C’est Mulan qui m’a guidée vers Meet Yourself. Plus exactement, son actrice, Liu Yifei. J’avoue avoir eu un léger décrochage autour du dixième épisode, car l’histoire n’avance pas à un rythme effréné. Ici, on prend son temps, et la caméra s’installe au milieu de tous ces personnages. Elle les regarde vivre, s’angoisser, réfléchir, s’énerver, construire, discuter, se rapprocher, se retrouver… et parfois se trouver.
La caméra filme cette région du Yunnan avec beaucoup de beauté, et l’Office du tourisme chinois n’aura sans doute pas besoin de s’activer beaucoup pour promouvoir ce très beau village. Oui, il y a parfois un petit côté bobo qui peut agacer, mais ce n’est pas vraiment gênant. Et je préfère cela au côté bling-bling de certaines séries coréennes ou chinoises. Cela m’a reposé les yeux… et l’âme aussi.
L’histoire est très simple et vous parlera peut-être comme elle m’a parlé. Après la disparition brutale de sa meilleure amie, Xu Hongdou décide de quitter son travail et Pékin pour s’installer quelque temps dans un petit village du Yunnan. Là, le temps semble soudain ralentir : les repas se partagent, les conversations s’étirent, les paysages imposent leur calme. Peu à peu, la série installe une atmosphère douce et apaisante, presque contemplative.
Ce qui frappe d’abord, c’est cette volonté de montrer la vie quotidienne dans sa simplicité : les habitants du village, les voyageurs de passage, les projets modestes qui se construisent patiemment. La relation entre Xu Hongdou et Xie Zhiyao se développe avec délicatesse, sans précipitation, comme si elle devait suivre le rythme même de ce lieu où tout semble prendre son temps.
Leur romance se construit avec une simplicité très agréable. Entre eux, pas de faux-semblants ni de détours inutiles : deux adultes qui apprennent à se connaître, avancent avec prudence, hésitent parfois, mais se parlent avec franchise. Cette relation sans chichis donne à la série une douceur et une sincérité particulièrement touchantes.
La série esquisse aussi une belle galerie de personnages secondaires. On croise des femmes en quête de sens, des artistes discrets, des habitants profondément attachés à leur terre. Parmi eux, c’est probablement le jeune frère de Xie Zhiyao, sculpteur timide et discret, qui m’a le plus touchée. Il grandit dans l’ombre d’un frère aîné protecteur et bienveillant, mais dont l’aura peut être étouffante. Si l’un brille, dirige et parle, l’autre se tait, se cache et construit silencieusement.
La sculpture sur bois exige lenteur et patience ; elle marque la matière dans le temps, comme une présence discrète mais durable. Shi Peng Yuan, qui n’avait que 17 ans lors du tournage, montre déjà une grande sensibilité. J’aurais aimé que son histoire, comme celles d’autres personnages secondaires, soit davantage développée.
Et puis il y a toutes ces petites mamies du village, adorables, toujours à l’affût de ce qui se passe autour d’elles. Leur présence donne au village une chaleur particulière, comme si elles en étaient la mémoire et la respiration quotidienne.
Car c’est peut-être là que la série laisse une légère frustration. Avec quarante épisodes, elle aurait largement eu le temps d’approfondir plusieurs trajectoires. Beaucoup d’histoires apparaissent, promettent quelque chose, puis restent finalement à l’état d’esquisse. Le récit se concentre surtout sur le couple principal et sur le projet de développement touristique du village, laissant parfois dans l’ombre des personnages pourtant très attachants.
Cela n’enlève rien à la délicatesse de l’ensemble : Meet Yourself reste une série chaleureuse, pleine de bienveillance et de douceur. Mais on ne peut s’empêcher de penser que toute la richesse humaine qu’elle laisse entrevoir aurait pu donner naissance à un récit plus choral et plus ample. Dans ce village où tout semble prendre son temps, on comprend peu à peu que l’essentiel n’est peut-être pas ce que l’on cherche… mais les rencontres que l’on fait en chemin.
Une parenthèse douce et bienveillante, portée par de beaux personnages, mais dont la richesse humaine aurait mérité un récit un peu plus ample.