J’ai l’impression que toutes les personnes de moins de 30 ans pensent que ce qu’elles ressentent doit être diffusé dans le monde entier et qu’on a en a quelque chose à foutre.
Fin de l’aventure pour moi. La saison 4 restera du domaine de l’imaginaire, et j’ai comme l’impertinente impression que c’est pour le mieux en regard de l’état de cette pauvre S3 torpillée, et qui n’avait hélas plus rien à raconter…
Fallait s’y attendre, cela dit. On ne prépare pas un tel cliff de S2 sans en payer les conséquences (d’autant si c’est pour revenir au point initial en fin de S3). J’essais de vous épargner les détails pour peu que vous ayez envie de vous lancer dans cette quête mythique. Parce qu’à dire vrai, y’a quand même toute une palanquée de bonnes idées dans ces deux premières saisons.
D’abord, le casting et son hétérogénéité. On prend les codes de la sitcom et ses archétypes, tout en s’en éloignant un peu. Je vous mets ci-dessous une petite fiche perso de chacun de nos héros pour que vous constatiez par vous-même :
Ian : Le créateur attitré (officiellement) de Mythic Quest. Il est le patron à l’ego surdimensionné dans toute sa splendeur ; le visionnaire mégalo artistique qui se prend pour un génie (lire : gourou) ; le mâle alpha qui se sent le besoin d'assoir sa domination à tout bout de champ (son corps est un temple). Il a grandit avec un papounet pas très gentil et donc du coup il faut le pardonner, comprenez bien. En sus de toutes ses grandes qualités, il est également arrogant, capricieux et instinctif. Mais même avec tous ces symptômes du parfait connard, on peine à le détester. Sûrement que c'est dû à sa resplendissante barbe si bien entretenue et son trousseau de bagues qui lui donne un charme fou (nan : on aime juste voir un trou du cul pathétiquement théâtral).
Poppy : Si Ian est l'imaginaire, la matière volatile, elle est comme il le dit si bien son "pinceau". Brillante programmeuse principale, elle est derrière la création technique du jeu et ne peut pas blairer Ian. Mettez les dans la même salle, et vous pouvez être certain d'assister à une reproduction miniature de l'éruption du Vésuve. La pauvre n'a pas beaucoup d'amis, est adicte aux sucreries et devrait probablement prendre des cours de signaux sociaux. Par ailleurs, elle soufre d'anxiété à cause du chaos que fait planer le management douteux de Ian, ce qui se manifeste par quelques crises d'urticaire. Génie dans son domaine, donc, elle frustrée de ne pas avoir l'imagination et leadership de son mentor. A noter son hygiène douteuse dont tout le monde se méfie.
Brad : Il est le responsable de la monétisation du jeu (trésorier). C'est un parfait connard (mais d'une autre espèce). Son cynisme frôle des cimes inatteignables, et celui lui va parfaitement. Une calculette à la morale très flexible. Il n’offre rien s’il n’a rien à gagner. Son monde est fait de statistiques exploitables (en ce moment-même, il analyse votre rentabilité ou votre historique pour vous plumer). D’un calme terrifiant, il paraît largement plus intelligent que la moyenne et a toujours 3 coups d'avance. Un personnage sans morale (on frôle le cas psychiatrique). Et cerise sur le gâteau : c'est l'acteur d'Abed dans Community qui le campe avec son sourire narquois. Un total contre-emploi sans vraiment l'être. Ecoutez ça : « Tu vois Rachel, c’est le truc avec l’argent. Sa valeur n’a pas de sens. À moins qu’elle t’apporte le bonheur sous la forme des choses que tu aimes. »
David : Le producteur exécutif. Il est ce qu’on nomme communément une chiffe molle à l’anxiété débordante qui a un sérieux problème pour se faire respecter et mène une guéguerre de qui est le chef avec Ian. Obsédé par l’approbation et son divorce, il est celui qui calme les tensions de l'équipe. Sans lui, je peine à croire que le studio ne tiendrait un jour sans s'effondrer. Manipulable est très influençable, sa crédulité est aussi ridicule que touchante. Il s'efforce d'être cool mais son charisme d'huître est plus embarrassant qu'autre chose.
C.W. : Il est le scénariste attitré du jeu, celui qui a gagné le prix Nebula il y a plus de 50 ans et vous le fera savoir grâce à son trophée qu'il trimballe partout et tout le temps sur lui. D'une humeur nostalgique (comprendre : la caution boomer de la série), il est aussi alcoolique, grand conteur mythomane et parle avec un vocabulaire soutenu à l'instar d'un grand romancier tragique. Il ne comprend rien à la technologie alors qu’il a forgé sa carrière dessus. Preuve à l'appuie : « Votre flatterie n’est rien de plus qu’un chant de sirène destiné à m’attirer et ensuite me précipiter contre les rochers. Je n’écouterai pas de peur d’être la proie de votre langue empoisonnée. »
Jo : L'assistante attitrée de David, même si son amour pour l’autorité la fera glisser vers Ian au grand dam de David. Elle est d'une farouche loyauté (c'est terrifiant). Son intensité est inquiétante (elle fout vraiment les jetons). C'est un pitbull qu'il ne vaut mieux pas faire chier. Franchement, vous ne la voulez pas contre vous lors d'une partie de paintball.
Ensuite, l’arène. On est définitivement sur un workplace dans la droite lignée de The Office. Or l’idée de centrer toute une sitcom dans un studio de jeu vidéo, c’est pas des plus original, et pourtant on l’avait jamais vu malgré l’immense sympathie que peuvent porter les gens à cet univers. On croirait même une fausse bonne idée sur le papier. Néanmoins, c’est prometteur : entre le créateur mégalo, les développeurs tafant comme des esclaves, le prod exécutif qui doit démêler tous ses egos bouillonant, la RH qu’on prend pour la psy de service, la chargée de communication qui vit 6 pieds sous terre au fin fond de la plus profonde cave de la Moria, les jeunes testeurs, deux branleuses qui vont s'amouracher, qu'on respecte moins que des punaises, les joueurs qu’on essaie tant bien que mal de satisfaire (influenceurs en priorité, 21e siècle oblige), et tout le tralala. Ouais, y’a énormément de matière sur laquelle pousser les curseurs de la comédie et détricoter un large éventail de relation humaine (le propre du genre). Alors même si Ubisoft apporte son grain de sel et se permet des pub-cinématiques en pagaille, on ne boude pas son plaisir de voir tout ce beau monde s’afférer en coulisse sur le plus grand RPG du monde (une pâle copie de WOW).
Enfin, les créateurs : Rob McElhenney (qui joue aussi), Charlie Day et Megan Ganz. Les deux premiers, vous les connaissez sans doute pour leur travail principal : It’s Always Sunny in Philadelphia, autre sitcom assez populaire qui a réussi à se démarquer de ses concourants par son humour grinçant, pour ne pas dire très noir. La troisième, un peu moins connue au bataillon pour les néophytes n’est ni plus ni moins qu’une des scénaristes attitrées de Dan Harmon sur Community. Elle a aussi prêté sa plume à la série Modern Family. Joli CV, hein. Eh ben ses 3 lascars ont donc eu la bonne intuition de collaborer pour pondre ce joufflu petit bébé. De fait, leur génie se ressent immédiatement à travers les dialogues : ça fuse dans tous les sens, c’est précis, drôle et incisif. Rien que pour ce dernier point, je recommande chaleureusement.
D’ailleurs, petit bonus, les premières saisons ont toutes eu le droit à un épisode spécial qui existe en parfaite autonomie du reste de la série (testez S1.E05 et le S2.E07), se focalisant sur des passionnés de jeu vidéo et leur genèse dans ce domaine. Un autre détail qui vaut largement le détour, à mon sens. Dommage que la qualité n’est pas tenue la longueur. En reste 2 très bonnes saisons qui saura égailler vos soirées.
Voyez, ça fait tellement longtemps que vous avez la tête dans le cul que vous vous rendez pas compte qu’il y a des tonnes de gens qui se foutent de ce que vous faites. Mais plus vous pensez être importante, plus vous pensez que vos problèmes sont importants. Alors vous ruminez et vous psychotez. Et vous psychotez et vous ruminez. Mais aujourd’hui il faut rompre le cycle. Aujourd’hui, on écrase !!!