Voilà maintenant deux mois d’été que ce petit bijou d’animation japonaise me tient en haleine. Et pourtant, Dieu sait que le postulat initial ne me faisait pas envie : un anime japonais en 4/3, de mauvaise qualité, de plus d’une cinquantaine d’épisodes, composé uniquement d’une enquête policière au rythme lent, sans aucun combat ni pouvoir magique comme dans des œuvres analogues.
L’une des premières grandes forces de l’œuvre d’Urasawa réside dans sa capacité à surprendre le lecteur/spectateur. Par son récit énigmatique constitué en puzzle à la David Fincher, ses cliffhangers haletants à chaque fin d’épisode et sa perpétuelle permutation soudaine de personnages, Monster ne laisse jamais le spectateur indifférent face à ce qu’il contemple. Il y a, par exemple, ce titre qui annonce initialement la présence d’un monstre, donc de surnaturel, et c’est d’ailleurs ce qui va être attendu par le spectateur pendant toute la série, mais qui, sans trop en divulguer, n’arrivera finalement jamais. Quelques moments de battement çà et là sont à prévoir dans ces quelque 74 épisodes, mais l’intrigue est tellement captivante qu’il est difficile de ne pas continuer à regarder le show.
La deuxième (et immense) qualité de ce Monster est l’écriture de ses personnages. Quelle écriture ! Tout anime devrait en prendre de la graine. Là où c’est traditionnellement ce qui pêche le plus dans l’animation japonaise, je pense évidemment à ce cher Demon Slayer, qui tente de nous faire nous attacher à des personnages en quelques micro-apparitions ou grâce à leur chara-design, Monster, lui, passe parfois plusieurs dizaines d’épisodes à se focaliser sur un personnage pour en comprendre les motivations. Et cela va même jusqu’aux personnages secondaires. Je pense notamment à ce couple ayant gagné au loto dans la dernière partie de la série, qui parvient à nous arracher une larme dans l’avant-dernier épisode, alors qu’il n’était au départ qu’anecdotique. La série n’a pas peur de délaisser subitement, d’un épisode à l’autre, son héros principal au profit d’autres personnages, sortis de nulle part et pourtant parfaitement corrélés à l’intrigue. Qu’il s’agisse de Runge, l’agent du BKA, de Grimmer ou encore d’Eva : ces personnages ne sont jamais inintéressants. Ils sont attachants, touchants, diablement bien écrits !
Troisième qualité (ça commence à faire beaucoup) : la musique. Certes, à l’heure actuelle, la qualité de l’animation serait discutable, ce qui rend l’anime peut-être un poil hermétique pour certains, mais alors il est difficile d’en dire de même pour la musique, qui est tout bonnement brillante. Encore une fois, il ne suffit pas d’une playlist de 100 morceaux : juste une quinzaine de titres emblématiques, aux sonorités reconnaissables et qui tapent au bon moment, suffit à en faire une grande bande-son. Là où, habituellement, les anime sont découpés en arcs, avec une nouvelle DA et une nouvelle bande-son, ici, la musique reste la même du début jusqu’à la fin. Elle sonne toujours juste, au bon moment, et on ne s’en lasse tout bonnement jamais. Le générique est d’ailleurs à son image, ponctuant de manière dantesque les débuts de ces 74 épisodes. On se plaît, au fur et à mesure de l’intrigue, à découvrir des éléments de celle-ci dans ce générique qui nous est pourtant dévoilé dès le premier épisode.
Enfin, la dernière et sans doute la meilleure qualité de Monster est son ouverture interprétative. La fin du récit est volontairement ouverte au spectateur, étonnant pour une fin d’anime dont le dénouement reste souvent clos et mièvre. Ici, l’œuvre d’Urasawa pose une question morale portant sur la violence de notre société : qui crée la violence ? Qui est le véritable monstre, en réalité ? À qui la faute, finalement ? Dans une œuvre se passant en Allemagne, marquée par la période de la RDA et la fin de la Seconde Guerre mondiale, et dans laquelle certains des protagonistes sont des membres de partis néonazis, ces questions se posent. L’antagoniste de l’œuvre est-il véritablement le grand méchant de l’histoire quand on voit la violence à l'œuvre de ces personnages (et d’autres dans le récit) en question ?
Avec autant de qualités, Monster peut très aisément se hisser parmi les plus grandes œuvres de l’animation japonaise. Reste à espérer qu’un jour une nouvelle adaptation apparaîtra pour enjoliver un peu la forme, mais ça reste quand même du grand art. Chapeau l'artiste.