My liberation notes
Premières minutes. Une famille sous pression, un frère et deux sœurs, une scène lourde du quotidien en entreprise, une autre dans un restaurant qui pose les bases de l'histoire, une belle traversée de Séoul la nuit, de jolis plans pleins de lumières électriques, des visages exténués derrière les vitres où se reflète la ville. Le silence, chacun pris dans son enfer personnel, porté par une jolie balade, comme qui dirait un chant de Noël. Des parents qui cumulent deux boulots difficiles. Une famille où la solitude et la non communication règnent. Une vie où toutes les émotions sont cadenassées en plus d'être profondément enfouies de peur qu'elles n'émergent à cette surface de détresse.
Tout est posé, il n'y a plus qu'à se laisser porter par l'histoire...
C'est aussi lent que la vie filmée en temps réel
Tous les acteurs sont absolument parfaits, tous quelle que soit l'importance du rôle. Les personnages sont parfaits, tous ont une personnalité, un caractère. Les acteurs n'ont eu qu'à se glisser dedans dirigés par un excellent metteur en scène. C'est une synergie, il n'y a là aucun hasard.
Tous ces personnages qui se rentrent dedans comme des bidibules. Ils sont tous excédés par cette vie qu'ils n'ont pas choisi mais ils ne se laissent pas aller à l'aigreur pour autant. Ils manifestent les uns pour les autres une affection ou un amour un peu rêche, maladroit mais sincère. Tout le monde prend soin de tout le monde en bougonnant. Il n'y a pas de caricature, pas de misérabilisme, pas de victimisation même s'ils râlent sur la tristesse de leur vie, ils en cherchent le sens.
Ils l'épuisent cette vie dans les derniers trains de nuit, dans l'alcool et la dépression ou le manque d'espoir, ce qui revient au même souvent. Ils l'épuisent en faisant tourner la ferme familiale tout en ayant un emploi à temps plein sous une chaleur moite, intense. Le chant des cigales est là pour en témoigner. Il y a des personnages improbables, dont un mutique, échoué là un jour pour une mystérieuse raison. Quand il ne travaille pas pour la famille, il scrute la lune en s'arsouillant avec une constance de métronome. On assiste à une scène quasi onirique d'un chapeau qui s'envole. Et puis plus tard celle d'un gars qui s'envole.... et s'écrase dans un champ. Il y a une sœur hystérique qui ne contrôle pas ses émotions, une autre probablement psychopathe qui ne ressent rien, le frère benêt à un point qu'on se demande s'il n'a pas une pathologie, son meilleur pote encore plus. Les parents, bravent, grincheux et généreux en nourriture mais rustres qui se demandent bien pourquoi et comment ils sont engendrés une telle progéniture.
Une voiture de luxe suscite l'envie et les comportement les plus infantiles.
Ce qui est raconté là c'est toute la dureté de la vie en Corée où la moindre erreur vous expédie au tapis plus vite et aussi fort que l'électricité vous foudroie. Où vous devez paraître au prix de votre vie qui n'a que la valeur de vos possessions. Être ? L'argent, le luxe vous l'achèteront plus tard. Où l'Histoire récente n'a pas desserré sa prise sur l'inconscient collectif. On embarque dans l'histoire au moment de bascule quand tout est encore verrouillé, chacun cavalant dans sa roue de plastique personnel. Et puis un personnage tel le grain de sable dans un rouage, grippe la machine. C'est lent, insidieux mais inéluctable... comment chacun va -il s'adapter ? Accueillir les changements internes ?