepter comme nous sommes et accepter les autres comme ils sont. Oui, j'ai vibré, j'ai aimé cette série parce qu'elle s'adresse au plus grand nombre. Faire coexister la conception moderne du couple avec la tradition familiale, c'est possible : pourquoi détruire un monde pour en imposer un autre alors qu'avec de la bienveillance, de la tolérance et beaucoup d'amour, on peut déplacer des montagnes ? C'est peut-être une chimère, mais au moins j'ai pris mon pied tout au long du récit, et ça a suffi à mon petit bonheur égoïste. A méditer : " Après tout, l'amour c'est comme un vibro : ça te déclenche une extase quand tu ne t'y attends pas !" (K.K.)


Main Theme : Kassy - Love is life

Additionnel OST 1 : Paul Blanco - Counting

Additionnel OST 2 : Sondia – Starlight

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