Ouais, la vie est putain d'injuste !
Quasiment 20 ans plus tard les planètes s'alignent de façon assez rare pour que le même réalisateur et quasiment l'entièreté du casting de Malcolm in the Middle décident de se réunir pour donner une suite à une génération qui a grandi bercé par le chaos, l'humour, l'absurde mais surtout une représentation sociale qui manquait cruellement dans le paysage télévisuel de l'époque et qui a enfin prit vie grâce à Malcolm.
On n’en était surement pas autant conscient à l'époque, en rentrant de l'école et en se pressant pour jeter notre sac à dos sur le bas-côté, pour empoigner la télécommande de façon frénétique et retrouver les péripéties de cette famille déjanté. Malcom était une échappatoire... une échappatoire à une société où tout était bien rangé, contrôlé et politiquement correct. Une société où la classe populaire est totalement invisibilisée et aucunement mise en lumière ou valorisé. Ils servent, ils assistent, ils aident, ils portent mais surtout que Dieu nous garde qu’ils puissent être vus, mis en lumière, existants, outre que pour faire partie du décor. Que Dieu nous protège du jour où ils prendront de la place, crieront, feront entendre leur voix, seront vu, admirer et acclamer par la foule. Malcom, nous donne exactement cela avec un programme jouissif et sensationnel. La force pure de cette série réside dans le fait qu'elle ne s'est jamais jeté dans le pathos ou la pitié. Elle a embrassé le parti prit du normal, car c'est le quotidien d'une majorité et a su lui donner une scène pour le rendre sublime et grandiose. Pour ne pas en avoir honte mais le rendre mythique. Elle a rendu sa superbe et représenté une population oublié et invisibilisé. Tout en leur donnant l'opportunité d'exploser les barrières et cases dans lesquelles on voulaient les contenir. Elle n'a pas rendu ça beau ou socialement acceptable mais elle s'est nourrie de l'anarchie pour en faire de l'art.
Elle nous a donnée des personnages incroyables comme Lois et Hal qui ont enfin incarnés une réalité, bien trop peu capturé. Rien de glamour n'en ressortait. Le rôle de la femme dans cette famille composé que d'hommes, ou de jeunes garçons, est enfin mit en lumière et non pour en complimenter les traits mais justement pour en tangibiliser les enjeux, la charge mentale, l'expérience bien souvent sous-estimé. Je n'utiliserai pas le terme "dénoncer" car Malcolm ne se veut aucunement moralisateur, il montre juste une vérité, des trajectoires, un modèle. Le fait même de mettre tout cela en scène questionne par sa seule présence, sans besoin d'en faire une satire sociale alambiqué. Car parfois laisser parler de lui-même le sujet, que le système à tendance à étouffer, est bien plus puissant que n’importe quel argument intelligent et Malcolm l'a très bien intégré. Il ne critique pas frontalement il laisse de la place. Quant à Hal, tendre, sensible et totalement à côté de la plaque, Hal. On ne peut que l'aimer c'est inévitable. En dépit du fait qu'il porte aussi bien en lui la déconstruction masculine, que ses travers. Il est le pendant de Lois en tout point et là où on pourrait assister à une confrontation, à une déchirure, quelque chose de sublime en ressort, le dévouement. C'est un programme dont tous les axes qu'il mets en lumière, qui jusqu'à présent faisaient parties du tacite, pourraient être discuter et analyser pendant des heures.
Alors merci Malcom in the Middle !
Pour le reste, j'ai peu de mots. Quand vous comprenez les enjeux de la série d'origine, il vous est impossible de vous réjouir pour se reboot. Même le fait de revoir les acteurs, réunis, est plus un crève-cœur qu'autre chose. Car ils ont acceptés de participer à cette atrocité, disons-le clairement ! Ceux qui ont donnés vie à des personnages aussi mémorables se sont fait broyés finalement par le système lui-même. Drôle de fin quand on y pense...
Hulu et Disney ont décharné un concept, un propos, une incarnation générationnelle pour nous servir une suite... si on peut même appeler cela de la sorte, misérable. Le scénario est vide, le propos tout autant. Rien et quand je dis rien, ce n’est rien, de ce qui animait la série d'origine n'existe désormais. La famille s'est fait avaler par le vide intersidéral du capitalisme et de la bourgeoisie gentillette pour éradiquer tout sursaut de révolution, de colère et de passion qui étaient le cœur même de cette émission.
Peut-être me dirais-vos que je vais trop loin. Mais en prenant ce genre de série et en la déformant, l'étriquant de la sorte. La vidant de toute son essence pour en restituer une coquille vide, à l'image lisse et remplie de balivernes. Ils essayent de vous atteindre et d'éteindre le soupçon de rébéllion qu'elle aurait pu semer en vous.
Alors ne vous laissez pas avoir par ce semblant de comédie : RESISTEZ !