J'avoue ne pas comprendre le statut d'œuvre culte qui persiste depuis plus de vingt ans autour de cet anime.
Je m'y étais déjà risqué au moment de sa sortie et j'avais très vite décroché. Vingt ans plus tard, l'occasion m'a été offerte de lui donner une seconde chance, mais force est de constater que mon ressenti reste le même. Je trouve ça juste creux, basique et chiant au possible.
Malgré tout, ce n'était pas comme si je ne lui reconnaissais pas quelques qualités, à ce Monster : le trait est loin d'être hideux, l'animation est soignée, quant à l'atmosphère, elle est indéniablement réfléchie.
D'un côté on a cette Allemagne des années 80 aux teintes sépia et de l'autre cette intrigue de vieux polar remobilisant pas mal d'archétypes du genre : de quoi jouer du charme des vieux classiques à l'ancienne et, franchement, pourquoi pas.
De fait, en jouant un peu le jeu, on peut réussir à excuser certaines lourdeurs narratives.
Oui, bon d'accord, les premiers épisodes surjouent quand même vachement le fait que seul notre bon docteur Tenma semble capable d'opérer quelqu'un sans le faire crever, tout comme ils surjouent aussi bien trop la cupidité et l'affairisme de futur beau-père ; de la même manière qu'ils semblent occulter de manière bien arrangeante l'existence d'un service de santé publique à cette époque-là en RFA.
Et que dire de la façon dont cet anime exagère la naïveté de ce bon docteur, ou bien encore celle qui consiste à nous suggérer qu'il risquerait la rue en cas de désobéissance ? (Alors que, bon, il n'y a pas qu'un hôpital en Allemagne, hein. S'il démissionne, il retrouvera du boulot, notre cher docteur. Surtout s'il est si doué...)
Sur tous ces points, Monster y va à la truelle, mais bon, d'un autre côté, on se dit que ça fait partie des codes du genre, voire de l'anime, et on essaye de se rassurer avec le générique d'introduction de chaque épisode ; un générique qui affiche un Tenma badass aux cheveux longs et qui laisse sous-entendre que, si les premiers épisodes surjouent la naïveté, c'est certainement pour mieux accentuer le contraste avec le futur Tenma bien bur(i)né.
Seulement voilà, des épisodes, il y en a 74, et force m'est de reconnaître que, sur la longueur, l'exercice s'est révélé bien déceptif.
Tenma enchaîne les désillusions comme un lapin de six semaines. Il ne cesse de se plaindre de la fatalité qui s'abat sur lui mais ne semble chercher à tirer aucune leçon de ce qui lui arrive...
Ta meuf te quitte parce que tu n'es plus un médecin en vue et drague dans l'instant ton rival ?! Mais Mazel Tov!, mon cher Kenzo ! Heureusement que ta belle a tombé le masque avant que tu ne l'épouses et que tu ne lui fasses un gosse ! Tu es jeune, beau et riche : t'inquiète, que tu vas t'en remettre ! Surtout au regard du niveau de saloperie qu'était ton ex !
À cela s'ajoute l'installation d'un faux rythme qui ne sait jamais quand s'attarder ni quand ellipser. D'un côté, les premiers épisodes s'étalent sur la vraie fausse déchéance de Temna, mais de l'autre ils ne jouent pas suffisamment la carte de la pression policière dont on parle longuement mais sans que l'étau ne se referme vraiment.
De même, d'un côté l'intrigue fait soudainement un bond de neuf ans (tout de même !) mais sans procéder pour autant aux changements radicaux auxquels appelle ce genre de pirouette narrative : tout le monde garde la même gueule, les situations n'ont pas bougé et la réunification de l'Allemagne est traitée en un échange d'une demi-douzaine de phrases. À se demander d'ailleurs pourquoi une ellipse aussi longue tant celle-ci peine à s'inscrire dans l'intrigue. Et c'est en grinçant des dents qu'on découvre que la seule raison tenait à la seule nécessité...
...de faire vieillir Johan et Nina. Un peu léger tout de même.
En fait, loin de dérouler et de changer de ton sur la longueur, ce Monster s'enlise au contraire, multipliant les moments de consternation face à la passivité, la naïveté et la bêtise de cette pauvre buse de Docteur Tenma.
Les moments sont tellement nombreux qu'il serait fastidieux de tous les lister. Mais combien de fois je me suis retrouvé face à une situation où j'avais envie d'hurler des consignes au personnage.
« Mais bouge, putain !
Et là, tire !
Mais non ! Pourquoi tu te casses ?
Et là pourquoi tu t'exposes ?! »
Cette série, à ce niveau, est un enfer. Et un enfer composé de plus de neuf cercles tant les problèmes narratifs s'accumulent à la longue.
Exemple de problème parmi tant d'autres : il y a des trous explicatifs assez sidérants dans cette intrigue. Des machins si énormes que, à plusieurs reprises, je me suis demandé si je n'avais pas loupé un épisode.
Par exemple, arrive à l'épisode 9, on se retrouve avec tout un flashback sur l'entraînement au tir dont à bénéficié Tenma. Cette aide lui a été apportée par un vétéran que l'inspecteur qui traque Tenma interroge. Comment Tenma connait ce vétéran ? Comment l'a-t-il trouvé ? Pourquoi le vétéran accepte ? On n'aura aucune réponse au cours de cet épisode, ni dans le suivant, ni dans celui qui suivra après... si bien qu'on se retrouve à devoir digérer cet arc-là sans savoir ce qu'il nous apprend vraiment du personnage de Tenma et de comment il évolue, à part cette seule information générique : « Tenma apprend à tirer ».
Mais le pire dans toute cette affaire, c'est qu'au bout du compte, on ne sait même pas où se positionne cet entrainement dans la chronologie des évènements ! Parce qu'à la fin de l'épisode 8, on voit déjà Tenma un revolver à la main. Où l'a-t-il obtenu ? De mémoire, on ne sait pas. Et vu que l'anime s'est risqué à un saut temporel de neuf ans sans rien en dire, doit-on comprendre que l'entraînement date de plus tôt qu'on l'imagine ? Sur ce point non plus, l'anime n'est pas du tout clair. Il nous laisse donc avec cette incertitude-là et préfère développer d'autres arcs plutôt que de clarifier la situation. C'est quand même très léger tout ça, surtout qu'il ne nous fera pas le coup qu'une fois.
Parce qu'en effet, dès l'épisode suivant : rebelote ! Tenma se retrouve à soigner l'auteur d'un acte terroriste dont tous les protagonistes parlent comme si on nous en avait déjà parlé, alors que non ! A-t-on loupé un épisode ? Non, c'est juste que l'épisode n'a pas jugé nécessaire de livrer toutes les informations nous permettant de vivre et de déduire les choses de la même manière que le personnage principal. Là encore, je trouve ça léger, pour ne pas dire franchement déficient d'un point de vue narratif.
Alors j'entends bien qu'on pourrait me rétorquer que c'est là un choix de narration, voire peut-être même tout simplement des petits oublis négligeables par rapport à l'œuvre originale. Mais là où, chez moi, c'est difficilement pardonnable, c'est qu'à côté de ça, l'essentiel de l'intrigue peine à produire de la résistance ou du mystère chez son spectateur, ce qui est quand même un comble pour un polar.
Tout se déroule comme sur un tapis roulant bien arrangeant. Tenma tombe toujours sur la personne qu'il faut au bon moment, cette personne lui explique toujours tout, tout de suite, via des tunnels de monologue ; tunnels de monologue face auxquels notre bon docteur fait toujours l'étonné alors que, techniquement, il aurait déjà dû comprendre ces choses depuis des lustres.
Je veux bien qu'on joue un peu des clichés, mais à un moment donné, quand l'intrigue ne repose plus que sur ça, ça devient clairement une insuffisance.
Pour ma part, c'est vraiment cette facilité qui vire à l'insuffisance qui a fini par avoir raison de moi. Et c'est avec l'épisode 13 que j'ai atteint ma limite.
Dans cet épisode-là, on n'en a vraiment plus rien à foutre de la cohérence ni de l'intérêt à donner aux péripéties. C'est juste open bar.
L’épisode commence dans un village de campagne random, histoire d’introduire de nouveaux personnages aux forceps. Qu’est-ce que Tenma fout-là ? Pourquoi il passe par là ? Où se rend-il et pourquoi ? On ne nous en dit rien. Osef, manifestement.
Bien sûr, Tenma va se mettre tout le monde dans la poche, d’abord en sauvant la vie d’un gars. On ne sait pas trop comment il a fait. Avec quoi à sa disposition ? Mais bon, c’est acté par le scénar : il a sauvé cet homme. Sa méthode ? Osef.
Du coup, Tenma suit la tournée du médecin, jusqu’à arriver à la porte de cette fameuse mamie qui n’ouvre plus jamais à personne. Tenma se risque à lui sortir trois phrases de fortune cookie et ça la convainc immédiatement d’ouvrir. Sa raison ? Osef.
Tenma ouvre la porte dans la seconde. La vieille est rabougrie dans son fauteuil à dix mètres. Comment a-t-elle fait pour ouvrir ? La physique : osef.
En trente secondes, Tenma grille qu’elle a un cancer au cerveau. Il fait une radio dans l’instant et – bim ! – il avait raison. Que foutait un bloc de radiographie en plein milieu d’un patelin de l’Allemagne profonde ? La vraisemblance : osef.
Et là, c’est parti. On lance l’opération – parce qu’il y a aussi un bloc opératoire chez ce petit médecin de campagne – et c’est à ce moment qu’un flic débarque pour arrêter Tenma ! La vie d’une patiente est en danger ? Osef. La patiente en question est pourtant la mère du flic (si si!) mais ce dernier persiste à vouloir arrêter Tenma en pleine opération ! Le gars ne ressortira qu’après avoir été poussé dehors par le médecin qui, après avoir étalé ses pattes sur l’uniforme plein de germes du policier, va retourner tout de suite opérer dans la foulée. La médecine, la biologie, l’humanité : tout ça, osef.
Et il faut qu’en plus de tout ça, l’épisode se finisse avec une apothéose d’inhumanité. Lors de l’épisode précédent, Tenma avait sauvé un enfant issu d’un orphelinat communiste d’enfants-guerriers s’entretuant tous (?) ; enfant qu’il avait cherché à abandonner au premier arrêt de bus venu (!). Eh bah rebelote à la fin de cet épisode ! Le médecin local a beau être un inconnu, Tenma cherche à nouveau à abandonner son boulet séance tenante, se barrant même sans lui dire au revoir !
Vous comprendrez dès lors sans mal – surtout vous qui avez lu la bande spoiler du paragraphe précédent – pourquoi je ne suis pas allé plus loin que l’épisode 13.
D’accord, ça me conduit à arrêter mon jugement avec moins d’un sixième de la série visionnée : j’entends. Mais – eh oh ! – à hauteur de 25 minutes l’épisode, ça veut aussi dire que j’ai quand même pris la peine de me bouffer plus de cinq heures de ce Monster ! Pour ma part, j’estime que – ça va ! – j’ai assez donné.
De toute façon, avec tout ce qu’a déjà osé faire cet anime en termes d'invraisemblance et d'insuffisance – et cela sur seulement treize épisodes – autant vous dire que, me concernant, le contrat tacite passé entre l'oeuvre et son spectateur est irrémédiablement rompu.
On aura beau me dire qu’il y a encore plein de retournements de situation auxquels je n’ai pas assisté dans cette série que ça ne changerait rien, tant je n’accorde plus aucun crédit à cette intrigue.
Et c’est con, parce que j’aurais pu me laisser séduire par cette proposition de vieux polar suranné, mais pour cela, encore aurait-il fallu que ce Monster sache jouer sa partition avec justesse et rigueur, ce qui n’a donc pas du tout fait.
Et pourtant, Monster est le succès qu’on sait.
Voilà bien le seul mystère que je trouve captivant, dans toute cette affaire.
D’ailleurs, je crois bien que je vais arrêter là ma diatribe et partir à l’aventure.
Au moment où j’écris ces lignes, il y a 90 critiques qui ont été postées sur ce site, dont l’immense majorité est élogieuse. Voilà qui risque de me passionner bien plus que ces 74 épisodes en forme de paliure…