Monster est de ces séries qui recquiert du spectateur une certaine maturité pour pouvoir l'apprécier. Non pas que l'oeuvre fasse preuve d'une violence graphique outrageuse, ce serait trop vulgaire au vu du reste qui est proposé, mais parce que la série brasse beaucoup de thèmatiques assez opaque sur la condition des hommes, en les abordant de manières frontales, mais laissant un flou général sur les réponses que l'on voudrait tant avoir. Oui, rien que ça. D'autant qu'il s'agit aussi de l'une de ces séries qui se laisse apprécier avec le temps. Pour la petite confidence, je pense n'avoir réellement commencé à apprécier pleinement la série qu'à partir du 30ème épisode (à peu près). Non pas que le visionnage des épisodes précédents fut un calvaire, très loin de là. Après tout, l'animation est extraordinairement bien maîtrisé, avec ce contraste de lumière tellement travaillé, les conceptions des personnage qui les rends tous mémorables, même pour les plus secondaires, le talent des Seiyuu qui incarnents tous parfaitement leur personnages à l'écran, et cette ambiance musicale qui apporte tantôt de l'apaisement, de la mélancholie et de la crainte parfaitement approprié aux situations dans lesquelles se retrouvent tous ces personnages. Mais si j'étais déjà amoureux de la plastique générale de la série, c'est plutôt sur le fond où j'avais un peu du mal à l'introduction. Monster prends son temps. Il prends le temps d'imposer son ambiance, ses personnages, souvent introduits de manière incongrues sans aucun rapport avec la trame principale (avant que tout ne soit ramené aux protagonistes bien entendus). Il prends parfois le temps aussi d'approfondir simplement un aspect de l'un ou l'autre des ces personnages. Bref, Monster n'est pas lent à proprement parler, mais demande au spectateur de la patience et de l'attention. Et finalement, tous ces efforts (le terme est sans doute exagéré) seront récompensés dés la seconde moitié du spectacle, où finalement toutes les bribes d'éléments scénaristiques, dont on ne pensait même plus qu'elles auraient encore de l'importance plus tard, vont parfaitement s'imbriquer dans le reste du récit, pour que le puzzle, dont les pièces étaient largement éparpillées dès le départ, se complète petit à petit.
Si je devais y apposer une critique un tant soit peu négative c'est sur des petits éléments qui surviennent au cours du récit qui donne une certaine lourdeur a l'histoire. Comme par exemple, Johann qui rencontre l'un de ses disciples dans un hotel dans la chambre 666. C'est bien souligné, pour que l'on comprenne que tout ceux qui vont pénétrer dans cette (anti-)chambre du démon n'en ressortiront pas indemne, mais ça fait très cliché malgré tout. Il y a finalement peu de défaut de ce genre à relever au cours de la série, mais ils sont malgré tout présent, dommage.
Le génie de la série réside surtout dans le fait que pour un polar, il n'y a finalement aucun mystère sur l'identité du tueur (ici, du "monster" pour reprendre l'intitulé du spectacle) mais également que l'on ne cherchera pas à faire la lumière sur tous les éléments qui constituent l'enquête qu'essayera de résoudre le docteur Tenma. On sait que c'est Johann qui est l'instigateur de tous ces méfaits qui assombrissent cette Europe centrale post-guerre froide. Mais finalement quels sont ses motivations ? Quel est son plan ? Quelles sont ses origines ? Et surtout, le docteur Tenma, héros principal de la série, homme bienveillant et généreux au coeur tendre, pourtant décidé a en terminer avec Johann, pourtant convaincu que chaque vie à la même valeur, arrivera-t'il à en finir avec le monstre ?
Et puis finalement, on se rends compte que le mystère principal de la série réside finalement simplement dans son titre. Monster... Qu'est-ce qui fait de Johann un être aussi maléfique, lui qui a un visage si angélique, à la voix si apaisante et au phrasé aussi charmant que sophistiqué. Qu'est-ce qui tranforme les hommes à vouloir autant de violence et de chaos ? A être autant assoiffé de sang ?
Au fond, Monster n'est pas tant l'histoire d'une traque à l'homme habité par un démon, qui serait fautif de tous les maux de la terre, mais plutôt de celui qui sommeille en chacun de nous, celui que l'on voudrait parfois réveiller pour des raisons qui semblent légitimes, mais qui n'amène jamais à une solution souhaitable pour qui que ce soit. Celui que l'on devrait laisser hiberner sans jamais n'avoir à l'appeler. Celui que l'on doit réussir à dépasser si l'on veut une vie en paix avec son for intérieur.