9
6 critiques
OUI : 100%
Pour le moment ( donc actuellement 7 épisodes de sortis ) c'est assez magique car cela faisait un moment que je n'avait pas accroché a un anime de la sorte, la ou j'était mitigé pour "One punch man"...
le 23 août 2016
Voir la série
En introduisant un personnage principal, appelons-le héros faute d’autres termes, surpuissant, bien au-dessus de la marge d’ennemis par Mob, notre susnommé héros, l'auteur ONE prend à revers les codes des mangas surnaturels traditionnels, un peu comme il l’avait déjà esquissé avec One Punch Man et sa parodie des mangas neketsu. Il n’y a qu’à présenter le “sensei” de Mob, un simple charlatan se servant de sa force pour exorciser des démons du dimanche et faire prospérer son petit business.
Une œuvre à double-tranchant : drôlement anecdotique, fondamentalement profond. On y suit les aventures d’un jeune lycéen qui ne veut pas utiliser ses pouvoirs de médiums (sauf cas extrêmes) afin d’exister pleinement sans eux. Il a beau être le plus puissant, il ne sait faire preuve d’empathie et est incapable de rire ou de paraître normal, donc sortir avec une fille ou suivre le mouvement. Son super pouvoir est donc vu comme un handicap, à l’inverse du shonen classique.
Chaque personnage secondaire existe par eux-mêmes, savent se montrer charismatique, mais ne servent finalement qu’à une seule chose : nous présenter un point de vue sur Mob. Ils sont des variations sur un même thème : la jalousie à l’égard d’un être surpuissant (ou quête de toute puissance). Dès lors, vu à travers les yeux de Mob, tous ces personnages semblent bien dérisoires, notamment grâce à des dialogues d’une crétinerie qui frôle le génie comique et satirique. Tout est proclamé avec une emphase délicieuse et une mise en scène outrancière mais néanmoins magnifique et intelligente. On reste dans le domaine de la parodie tout en, paradoxalement, respectant / magnifiant l’esthétique propre au genre. En faisant un petit virage de l’esprit, on pourrait presque rapprocher cette œuvre de celle d’Edgar Wright et sa trilogie Cornetto, ou encore même Scott Pilgrim.
Mob est un personnage troublé. À force de refouler ses pouvoirs, c’est aussi ses émotions qui passent à la trappe. Si bien que cet enfouissement à un prix, ou plutôt... un décompte. Un bilan mental de la psyché du sujet qui a été synthétisé sur une échelle exprimée en pourcentage. Quand celle-ci atteint la barre critique des “100”, le patient développe une émotion spécifique qui s’extériorisera par une “explosion” à même de détruire tout sur son passage. Une jolie métaphore du mal-être adolescent et de la rage qu’on peut ressentir à cet âge et qu’on voudrait bien faire déferler sur le monde pour qu’il prenne conscience de notre présence.
L'histoire est donc celle, détournée, de la psychanalyse de Mob. Freud n’a qu’à rentrer chez lui la queue entre les jambes, voici le nouveau remède de notre génération. Paradoxalement, les leçons auxquelles s’accrochent Mob, et par prolongement nous-mêmes spectateurs, sont celle de son escroc de mentor, lui qui n’a aucun scrupule à exploiter Shigeo, et qui semble pourtant si indispensable à son fragile équilibre mental.
Le plaisir de la série fonctionne aussi sur notre propre plaisir à projeter la merde dans laquelle, sans le savoir, les gens se mettent quand ils emmerdent Mob. On connaît sa surpuissance, donc on a hâte qu’il les punisse. Sauf qu’il ne fait jamais ce choix (sinon ça serait trop facile). C’est une forme d’ironique dramatique : nous en savons plus que ces adversaires et nous trépignons d’impatience à l’idée qu’ils se fassent recadrer par ce petit bout d’homme.
Comme One Punch Man, dont il partage l’auteur, Mob Psycho 100 interroge ce que qu’est une vie épanouie à travers un héros surpuissant mais insatisfait (de sa propre invulnérabilité). Néanmoins, contrairement à Saitama, Mob (Shigeo Kageyama) parvient à trouver un certain équilibre : il apprend à vivre avec ses pouvoirs sans s’y réduire. C’est-à-dire que Mob possède ce qu’on pourrait aisément nommer des pouvoirs psychiques quasi divins, mais son mentor, Reigen Arataka, escroc à la petite semelle anobli par sa rhétorique rappelant celle de Saul Goodman, lui enseigne qu’il ne doit jamais, au grand jamais, les utiliser contre des humains. Selon lui, si Mob abuse de ses pouvoirs, il pourrait se détruire lui-même. La menace est forte. On comprend un peu mieux l’attitude réfractaire de notre petit bonhomme. Toutefois, Mob sait qu’il peut faire confiance en son maître, même si celui-ci l’utilise pour sa propre petit affaire crapuleuse, il reste un homme bon qui aura su lui venir en aide quand il en avait le plus besoin : quelques épisodes de la saison 2 nous offrent un joli portrait (au sein de flashback) de leur « amitié » naissante. Au fond, Mob a toujours su qu’il n’était qu’une grande gueule, mais il a trouvé en lui un mentor non pas pour ses pouvoirs, mais pour sa capacité à lui procurer des conseils avisés. Ainsi, aussi moyennement accompagné, Mob veut apprendre à mener une vie normale. Pour ce faire, il réprime ses émotions – notamment la colère qui alimente ses pouvoirs – ce qui le rend inexorablement maladroit, mais sincèrement humain. Avec son humour, la série touche juste et permet d’éviter de tomber dans l’écueil des émotions pathos propre au genre. Il faut dire qu’elle s’amuse même à en détourner les codes avec brio et une parodie délicieuse.
Le piège du personnage principal, par exemple. La grand marotte du shonen pour adolescent se traduit par les antagonistes de la saison 1 du projet, incarnant avec satire l’inverse de Mob : Teru utilise ses pouvoirs pour dominer les autres ; Smile, avant de devenir une sorte d’allié, veut devenir l’égal d’un Dieu en dirigeant une secte. Chacun à sa manière se voient comme les « héros » de leur propre histoire, au centre du monde. Mais Mob rejette d’une pichenette cette illusion. A ses yeux, une vie facile basée simplement sur ses dons est totalement dénuée de sens, vide. Il préfère bravement travailler pour ce qu’il veut vraiment : se muscler par sa propre sueur, comprendre les autres (suivre le mouvement) ou devenir plus sociale afin de réussir à sortir avec son crush – une vie de lycéen on ne peut plus banal, en somme.
Suite à mon visionnage d’une vidéo de la chaine Wisecrack au sujet de cette série, j’ai découvert la philosophie d’un certain Edmund Burke, que le vidéaste relie plutôt finement avec le propos de Mob Psycho 100. Pour vulgariser, selon Burke, le « sublime » est l’expérience de se sentir petit face à quelque chose d’immense (une chaine de montagne, une tempête, l’univers, ou simplement les lasagnes de ta daronne). Face à cette majesté, l’égo aurait tendance à se briser et nous rappeler avec humilité et impartialité que nous ne sommes pas le centre du monde, loin de là. Le mec va même plus loin en disant que sans ce choc face à nos limites, l’humain pourrait aisément ou crédulement s’enfermer dans l’ennui, la mélancolie et la dépression, voire même une trop haute opinion qui viendrait dérégler son système interne, faire buger la matrice de son petit monde, si bien qu’il pourrait enfler jusqu’à le rapetisser et croire en sa propre grandeur. En clair, le bonheur naît de la confrontation devant nos limites, et nullement d’une quête de toute puissance absolue. Une petite claque assénée avec fermeté mais tendresse, comme un père, dans la nuque de tous les mangas de notre adolescence. Les membres de la Griffe (némésis de la S1) ont tous perdu cette humilité. Ils se croient mériter l’admiration grâce à leur pouvoir. Mais comme le montre la série, cela les rend vides et malheureux : leur identité ne repose que sur leurs dons. Si on leur enlève leurs capacités surnaturelles, ils ne sont que des caisses creuses.
L’exemple le plus marquant qui cristallise cette idée est le combat Mob vs Teru. En perdant contre Mob, Teru connait une humiliation écrasante en se faisant déshabiller, suspendre dans les airs et confronter à sa propre petitesse dans ce décors majestueux (pensez au Château dans le Ciel). Il ressent une terreur proche du « sublime » : l’humiliation et la peur le ramènent promptement à la réalité. « Je suppose… que je ne suis qu’une personne ordinaire, après tout. » Cette scène rappellerait presque, si on est prêt à une petite torsion d’interprétation, à certaines peintures romantiques (Zarathoustra, pour l’exemple), mettant en scène un homme face à l’ampleur de la nature.
D’une certaine façon, le club du culturisme que fréquente Mob est aussi un prolongement de la philosophie de Burke. Les garçons simples et sincères qui le forment ont tous comme point commun de penser que « surmonter les difficultés rend la vie plus belle. » Ils cherchent à améliorer leurs faiblesses, cultiver leur résilience, au lieu de simplement fuir l’effort, contrairement à l’arrogance des soldats de la Griffe.
Mob semble foncièrement humble. Or, lui aussi vit dans une sorte d’illusion : celle de croire que ses incommensurables pouvoirs l’obligent à devoir tout contrôler, être responsable de l’intégralité de ce qui se passe quand il perd le contrôle de ses pouvoirs. Dès lors, cela le pousse à farouchement réprimer ses émotions, de se fabriquer une coquille. En freinant ces sentiments, c’est-à-dire en se tournant le dos, cela le rend, paradoxalement et inévitablement, encore moins maître de lui-même. Reigen, en figure de mentor, aide donc son protégé à comprendre qu’il n’a pas besoin de porter le destin du monde seul : « Quand les choses tournent mal, c’est normal de fuir. » En lui disant qu’il a le droit d’être faible, Reigen lui fait vivre ce qui équivaut à une « sublimiation morale » : Mob comprend qu’il n’est pas un dieu, et qu’il peut let it go (fallait regarder Lost). Cette simple pensée lui permet de transmettre, dans un moment de plénitude totale, ses pouvoir à Reigen. Une passation qui a pour sens son évolution.
Pour conclure, je dirais que les deux œuvres de ONE, qui peuvent se voir comme un diptyque, posent harmonieusement la même question : Qu’est-ce qu’une vie heureuse quand on a tout ? La réponse, probablement naïf pour certain, car ces simples mots auront sans doute besoin d’être digéré ou vécu pour être pleinement mesuré serait : le bonheur ne vient pas de la facilité ni de la puissance, mais bien du travail, de la croissance personnelle et du fait d’accepter / reconnaître nos limites. Tout aussi bête que ça.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes SÉRIES - 2025 et Les meilleurs animes japonais
Créée
le 18 févr. 2026
Critique lue 13 fois
9
6 critiques
Pour le moment ( donc actuellement 7 épisodes de sortis ) c'est assez magique car cela faisait un moment que je n'avait pas accroché a un anime de la sorte, la ou j'était mitigé pour "One punch man"...
le 23 août 2016
9
881 critiques
La coqueluche de l'année passée, ONE, revient en force avec une nouvelle adaptation en anime d'une de ses oeuvres. Mob Psycho 100... Est-ce à la hauteur de One-Punch Man ? OUI! Mob est un jeune ado...
le 3 oct. 2016
5
1 critique
Il est toujours difficile d'évaluer une oeuvre à la lumière d'un genre, d'un archétype de production audiovisuel, de ce qui fait qu'elle répond à des codes et peut-être aussi à des attentes de la...
le 30 mars 2017
7
101 critiques
Séparé de son frère, Josh Safdie ne perd pas le nord et maintient son cap à vouloir toujours et encore filmer des paumés qui dream big et trop fort. Marty Supreme, c’est un script shooté à...
le 4 févr. 2026
8
101 critiques
Il y a des bandes dessinées qui racontent une histoire, et d'autres qui cherchent à jouer avec vos sens, à ouvrir une trappe sous vos pieds et vous faire goûter au vertige. Une Fête sans Fin...
le 9 juin 2026
8
101 critiques
Posons d’emblée les faits, The Drama va diviser. D’un côté, il y aura ceux qui se délectent de voir un couple aussi mythique battre de l’aile sur grand écran, qui apprécieront le plot et sa gestion...
le 2 avr. 2026
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème